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Écoutes de Spectacles

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**** Les Aventures du Roi Pausole Paris Opéra Comique 23/01/2004

 
Sébastien Rouland (dm)
Mireille Larroche (ms)
Francesca Bonato (chg)
Daniel Buren (sc)
Jean-Pierre Capeyron (c)
Philippe Quillet (l)
Diane  :  Marie-Thérèse Keller
Aline  :  Cassandre Berthon
Mirabelle  :  Françoise Masset
Dame Perchuque  :  Christine Gerbaud
Thierette  :  Edwige Bourdy
Pausole  :  Lionel Peintre
Giglio  :  Yves Coudray
Taxis  :  Christophe Crapez
Le Métayer  :  Paul-Alexandre Dubois

photo © Cyr-Emeric Bidart

Voici un spectacle qui s'éveille peu à peu au cours de sa première et devrait gagner encore en vitalité et fluidité au cours de ses prochaines représentations. Pour l'équipe de la Péniche Opéra, c'est une super-production, et on est séduit par la qualité de conception comme de réalisation des décors, costumes et lumières. La coproduction avec l'Opéra de Toulon apporte non seulement un petit orchestre, mais aussi choeur et ballet. Ce dernier permet de présenter de manière classique les ballets de la partition.

La musique d'Arthur Honegger est agréable et variée, riche d'influences et de références mais ne cédant jamais au pastiche. Là aussi, les quelques décalages et flottements de la première devraient disparaître, et les climats différents seront sans doute encore plus fouillés et contrastés. La couleur d'ensemble est le plus souvent plaisante, et l'équilibre avec le plateau s'établit déjà bien, une fois passé le premier acte un peu timide et brouillon. Les numéros solistes sont déjà très en place. Les ensembles et les interventions de solistes issus du choeur doivent être soigneusement équilibrés avec l'orchestre pour ne pas faire perdre un seul mot!

Comme pour toute opérette, le rapport entre voix parlée et voix chantée est crucial. Lionel Peintre est royal dans les deux domaines. Les ténors doivent juste soutenir leurs voix parlées aussi bien que leurs voix chantées. Les voix féminines légères sont par nature peu puissantes, et les voix féminines graves grossissent parfois une diction un peu trop lyrique dans des passages qui pourraient être plus simplement déclamés.

Vocalement, le plateau est équilibré et idiomatique, ce qui n'est pas étonnant car il est formé d'habitués de la Péniche Opéra, presque une troupe donc. L'affirmation de "natures", de tempéraments scéniques est aussi essentielle pour le succès d'un tel ouvrage. Lionel Peintre et Edwige Bourdy sont en cela formidables. On a vu Yves Coudray et Christophe Crapez, déjà excellents, s'affirmer encore davantage. Cassandre Berthon et Françoise Masset caractérisent bien leurs personnages.

Si le duo de ces dernières rappelle musicalement le duo de Lakmé et Mallika de l'opéra de Delibes et si le duo de Marie-Thérèse Keller et Yves Coudray partage son thème avec le duo d'Hélène et Pâris de la Belle Hélène d'Offenbach, c'est plus souvent à l'Étoile et au Roi malgré lui de Chabrier que l'on pense, mais davantage pour la caractérisation vocale et dramatique que pour la musique.

De beaux numéros semblent avoir été écrits pour pouvoir être isolés, chacun dans un caractère très typé : airs d'Aline et de Diane du deuxième acte, air de Taxis du troisième... La part parlée du rôle de Lionel Peintre culmine au troisième acte avec son discours sur l'amour, formidable parodie en alexandrins. Le texte d'Albert Willemetz fourmille d'ailleurs de tirades désopilantes et merveilleusement bien écrites, qui font penser à Oscar Wilde ou Sacha Guitry - son condisciple au collège, nous apprend le programme!

On aurait pu attendre une production "légère", dans tous les sens du mot, de ce texte souvent bien leste. Au contraire, tout l'aspect érotique sinon libertin de l'oeuvre est parfaitement gommé, et les deux figurants quasi dévêtus ne sont là que pour figurer la nudité dans son académisme le plus glacial, avec une froideur qui dérange même aux côtés de personnages plus habillés mais plus piquants, dont ces figurants semblent parfois refroidir la vitalité. Le numéro d'acrobate de la figurante féminine relève également du lieu commun de trop de mises en scène récentes. Celle de Mireille Larroche n'a pas besoin de ce genre de bouche-trou pour occuper l'oeil du spectateur ou meubler le plateau!

Le décor de Daniel Buren constitue un dispositif de formes géométriques pouvant apparaître et rentrer à nouveau dans les parois, parfois s'en détacher totalement et tourner, se montrer sous différents angles et ménager plusieurs accès et escaliers. À la réflexion très abstrait, ce décor fonctionne suffisamment intelligemment et est suffisamment bien "habité" par les personnages pour paraître sur le coup presque réaliste, d'un réalisme poétique non pas à la Trauner pour Carné, mais plutôt cubiste et très coloré de couleurs acidulées. Les costumes de Jean-Pierre Capeyron eux aussi très gais et colorés portent des symboles de jeux de cartes. L'idée n'est pas neuve mais bienvenue et très bien réalisée.

Au troisième acte, même l'acoustique de la salle commence à paraître agréable, au fil de l'aisance croissante du plateau vocal et de l'orchestre. Quelle sécheresse pourtant, et comme cette salle a pu se dégrader acoustiquement depuis sa reprise par Jérôme Savary! Le décor a pourtant l'apparence d'un dispositif acoustique flatteur, formant un espace cubique trapézoïdal... ou plus clairement une pièce sans plafond dont les murs se rapprocheraient vers le fond en exagérant la perspective. La sécheresse de l'air lui-même, éprouvante pour le public, doit l'être a fortiori pour les chanteurs. Le bruit constant de soufflerie de la climatisation n'aide pas non plus les passages parlés ou doux à passer. Cette salle semble avoir été modifiée, certes légèrement mais avec une influence considérable sur l'acoustique et le confort vocal, plus dans la perspective de spectacles sonorisés que de spectacles en son réel. C'est en fait la plus grande frustration que l'on éprouve à voir ce spectacle si réussi : que la salle ne "porte" pas mieux le texte et ne vibre pas mieux avec la musique.

À voir jusqu'au 31 janvier 2004 à l'Opéra Comique, les 8 et 9 mai à l'Opéra de Toulon et en novembre et décembre à l'Opéra de Nice.

Alain Zürcher

 
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