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Écoutes de Spectacles

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***** Tannhäuser Paris Théâtre du Châtelet 28/04/2004
**** Tannhäuser Paris Théâtre du Châtelet 09/04/2004

 
Myung-Whun Chung (dm)
Andreas Homoki (ms,dc)
Wolfgang Gussmannr (dc)
Franck Evin (l)
Tannhäuser  :  Peter Seiffert
Venus  :  Ildiko Komlosi
Elisabeth  :  Petra Maria Schnitzer
Wolfram von Eschenbach  :  Ludovic Tézier
Hermann, Landgrave de Thuringe  :  Franz-Josef Selig
Walther von der Vogelweide  :  Finnur Bjarnason
Biterolf  :  Robert Bork
Heinrich der Schreiber  :  Nikolaj Andrej Schukoff
Reinmar von Zweter  :  Nicolas Courjal
Un Jeune Pâtre  :  Katija Dragojevic

photo © Marie-Noëlle Robert

Cette nouvelle production du théâtre du Châtelet séduit par son magnifique plateau vocal. C'est sans doute la meilleure manière de séduire quand on monte une oeuvre au livret aussi daté, qui prête souvent à sourire. Le choix de la sobriété effectué par le metteur en scène Andreas Homoki est dès lors peut-être le bon.

Si Andreas Homoki évite, grâce aux décors épurés de Wolfgang Gussmann, les ridicules de la grandiloquence, il n'évite cependant pas tous ceux d'une direction d'acteurs sur laquelle repose dès lors toute la traduction du drame.
Si les solistes ont un jeu parfois un peu trop vériste pour atteindre au sublime, il reste efficace. La grande scène du troisième acte entre Tannhäuser et Wolfram est ainsi très forte, même si son répertoire de gestes et positions tourne rapidement en rond le soir de la première. Le 28, ce jeu de scène a été largement épuré et est beaucoup plus efficace.
Les entrées et sorties "floues" et parfois les errances des solistes en marge du plateau rendent l'histoire à la fois moins claire mais plus flottante, moderne, trouble. Les personnages tournent autour de la sphère rouge représentant le monde de Vénus et réapparaissent comme jadis Platonov évitait la société assemblée en contournant le plateau par un passage dérobé dans la mise en scène de Patrice Chéreau pour la troupe des Amandiers de Nanterre.
Représenter le peuple et les chanteurs de Thuringe en choristes potaches peut détendre l'atmosphère tout en témoignant correctement du conformisme et de la cohésion de cette micro-société très codée.
Le soir de la dernière, la mise en scène a trouvé la force et la cohérence qui lui manquaient.

Aucune faiblesse dans le plateau vocal, peut-être le plus excitant réuni cette saison à Paris :
Petra-Maria Schnitzer n'appelle même aucune des réserves mineures qu'un critique professeur de chant ne peut habituellement s'empêcher de relever. Son Elisabeth est splendide de bout en bout, sans le moindre soupçon de dureté.
Peter Seiffert séduit au premier acte par sa voix fraîche et jamais grossie. Seuls quelques [a] ouverts inquiètent ici et là. Le soir de la première, c'est son concours de chant qui lui réussit le moins bien au second acte, avec des sons un peu tirés. Le troisième acte trahit toujours une certaine fatigue du timbre. Plus aucune faiblesse mais une voix rayonnante de bout en bout lors de la dernière représentation le 28 avril.
Ludovic Tézier est toujours le meilleur baryton de sa génération, mais inquiète le 9 par une tendance à chanter avec la langue souvent en retrait. Cette position, combinée avec des ouvertures buccales très concentrées, lui permet de maintenir ce timbre de bronze, sombre et brillant à la fois, avec un formant du chanteur très présent et constant, mais certains sons sont grossis vers une position de [y] un peu bouché (comme en une caricature de suédois!), et rompent alors légèrement le legato comme la régularité du vibrato. On espère qu'il n'ira pas plus loin dans cette voie dangereuse. Le 28, son émission semble beaucoup plus libre et sa romance à l'étoile est sublime.
Franz-Josef Selig, qui passe un peu inaperçu aux saluts finaux, n'en a pas moins témoigné d'un style impeccable et d'une richesse et homogénéïté de timbre rares pour une basse. Il semble avoir développé une voix mixte parfaitement reliée à son grave, qui profite lui aussi de ces harmoniques.
Ildiko Komlosi est une capiteuse Vénus et Katija Dragojevic un charmant pâtre, ici habillé en groom!

Des décors et costumes de Wolfgang Gussmann, peu à dire : chez les chanteurs de Thuringe un vieux piano à queue sur ses pieds puis renversé de côté, chez Vénus une boule rouge surgissant du plateau ou y redescendant. Parfois une structure du genre "arche de la Défense" par derrière, qui sert de porte monumentale pour faire entrer le choeur. Des costumes noirs ou blancs. Bref, le genre de kit que tout décorateur costumier doit avoir dans sa trousse à outils, prêt à être adapté à n'importe quelle production s'il était appelé au secours après la défection d'un collègue.

Myung-Whun Chung dirige un Orchestre Philharmonique de Radio-France bien sonnant, voire un rien pompeux, à l'unisson d'un solide choeur de Radio-France. L'ensemble arrive à faire pleinement sonner l'acoustique de la salle en évitant ses duretés. Le soir de la dernière, l'orchestre a énormément gagné en souplesse, en fondu de timbres comme en clarté de lignes, et la direction de Myung-Whun Chung est réellement inspirée. Peut-être la soirée la plus excitante de la saison lyrique parisienne!

À voir les 13, 17, 21, 25 et 28 avril 2004 au Théâtre du Châtelet. À écouter le 15 mai 2004 à 19h30 sur France-Musiques.

Alain Zürcher

 
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