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Écoutes de Spectacles

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**½ A Midsummer Night's Dream Venezia Teatro Malibran 28/02/2004

 
Sir John Eliot Gardiner (dm)
David Pountney (ms)
Stefanos Lazaridis (d)
Sue Blane (c)
Rick Fisher (l)
Oberon  : William Towers
Titania  : Susan Gritton
Puck  : Richard Gaunlett, comédien
Hermia  : Alison Hagley
Lysander  : Matthew Beale
Helena  : Joanne Lunn
Demetrius  : William Dazeley
Bottom  : Conal Coad
Quince  : Roger Bryson
Flute  : Ryland Davies
Snug  : Geoffrey Moses
Snout  : Francis Egerton
Hippolyta  : Julie Mellor
Theseus  : Mark Beesley

photo © Michele Crosera

Cette production augure très positivement de la qualité artistique de la programmation de la Fenice lors de la réouverture lyrique, en novembre 2004, du théâtre reconstruit après l'incendie de 1996. Il est cependant dommage que l'on ne rentre vraiment dans ce spectacle qu'au troisième acte, où la représentation donnée par les comédiens amateurs est très réussie. Il est vrai que Britten s'est délecté à la composer et offre au metteur en scène, au chef et aux chanteurs quantité d'éléments à mettre en valeur. La distribution y démontre toute sa pertinence, jusque dans les rôles de caractère très idiomatiques, dont le formidable et bien sonnant Conal Coad, et l'excellent comédien acrobate Richard Gaunlett. Les costumes de Sue Blane pour cette "pièce dans la pièce" sont aussi très réussis.

Dans les passages où les comédiens amateurs deviennent grandiloquents, Britten a glissé de plaisantes parodies de Rossini, Bellini ou Verdi, qui sont d'autant plus amusantes ici à Venise. Ces allusions sont entrecoupées d'éclats orchestraux dignes de mélos hollywoodiens. Ailleurs, c'est aussi Gilbert et Sullivan qui semblent évoqués, par exemple lors du prologue du Lion.

D'où vient alors la déception éprouvée jusque là? D'abord peut-être du théâtre lui-même, en conjonction avec le décor : l'acoustique d'origine du théâtre Malibran était peut-être bonne, mais la fosse d'orchestre a été agrandie, non pas sous le plateau mais vers la salle, tandis qu'une bonne partie du spectacle est chantée sur une passerelle très surélevée qui fait le tour du plateau : il en résulte une absence de fusion de l'orchestre et des voix. Ce n'est pas que l'orchestre les couvre, son son est très clair, à l'italienne, et John Eliot Gardiner est attentif aux chanteurs. Peut-être l'orchestre aurait-il pu cependant s'engager davantage en devant moins contrôler son volume sonore? Le fait est que les voix ne sont pas mises en valeur et ne donnent pas l'impression d'être soutenues par l'orchestre. Du moins du parterre, les deux plans sonores ne réussissent pas à se fondre. Ce problème est accru par une ventilation très bruyante, qui n'est apparemment que celle du projecteur, accroché au premier balcon, qui sert à projeter des motifs sur la scène.

Dans ces conditions, John Eliot Gardiner ne donne pas tout ce que l'on attendait de lui.
Si la distribution "de caractère" est excellente, celle "sérieuse" l'est aussi. Même William Towers, au timbre maigrelet lors de son entrée dominée par Titania, est ensuite presque convaincant.
Susan Gritton, comme de nombreux chanteurs de cette distribution, n'est pas toute jeune. Cela convient à son personnage mais en renforce le côté matrone à la Fricka (épouse de Wotan dans la tétralogie de Wagner) par rapport à son titre de "Reine des Fées". Son émission est un peu dure.
Le quatuor des amants est lui superbe, et Theseus et HIppolyta se tirent bien de leurs rôles plus courts.

Il demeure qu'au-delà des problèmes acoustiques qu'elle génère, on s'interroge sur la pertinence de la scénographie de Stefanos Lazaridis, qui semble avoir pris le pas sur une direction d'acteurs qui n'est pas transcendante. Situer l'action dans une salle de classe anglaise, pourquoi pas, mais ces pupitres, comme plus tard le "cours de danse" de Titania, semblent juste un prétexte pour réunir sur scène le choeur d'enfants. Les fées qu'ils incarnent auraient pu susciter meilleures idées, comme dans la vision bien plus poétique de Robert Carsen à Aix-en-Provence en 1991. (Ces enfants sont par ailleurs excellents, même s'ils mettent quelque temps à entrer dans la langue anglaise, progressivement plus idiomatique.)
Si les pupitres sont sur le plateau, le tableau noir est au niveau de la passerelle, mais il n'est guère utilisé non plus que pour y inscrire quelques formules, clins d'oeil plus que clés. Les quatre tentes blanches du deuxième acte ne servent pas non plus à grand chose et sont vite démontées. La mise en scène de David Pountney est finalement plus efficace quand ces éléments de décor plutôt gratuits sont retirés et que le plateau reste nu. Le seul accessoire à donner lieu à un ensemble amusant est un cheval d'arçons. "Ensemble" est d'ailleurs à prendre au sens acrobatique, et on se demande si un décor et une mise en scène aussi dangereuses auraient été possibles en France.

Alain Zürcher

 
 

La salle

Le théâtre Malibran est une belle salle d'environ 900 places située près du Rialto. Le premier balcon (balconata) est en grande partie couvert par le deuxième et ne constitue donc pas une bonne option. La moitié arrière du parterre (platea) est également couverte par le premier balcon. Les premiers rangs des deux balcons, où se trouveraient normalement les meilleures places du théâtre, sont étrangement occupés par une sorte de fossé permettant l'accès aux projecteurs pendant le spectacle. Le second et dernier balcon (galleria) plonge vers la scène de manière favorable aux voix, un peu comme le balcony du Met de New-York, toutes proportions gardées bien sûr. L'équilibre fosse/plateau y est meilleur que du parterre et la visibilité y est excellente. Des côtés, quatre rangs de galeries (palchi) souffrent d'être tournés davantage vers le fond de la salle que vers la scène. Les consommations du bar sont étonnamment bon marché.

 
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