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Écoutes de Spectacles |
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La Traviata | Aix-en-Provence F | Archevêché | 11/07/2004 |
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Daniel Harding (dm) Peter Mussbach (ms) Erich Wonder (d) Andrea Schmidt-Futterer (c) Franz-Peter David (l) Anna Henkel-Donnersmark, Stefan Runge (v) |
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![]() photo © Elisabeth Carecchio - Festival d'Aix-en-Provence Le critique bienveillant a beau s'en vouloir d'utiliser désormais le mot Regietheater comme la pire des insultes ou de stigmatiser la terre allemande en tant que patrie de metteurs en scène plus lugubres les uns que les autres, il doit bien se résigner à ressortir une fois de plus ses formules lapidaires et éculées. Peter Mussbach nous offre en effet une caricature de ces détournements qui n'ont même pas l'excuse de la drôlerie ou de la beauté. Sur cette "scénographie" se greffent à la fois une bonne direction d'acteurs dans les scènes intimistes, à l'exemple de celle entre Violetta et Germont, et quelques incongruités comme de faire rester Violetta en scène debout sur une chaise quand elle devrait être partie pour Paris, puis de la faire tomber à terre et enfin se relever pour rejoindre directement la fête de Flora qui a pris place entretemps sur le plateau. Violetta s'effondre d'ailleurs à répétition sur la scène. La qualité du jeu et du chant de la plupart des protagonistes est heureusement suffisamment intense pour que l'on finisse par oublier l'écran, le pare-brise, la pluie et l'essuie-glace, pour enfin parvenir à entrer dans l'oeuvre et les émotions qu'elle porte. Aucun autre décor : un rideau, une chaise... La force de cette production est de parvenir à traduire le drame dans ce dépouillement, malgré le parasitage radical du champ visuel introduit par tout ce fatras automobile. Anna Samuil s'affirme progressivement au fil de la représentation. Elle semble d'abord avoir trop écouté Callas, cherchant une couleur sombrée, pleine et séduisante mais dangereuse. Si ses sons flottés et ses piani sont superbes, elle déraille fréquemment dès qu'elle force ses aigus. La voix, brillante et généreuse, bouge d'abord un peu avant de se stabiliser. Son récit et son "Addio del passato" sont alors splendides. En cette fin de rôle, elle ne force plus du tout et se permet un superbe crescendo sur le "ni" de "fini". Andrew Richards est une étrange caricature de macho, qui ne sait chanter qu'en force, bien campé sur ses deux jambes, sans aucune sensibilité ni sensualité, aucune notion de nuance, de finesse ou de style, aucun rayonnement vocal ni charisme. Il relève d'une école à la Corelli plutôt qu'à la Bergonzi, une école mal assimilée de la "patate chaude" et du "volcan". Physiquement comme phonétiquement, ses aigus sont trop ouverts. Sa mâchoire est en permanence très abaissée. Sa justesse est souvent approximative. Sa diction est pâteuse et grossie. La scène de la fête chez Flora lui réussit mieux : il est en effet à son aise dans la vaillance et l'emportement, surtout s'il n'a pas d'aigus solistes à assurer. Zeljko Lucic paraît d'abord caricatural lui aussi, avec sa voix sonore qui ne cache pas son âge. Il se révèle cependant un Giorgio de grande classe, poignant d'expressivité, au point de bouleverser les rapports entre les personnages : ce père est humain et sympathique, tandis que l'Alfredo glacial et vulgaire d'Andrew Richards est bien sûr le salaud de l'histoire. Malgré le décor sinistre, le duo Violetta-Germont est bouleversant. Sous la direction de Daniel Harding, le Mahler Chamber Orchestra sonne un peu maigre, enterré qu'il est dans sa fosse et derrière son écran. On aimerait souvent l'entendre soutenir et pousser davantage les chanteurs. Depuis le début du dernier acte, il pleut aussi au fond de la scène, sur un deuxième rideau-écran. Pendant le "Parigi o cara" d'Alfredo, il pleut même sur scène! La fin de l'oeuvre peut surprendre par le détachement et la distance physique de ses protagonistes, par leur absence d'humanité et de tendresse, mais cette option est sans doute dans la ligne glaciale suivie de bout en bout par Peter Mussbach. |
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