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Écho et Narcisse - Gluck - CNSMDP - 12/03/2012

 
Julien Chauvin (dm)
Marguerite Borie (ms)
Fabien Teigné (dc)
Écho  :  Sandrine Buendia
Narcisse  :  David Tricou
Cynire  :  Safir Behloul
Amour  :  Magali Arnault Stanczak
Églé  :  Cécile Achille
Aglaé  :  Estelle Lefort
Thanaïs  :  Tatiana Probst
Choeur  :  Valentine Martinez, Aurélia Marchais, Enguerrand de Salles de Hys, Nicolas Certenais

Depuis quelques années, les spectacles lyriques des élèves du CNSMDP sont payants et intégrés à la programmation de la Cité de la Musique. C'est l'occasion pour chacun de se montrer sous son meilleur jour, sur scène et non dans la nudité d'un récital ou d'un concert. Ce soir à nouveau, les chanteurs ont convaincu. L'orchestre a pour sa part témoigné d'un niveau inférieur à son habitude. Sous la baguette peut-être trop tolérante de Julien Chauvin, les attaques sont traînantes et anémiques et n'offrent ainsi qu'une caricature de pastorale niaise. Il faut réimaginer intérieurement les beaux moments de la partition, pourtant nombreux, où un vrai génie dramatique s'affirme pendant quelques courtes minutes, car le résultat produit par l'orchestre n'est jamais convaincant.

La mise en scène ne convainc pas non plus. Le plateau est souvent encombré d'objets et de personnages prenant de vagues poses et faisant des mouvements inutiles. C'est certes une préparation au dur métier de choriste, mais pas une exaltation de celui de soliste. La mise en scène se concentre rarement sur l'action principale et ne met pas en valeur les personnages principaux et leurs affects. La trame de l'oeuvre, certes inintéressante au possible, méritait pourtant d'être soulignée, car elle ne brille pas par sa clarté. On comprend très tard que Narcisse est amoureux de lui-même en croyant l'être d'une nymphe dont il contemple l'image dans un miroir d'eau qui ne lui renvoit que la sienne. Guéri de cette erreur par son ami Cynire, il retourne auprès d'Écho, qui n'a pas cessé de l'aimer. Une telle trame pourrait appeler un traitement visuel symbolique simple mais intéressant sur le reflet, le double, le narcissisme ou l'homosexualité. À la place, le metteur en scène fait gribouiller des tableaux à plusieurs personnages et encombre la scène de toiles. L'écho est un autre thème symbolique simple : au reflet visuel de Narcisse répond le reflet sonore d'Écho. Gluck a bien sûr exploité le filon, même si les décalages entre les choristes de ce soir ont fait tomber à plat ses effets. Mais le metteur en scène, non, a préféré faire circuler un livre entre ses personnages : pris, ouvert, jeté... Pourquoi le livre, l'écrit, quand l'image et le son offraient déjà deux pistes plus fondamentales?

Côté décor, les éléments mobiles créent des espaces complexes et intéressants, malheureusement sans aucun rapport avec l'action, qui se serait contentée de plus de simplicité. Au sujet vain et irritant de l'oeuvre répond ainsi un vain jeu d'école - est-ce le message?

Certaines scènes sont cependant intenses, quand leurs protagonistes les incarnent avec force. Ainsi les scènes de Narcisse ou entre Narcisse et Cynire. David Tricou a de la vaillance et de la prestance tout en restant assez naturel. Safir Behloul est d'un type vocal diamétralement opposé, une voix à la fois claire et profonde à l'ancienne, exquisement française et de diction parfaite.
Écho chante bien, comme Amour à qui Gluck consacre le prologue dans cette version remaniée. Mais quel chef de chant mal inspiré a-t-il suggéré à Magali Arnault Stanczak de faire ainsi exploser ses consonnes? Cette vaine quête d'expression nuit autant à la voix qu'à la musique. Aglaé a une émission solide tandis qu'Églé a des attaques un peu molles, à moins que ce ne soit l'inverse!

Il y a "bien des beautés", comme on dit, dans cet ouvrage de Gluck, mais il est vrai qu'elles ne convergent pas en une courbe ininterrompue et convaincante. On peine à s'intéresser aux personnages, et le peu de succès de l'oeuvre depuis sa création n'étonne pas. Est-ce une raison pour faire jouer à contre-sens la réunion finale d'Écho et Narcisse, comme s'ils n'y croyaient pas du tout, alors que c'est le moment d'un des rares sentiments directs exprimés par cet opéra?

À voir au CNSMDP (Salle d'Art Lyrique) jusqu'au 16 mars 2012.

Alain Zürcher

 
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