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Récital du Prix de Chant 2005 du Conservatoire de Paris

Récital du Prix de Chant du Conservatoire de Paris Paris CNSMDP 15 et 16/06/2005

Voici quelques extraits du règlement :


Cette année, le programme jette un voile supplémentaire sur l'identité du professeur de chaque candidat. Les professeurs ne sont en effet même plus cités en tête de programme et dans le désordre. En fait, leurs noms n'apparaissent plus nulle part! Jouent-ils donc un rôle si honteux ou si accessoire auprès de leurs élèves?
Le type vocal de chaque candidat n'est plus mentionné non plus. Peut-être est-ce plus prudent, au vu des erreurs de tessiture que révèle la simple écoute d'une demie-heure de récital. Sans doute ces erreurs sont-elles moins criantes quand on entend et fait travailler ces élèves deux heures par semaine pendant quatre ans.

Ci-dessous, le type vocal et le professeur de chaque chanteur ne sont que des suppositions.
Par ailleurs, mes "notes" ne sont pas comparables à celles du jury, puisqu'elles vont de "--" à "TB!" afin de mieux différencier les candidats, tandis que le jury ne donne pas moins que la mention "AB". "-" signifie pour moi "sans mention" et "--" "impression négative".


 
1) M.P., mezzo Damien LEHMAN : piano et zarb
Nathalie DANG : piano
Florian CARRE : clavecin
Pierre-Eric NIMYLOWYCZ : violon baroque
Marketa LANGOVA : violon baroque
Gabriel GROSBARD : alto baroque
Louise AUDUBERT : violoncelle baroque
Victor DUCLOS : danseur
Matthieu CABANES : ténor
Sébastien OBRECHT : ténor
Ronan DEBOIS : baryton
Sébastien GRANGAMBE : basse
 
 2  F. SCHUBERT : Ständchen («Zögernd leise») Les quatre hommes formant le choeur masculin ne chantent pas très juste ni très ensemble. La chanteuse soliste est correcte, même si une certaine mollesse de traits semble trouver son équivalent dans son émission. Rien qu'à la voir, on craint qu'elle ne chante bas, gros de timbre et d'articulation. Cette mollesse est compensée par des accents "expressifs" un peu excessifs.
 1  M. RAVEL - L'heure espagnole : «Ah, la pitoyable aventure...» Ces mêmes accents "expressifs" masquent parfois mal une relative inégalité de ligne. Certaines notes, notamment aiguës, sont poussées de manière un peu serrée. Un tempérament, mais pas encore totalement épanoui.
 4  D. LEHMAN - Peste Vârfuri (Lamentation pour un frère) : «Peste vârfuri trece luna» Avec zarb et danseur. Intéressant, bien interprété par tous.
 3  M. CAZZATI - Cantate spirituale e morale : «Di sangue asperso» Bien expressif. Reste un peu toujours uniformément "large" d'émission. Pour épanouir cette ampleur, on rêve d'une extension verticale plus stable.
 1  G. ROSSINI - Tancrède : «Oh, patria .. Tu che accendi... Di tanti palpiti» Un peu mâchouillé, pas assez incisif. Manque d'autorité, de noblesse ou simplement de précision. Là aussi, si elle veut se développer dans une direction "ample", elle doit acquérir une posture plus ouverte et plus stable et mieux ancrer ses aigus. Sa respiration est trop haute. Elle relâche une note après l'autre en se dégonflant. Ses vocalises sont lourdes et le grave tombe un peu.
 2  A. CAPLET - Trois Fables : Le Corbeau et le Renard Les graves sont un peu grossis. La mâchoire n'est pas libre. Les aigus sont serrés. Ils semblent être tassés et ne pas rayonner au-dessus d'un plan horizontal défini par un placement trop latéral. Bons efforts d'expression et de jeu.
 1  G.F. HAENDEL - Ariodante : «Dopo notte atra e funesta» Encore un air vocalisant alors que la vocalise ne lui réussit actuellement pas trop. Quand elle gagnera en solidité dans le sostenuto, elle gagnera aussi en agilité. Apprendre à soutenir une vraie ligne de chant bien tranquille lui serait salutaire. Belle voix chaude mais un peu uniformément empâtée, manquant de couleurs plus variées. Un potentiel intéressant, à développer mais d'abord canaliser. Son programme ne la met pas très en valeur. Il manque une vraie pièce dramatique soutenue.

 
2) Vincent DELIAU, baryton Nathalie DANG : piano
Simon ROTURIER : violon
Marie SALVAT : violon
Julien CHABOD : clarinette
Nicolas DEFRANOUX : violoncelle
Hsin-Chieh TSAI : contrebasse
Julie RISBET : alto
 
 1  J. OFFENBACH - Pepito : «A tous les métiers, moi j'excelle» Formidable dans son rôle de "Figaro". Hélas, on découvrira ensuite qu'il s'agit de son seul et unique personnage. Vocalement un peu brut, "vert", encore trop sur la gorge.
 2  G. MAHLER - Rheinlegendchen : «Bald gras'ich am Neckar» Bien interprété, mais là aussi un peu brut. Beaucoup plus Prey que Fischer-Dieskau, il peut aller vers une légère raucité et une fatique vocale.
 4  B. JOLAS - Forte mer : «Devant le bateau immobile» Doit également travailler son mécanisme léger, afin de développer des qualités de voix mixte dans la zone de passage, s'il veut trouver des aigus plus libres et ne pas s'user prématurément.
 2  G. FAURE - L'Horizon chimérique : «Je me suis embarqué» Toujours cette émission un peu appuyée, à la registration trop lourde. Commence à bouger (oscillation) et à fausser. Incapable de tenir une note. Aucune souplesse vocale. La posture qui était amusante pour le premier air ne convient plus du tout : nuque un peu cassée, tête dans les épaules et menton dans le cou, torse creux. Pas de stabilité laryngée car pas de bonne ouverture des côtes et pas de bon équilibre entre l'appui du diaphragme et l'activité expiratrice abdominale. L'appréciation de ce chanteur bascule négativement dans cet air.
 1  W.A. MOZART - Cosi fan tutte : «Donne mie» Cet air n'apporte rien de plus par rapport au premier. Serre les rares aigus. A plus un niveau d'entrée que de sortie du CNSM.
 2  G. VERDI : «Non t'accostare all'uma» Même en mélodie, c'est trop tôt pour Verdi. Aucune note ne sonne à sa bonne place.
 1  G. ROSSINI - La Cenerentola : «Come un ape» Toujours très bon dans son jeu. Peut toujours chanter de petits rôles comiques en attendant d'avoir travaillé sa voix.
 3  B. BRITTEN - War Requiem : «After the blast of lightning from the East... Shall life renew these bodies?» Seule pièce de son programme à ne pas être accompagnée au piano seul, de manière un peu monotone et fatigante, pour lui sans doute comme pour le public. Britten et la langue anglaise peuvent l'aider à trouver une émission plus mixte, plus souple.

 
3) Eléna GABOURI, mezzo Bénédicte HARLE : piano
Khatouna GADELIA : soprano
 
 2  R. WAGNER - Wesendonck-Lieder : «Der Engel» Plisse le front dès sa première note. Timbre un peu serré, coincé dans le nez. Émission trop poussée et relâchée note à note pour ce répertoire. Se tasse aussi physiquement.
 3  J.S. BACH - Passion selon saint Jean : «Es ist vollbracht» Insupportable au piano, mais en accord avec son interprétation lourde, aux attaques imprécises et par en-dessous. Inégalités de timbre entre les différentes voyelles et entre les hauteurs, selon que la voix est placée alternativement dans le nez et dans la bouche. Passage vocalisant coincé dans le nez jusqu'au ridicule et secoué avec lourdeur. Qui voudra l'engager dans cette partie?
 1  R. WAGNER - La Walkyrie : «Du schufst ihm die Not» Passages en poitrine caricaturaux. Le phrasé retombe régulièrement. La nasalité n'aide même pas à donner une continuité de résonance (même laide). Vu sa musicalité et son absence de beauté de timbre comme de souplesse d'émission, ce répertoire lui sera peut-être quand même à terme moins étranger que Bach.
 1  S. BARBER - Vanessa : «Must the winter come so soon?» Anglais pâteux.
 1  M. RAVEL - L'Heure espagnole : «Oh, la pitoyable aventure!» Bel aigu bien en corps. Diction pâteuse, [r] vélaires. L'absence de soutien de la ligne vocale grossit aussi l'articulation.
 1  G. ROSSINI - Otello : «Assisa a' piè d'un salice» Ornements horriblement savonnés. Pas de stabilité dans la verticalité ni dans l'ouverture du thorax. Quelques aigus bien émis donnent l'idée de ce que cette voix pourrait donner une fois bien travaillée. Pourquoi ne soutenir que ces quelques aigus et coincer tout le reste dans le nez?
 2  F. POULENC : Montparnasse Grossi et même pas soutenu. Mauvais choix de programme.
 4  P. EÖTVÖS - Le Balcon : «Un sourire, ça fout tout par terre... Ma maison, le Grand Balcon» Ampoulé jusqu'à la caricature, mais bon choix de programme pour elle, quoique manquant de finesse.
 1  W.A. MOZART - La Clémence de Titus : «Parto, parto» Poussé et grossi, sans stabilité de ligne. Pas de vrai legato de voyelles et de résonance. Insupportable. On ne la laisserait pas chanter trois mesures dans une vraie audition. Vocalises catastrophiques. Rate même son grave, sourd et non correctement poitriné. A chanté tout son programme accompagnée au piano seul. Stylistiquement anachronique.

 
4) Shigeko HATA, soprano Karolos ZOUGANELIS : piano
Gabriel GROSBARD : violon
Marketa LANGOVA : violon
Pierre-Eric NIMYLOWYCZ : alto
Emilie WALLYN : violoncelle
Nicolau DE FIGUEIREDO : clavecin
 
 3  A. VIVALDI - Laudate pueri : «Laudate pueri»; «Amen» Très bien, malgré les crin-crins de l'accompagnement instrumental. Toute la suite sera accompagnée au piano seul. Vocalises nettes et précises, bien phrasées. Détente du visage et bonne stabilité de la posture, bonnes reprises de souffle. Quel plaisir d'entendre les premières notes bien émises et musicalement justes de la journée!
 1  W.A. MOZART - La flûte enchantée : «Ach, ich fühl's» Très beau. belle pureté vocale.
 1  G. PUCCINI - La Bohème : «Si, mi chiamano Mimi» Toujours très bien. Respire toujours musicalement. Libère de l'ampleur quand il le faut. La garde sinon judicieusement en réserve, dans un phrasé souple, libre et aéré.
 2  G. MAHLER : Erinnerung Beau phrasé, bien connectée et donc sincère, belles couleurs. Maîtrise de soi toujours excellente.
 4  L. BERIO - 4 canzoni popolari : Ballo Poitrine aussi bien.
 1  V. BELLINI - I Capuleti e i Montecchi : «Oh! quante volte» Toujours très beau. Beau programme, simple, sans esbrouffe, fondé sur une technique et une musicalité sans failles. Les aigus pourraient être un brin plus "soulevés" et "flottants".
 1  F.A. BOIELDIEU - La fête du village voisin : «Profitez de la vie» Français pas totalement clair mais joli air bien choisi et bien interprété.
 2  L. BOULANGER - Clairières dans le ciel : «Elle était descendue au bas de la prairie» Beau malgré la diction française imparfaite.
 2  S. BEKKU : Sakurayokocho Joli.
 2  G. GERSHWIN : I got rhythm Beau contraste avec le morceau précédent, y compris dans le jeu du pianiste, excellent et imperturbable!

 
5) Marc SCOFFONI, baryton Bénédicte HARLE : piano
 
 1  J. MASSENET- Manon : «A quoi bon l'économie?» Beau timbre plein avec un bon métal. Bien dans le personnage. La pianiste même semble plus motivée et engagée que précédemment.
 3  G.F. HAENDEL - Jephtha : «Again heaven smiles» Accompagné au piano! Bon phrasé et bonnes vocalises. Part parfois un peu trop dans ce timbre métallique, en perdant la "base", la connexion plus profonde, notamment des aigus.
 2  G. FAURE : En sourdine Arrive à réduire le métal de sa voix et à trouver une plus grande douceur, sans trop détimbrer pour autant, mais c'est délicat pour lui et pas toujours parfaitement homogène. Le vibrato ne semble pas toujours parfaitement régulier. Un travail est à faire sur la souplesse, les demies-teintes et la rondeur.
 2  F. SCHUBERT : Erlkönig Trop dramatique dès le début, où il pourrait mieux "planter le décor". Caractérise bien les trois personnages. Utilise de manière intéressante un vibrato trop rapide (à la Bugs Bunny comme dit Miller) pour caractériser le "roi". À la fin, trouve un bon équilibre de chiaroscuro pour le narrateur.
 4  A. REIMANN - Tre poemi di Michelangelo : n°3 «L'Alma inquieta e confusa» Bien, bonne concentration.
 1  V. BELLINI - I Puritani : «Ah, per sempre...» Bien interprété, bon phrasé quoiqu'à la limite d'en faire trop et de dérailler. L'aigu de la cadence, trop couvert et poussé en mécanisme lourd est bouché, la gorge se refermant.
 1  W.A. MOZART - Les noces de Figaro : «Hai già vinta la causa..» Très bonne autorité vocale. L'aigu final passe. Tout un peu en force cependant.
 1  S. RACHMANINOFF - Aleko : «Vies tabor spit» Le russe semble bien convenir à son émission et à son tempérament. Ne fait pas parfaitement respirer la musique. On ne respire donc pas toujours à l'aise en l'écoutant. A donné tout son programme au piano, dommage!

 
6) M. S., mezzo Yann MOLENAT : piano
Myrrha PRINCIPIANO : clavecin
Steinunn STEFANSDOTTIR : violoncelle
Christophe BARTH : luth
Philippe CHEVALIER : orgue positif
Christelle POCHET : clarinette
Guillaume ITIER : percussion, zarb
 
 1  J. OFFENBACH - La belle Hélène : «On me nomme Hélène la Blonde» Se tasse et se dégonfle en chantant. Sa voix en devient trop "laryngée". Respiration haute. Ne durera pas longtemps sur cette émission! Dommage, le timbre est beau et le jeu est bon.
 2  M. DELAGE - Quatre Poèmes hindous : Madras; Jeypur Joli mais toujours trop laryngé, pas réellement legato ni soutenu.
 1  H. PURCELL - Didon et Enée : «When I am laid in earth» Couleur intéressante au départ, mais prend un tempo lent sans bien le soutenir ni le nourrir. Voix à la limite de trembler. Le larynx n'est pas maintenu dans un bon équilibre. Elle inspire haut et se referme tout de suite, donc pas d'antagonisme des muscles inspirateurs pendant l'expiration chantée. En chantant en expiration poussée et non en appoggio, elle ne peut émettre correctement aucune note tenue et ne peut donner davantage d'intensité qu'en criant.
 3  L. BOULANGER : Pie Jesu Beau.
 2  H WOLF - Mörike Lieder : Nimmersatte Liebe Émission toujours dégonflée, poussée dès que davantage d'intensité vocale est requise. L'aigu est bien sûr crié.
 1  W.A. MOZART - Les noces de Figaro : «Non so più» Aucun soutien, aucune tenue, aucune ligne vocale. Même les "aigus" de ce morceau sont impossibles pour elle. Musicalement inconsistant, indigne d'être présenté au concours d'entrée du conservatoire. Le pianiste décroche complètement et ne la soutient pas du tout.
 4  G. APERGHIS - Sept crimes de l'amour : Séquences I, III, V Encore d'autres instruments, (bien) mis en scène pour donner le change. Intéressant et amusant, certes. On devine quelques possibilités vocales dans les bribes de voix brutes offertes.

 
7) M. M., ténor Bénédicte HARLE : piano
 
 3  G.F. HAENDEL - Le Messie : «Comfort ye, my people... Ev'ry valley shall be exalted» L'accompagnement de cet air passe bien au piano. La tenue vocale n'est pas parfaite, des notes se resserrent en même temps que le soutien lâche. Les contractions des muscles abdominaux semblent excessives. Très mince de constitution, il pourrait quand même garder un torse plus ouvert et exercer moins de pression dans le sens de l'expiration. Peut-être cherche-t-il un antagonisme du diaphragme, mais en ce cas très incorrectement, plus dans l'action musculaire que dans une posture plus ouverte, tonique mais détendue. La pression excessive conduit à une hyperactivité laryngée, un vibrato trop rapide, une voix serrée à tendance "Bugs Bunny". Stresse l'auditeur autant que lui-même.
 1  C. SAINT-SAËNS - Henry VIII : «Norfolk avait dit vrai» Choix intéressant mais l'émission est serrée et poussée. Pour attaquer un son, il soulève le thorax, rentre le menton dans la poitrine et rentre le ventre en durcissant les abdominaux. Le larynx est en position beaucoup trop haute pour les aigus, qui sont criés.
 2  R. STRAUSS - Drei Lieder op.29 : Traum durch die Dämmerung Les sons piano finaux en mezza voce peuvent nourrir une nouvelle direction vocale.
 1  P. SOROZABAL - La Taberna del puerto : «No puede ser» Reprend le tube de Loïc Félix mais n'a pas son insolente facilité dans ce type d'émission claire. Soumet son instrument à trop de pression et de tension pour qu'il puisse fonctionner dans la légèreté brillante. Un meilleur chiaroscuro requerrait plus de détente et d'ouverture physique, un meilleur équilibre des muscles de la respiration et par là un larynx plus stable et plus bas.
 4  I. PIZZETTI - Sonetti del Petrarca : «Quel rosignuol» Mieux dans le mezzo-forte du début, quand il pousse moins et n'agit pas trop musculairement. Ça se gâte dès qu'il veut donner plus.
 2  F. POULENC : Hôtel Pas mal.
 1  F. CILEA - L'Arlésienne : «E la solita storia» Recherche de couleurs mezza-voce, intéressantes pour lui. La voix s'étrangle hélas à nouveau dès qu'il chante plus fort et plus haut, avant un passage carrément en fausset.
 4 Anonyme : Gospel «Hush somebody call my name» Sa voix sonne tout à coup plus pleine dans cette tessiture moins tendue et ce style vocal qui lui est peut-être plus naturel. Les rares aigus passent très bien en fausset.

 
8) Jérôme BILLY, ténor Marie-Charlotte LE ROUX : piano
 
 1  W.A. MOZART - La flûte enchantée : «Dies Bildnis ist bezaubernd schön» Les aigus, poussés dans une registration trop lourde, sont beaucoup plus durs que dans la production scénique du conservatoire reprise ensuite notamment à Massy. Mal chauffé ou victime du trac? Son phrasé est un peu traînant, par en-dessous ou descendant. Sa voix est sonore, même si son timbre est peu agréable ainsi émis (presque crié).
 2  S. RACHMANINOFF - Chest Romansov op.4 : V moltchanii notchi taïnoï Toujours ces attaques molles par en-dessous, alors que le timbre est par ailleurs plutôt trop dur, la registration trop lourde et la voix trop forcée. Se tient bien mais a une respiration peut-être trop thoracique.
 3  F. MENDELSSOHN - Lobgesang : «Er zählet...» Son allemand ressemble encore à du russe, qui était lui-même déjà un peu en bouillie. Pas de legato mais des notes émises lui après l'autre en "chapelet de saucisses".
 1  C. GOUNOD - Faust : «Salut, demeure chaste et pure» Un peu mieux lié. Cherche-t-il exprès ce timbre ouvert, par un soulèvement et un durcissement excessifs du voile du palais et de ses piliers? Ou est-ce sa morphologie qui l'impose? Joue-t-il au ténor caricatural et ne pourrait-il mieux équilibrer sa voix qu'en baryton, ou bien peut-il devenir un vrai ténor? Les quelques notes plus graves de cet air sonnent avec beaucoup plus de rondeur, un meilleur chiaroscuro.
 2  C. IVES : The Greatest Man Trop ouvert. L'anglais n'est pas meilleur que les autres langues. Aucune ligne. Musicalité douteuse, mais de toute façon impossible à exprimer avec cette émission.
 1  G. VERDI - Macbeth : «Ah, la paterna mano» Doit vraiment travailler les sons fermés et la mezza voce! Les aigus plafonnent et blanchissent quand ils ne sont pas criés. le phrasé est incohérent, sans souplesse. La musique ne respire pas, des notes mal émises sont enchaînées au petit bonheur, dans une grande insécurité technique.
 2  F. POULENC: Le Tombeau Là aussi, les notes graves font entendre un timbre infiniment plus agréable et équilibré. N'est sans doute pas ténor. Aurait une voix puissante et manifestement belle en baryton.
 4  M. DECOUST - Café-Théâtre : Au crépuscule Le phrasé et la diction sont bien meilleurs dans cette tessiture moins haute.
 1  F.M. TORROBA - Luisa Femanda : «De este apacible...» Un peu mieux connecté. L'espagnol est moins en bouillie que les langues précédentes. Rate quand même en beauté le seul aigu final.

 
9) F.G., soprano Marie-Charlotte LE ROUX : piano
Marianne LAGARDE : violon
 
 1  W.A. MOZART - Cosi fan lutte : «Come scoglio» Stressée. La voix est étranglée, le corps se contracte et se replie. Se tasse physiquement au lieu de s'ouvrir et de se grandir. La posture et la gestion du souffle n'offrent pas un bon confort et une bonne stabilité au larynx, qui serait pourtant intrinsèquement capable de générer une belle voix riche et longue.
 3  J.S. BACH - Magnificat : «Quia respexit» Timbre maigrelet, étranglé et plaintif, pas du tout en corps. Attitude frileuse manquant totalement de confiance. En conséquence, la voix tremble et grelotte presque, alors que le potentiel de l'instrument vocal n'est aucunement en cause.
 2  C. DEBUSSY - Ariettes oubliées : C'est l'extase langoureuse Le grave est rond, mais les aigus sont à nouveau "grelottés" (en "heller Knödel").
 1  G. PUCCINI - La Rondine : «Chi, il bel sogno di Doretta» Se détend un peu. Mieux soutenus, les aigus sont corrects, sauf le piano final sur "cosi" qui est relâché et se détimbre.
 1  C. GOUNOD - Faust : «Ah, je ris de me voir si belle» L'émission est plus détendue qu'au début mais reste laryngée et s'étrangle dans les montées vers l'aigu, tandis que les aigus directement attaqués, mieux préparés et soutenus, sonnent bien.
 4  L. BERIO : La donna ideale Choix peu "contemporain"!
 2  R. STRAUSS - Vier Lieder : Morgen Donné avec crin-crin et piano. La première phrase est dégonflée et toute la suite se traîne par en-dessous, sans même de consonnes pour soutenir un semblant de ligne. Aucun legato, sans parler de sostenuto. Vision anémique, dernier souffle d'une cantatrice de 80 ans se rappelant son passé dans le jardin de sa maison de retraite médicalisée...
 1  G. GERSHWIN - Porgy and Bess : «Summertime» Mal préparée déjà pour la première note. Toute la suite est miaulée par en-dessous en se traînant de note en note, sans aucun appoggio. Tout phrasé est impossible dans ces conditions. Ces deux derniers choix de programme sont catastrophiques. Tout le programme est accompagné au piano seul, sauf le violon pour Strauss.

 
10) P.G., ténor Anne LE BOZEC : piano
Joanne RALAMBONDRAINY : percussions
Violaine KIEFER : soprano
Stéphanie SCHILLINGER : traverso
Steinunn STEFANSDOTTIR : violoncelle
Florian CARRE : basse continue
 
 3  J.S. BACH - Schmücke dich, o liebe Seele : «Ermunt're dich» Air sonnant bien grave pour un supposé ténor. Placement étrange, à la fois élargi par derrière (caverneux, creusé, en "dunkler Knödel") et coincé par devant et dans le nez. Pour émettre sa voix, il contracte ses abdominaux trop durement et rentre le ventre en soulevant sa cage thoracique, sans résistance antagoniste du diaphragme. Bons instrumentistes baroques.
 1  I. STRAVINSKY - The Rake's progress : «Here I stand... since it is not by merit» Aigus pénibles, criés, couinés, ouverts. L'ensemble est en bouillie, sans aucune structure. Aucun legato. Aucun équilibre de timbre, seulement des éclats de dureté métallique, sans aucune base, sans le "scuro" du chiaroscuro.
 1  W.A. MOZART - Don Giovanni : «Il mio tesoro» Traces de raucité liées à la pression excessive à laquelle il soumet ses cordes vocales, avec une impédance ramenée très insuffisante. Air impossible pour lui. Émission dure, ouverte, pénible. Aucune musicalité, ou du moins impossible à révéler avec cette technique vocale.
 2  G. BIZET : Guitare Beugle et crie. La raucité s'accentue.
 2  H. PFITZNER : Sehnsucht Toujours en hyperactivité musculaire très mal équilibrée, interdisant tout équilibre dans le timbre, toute souplesse dans le phrasé et toute nuance. Ses choix de programme sont impossibles, mais quel programme trouver pour lui? A-t-il la souplesse intellectuelle pour intégrer plus de souplesse physique?
 1  F.M. TORROBA - Luisa Fernanda : «De este apacible rincón de Madrid» Toujours en force, crié et dur.
 1  H. TOMASI - Don Juan de Maãra : «Je vois avec plaisir... Messieurs» Lui convient un peu mieux. Dans les passages les moins forcés, on entend un peu le type vocal qu'il pourrait avoir, sans doute plutôt en baryton lui aussi. Cet air donne envie de l'entendre dans la Danse des Morts d'Honegger.
 4  M. TIPPETT - The ice break : I am beautiful A peut-être un potentiel s'il réussit à en faire trois fois moins.

 
11) Marie GAUTROT, mezzo Yann MOLENAT : piano
Pierre-Eric NIMYLOWYCZ : violon baroque
Céline MARTEL : violon baroque
Saskia SALEMBIER : violon baroque
Claire GAUTROT : viole de gambe
Federico YACUBSOHN : viole de gambe
Pierre-Louis RETAT : orgue
 
 1  A. MESSAGER - L'Amour masqué : «J'ai deux amants» Bien interprété.
 2  L. JANACEK - Chansons moldaves : Stálost'; Bolavà hlava; Louceni Belle ligne vocale.
 1  P. MASCAGNI - Cavalleria rusticana : «Voi la sapete, o Mamma» Respiration trop haute et étroite, se refermant et se bloquant lors de l'attaque du son. N'a pas l'ampleur d'ouverture et de soutien ni donc la profondeur requise par cet air. Des sons décrochent et s'éclaircissent trop, voire s'étranglent dès le départ. Est cependant capable de phrasé et d'expression, même si elle n'a pas une posture et une ouverture suffisamment stables pour tenir un vrai sostenuto.
 3  J.S. BACH - Passion selon Saint Matthieu : «Erbarme dich, mein Gott» Bel arrangement instrumental, bien joué. Très beau, bien phrasé, belle concentration.
 2  R. GALLOIS-MONTBRUN - Les sept péchés capitaux : La Luxure Amusant, bien interprété.
 2  H. DUPARC : Le manoir de Rosemonde Dommage qu'elle garde la cage thoracique un peu affaissée, son émission serait sinon facilitée et moins forcée. Rentre aussi trop le menton dans le cou en penchant la tête en avant. Musique et texte sont bien rendus.
 4  H.W. HENZE - The Bassarids : Una ya, night and again the night Programme très intéressant, musicalement intelligent.
 2  J. SIBELIUS : Var det en dröm?  
 4  J. KANDER : New-York, New-York Les aigus ne sont pas tout-à-fait libres mais un peu tassés, dans la mâchoire. Bien interprété. Beau legato.

 
12) Sergey TKACHENKO, ténor Marie-Charlotte LE ROUX : piano
Maria GAVRILOVA : flûte
Dimiter TCHERNOOKOV : violon
Adeliya CHAMRINA : alto
Bakytgul ISKAKOVA : violoncelle
 
 2  R. STRAUSS : Cäcilie Jeune et stressé, se raidit et se penche en avant, a une respiration très courte et ne peut utiliser de ce fait qu'une partie de ses moyens vocaux. L'allemand est en bouillie. la voix est coincée dans un placement nasal pointu, justifiable seulement sur les notes de passage. Toute la voix sonne d'ailleurs du coup aussi peu et mal qu'une zone de passage.
 3  G. ROSSINI - Stabat Mater : Cujus animam Prend plus d'assurance, et on s'habitue à son timbre et à son volume sonore. Il a exactement la concentration du timbre plein de tête qui manquent aux autres prétendus ténors de cette année. Hélas, il n'a encore que cette couleur-là, mais elle peut être la base saine d'un bon développement, quoiqu'elle soit pour l'instant un peu frustrante à entendre. Il semble bien soutenir sa voix, peut-être avec un antagonisme inspirateurs/expirateurs presque excessif et une certaine raideur. On espère qu'il ne restera pas confiné en "whining tenor" ni ne s'en libérera par la force. Très russe (tendance KGB) dans sa démarche. Pour masquer le trac?
 1  C.W. GLUCK - Orphée et Eurydice : «J'ai perdu mon Eurydice» Déjà plus souple. Il rappelle ces chanteurs qui se rassurent sur leur voix en mettant tout dans le nez avant d'épanouir leur voix en cours de représentation. Se penche trop en avant et se balance. Pour se détendre? Pourquoi pas! C'est en tout cas un vrai ténor!
 2  N. RIMSKI-KORSAKOV - Vesnoï op.43 : Nié veter veïa s vysoty Appuis laryngés en Knödel, peut-être d'autant plus incités par le répertoire russe? Langue grossie en double menton sous la mâchoire.
 4  GRANDE : «Les amants morts» Français presque correct. Passage parlé pas assez fort. Pourrait travailler avec profit sur la relation entre voix parlée et voix chantée.
 1  R. STRAUSS - Der Rosenkavalier : «Di rigori armato» Ce n'est pas du russe mais de l'italien! Alternativement forcé et détimbré. Un mauvais choix de répertoire.
 1  G. DONIZETTI - La fille du régiment : «Ah mes amis... Pour mon âme» A les aigus (et l'attitude militaire!) du rôle, même si on ne comprend rien à cette hauteur, ce qui est presque normal. Prometteur!
 2  N. RIMSKI-KORSAKOV : Chanson ukrainienne («Tchi e v sviti molodytsa») Se laisse un peu aller et fait quelques nuances. Bon potentiel.

 
Conclusion

Voilà certainement la promotion la plus calamiteuse issue du CNSM, au moins depuis le passage de trois à quatre années d'études. Shigeko Hata s'en détache de manière d'autant plus éclatante, tant par sa musicalité et sa versatilité stylistique que par sa technique vocale. Si ce n'était aussi déprimant, ce serait presque comique de constater que c'est une Japonaise qui a réussi à assimiler tous les principes du chant occidental, de son émission et de sa culture, tandis que tant d'Européens alignent péniblement des notes émises sans âme comme sans technique, ne faisant que du bruit et qui plus est un fort vilain bruit.

La maîtrise scénique semble inférieure cette année. Les choix contemporains sont moins audacieux. Les instrumentistes baroques appelés à la rescousse ont pour certaines cordes un son de crin-crin insupportable, tandis que d'autres chanteurs enchaînent tout un programme, même de musique ancienne, accompagné au piano seul.

Plus inquiétant encore, deux chanteurs ne semblent pas chanter dans leur tessiture, plusieurs semblent avoir des problèmes vocaux et une majorité utilise une posture et un schéma respiratoire qui ne semblent pas optimaux. Plusieurs chanteurs n'ont même pas le niveau que l'on serait en droit d'attendre à l'entrée du conservatoire. Problème de recrutement ou problème d'enseignement? On espère qu'il ne s'agit que d'une mauvaise année!

Alain Zürcher
 
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