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Écoutes de Spectacles

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* Cavalleria Rusticana Paris Théâtre du Renard 22/11/2004

 
Raphaële Crosnier (piano)
Ghyslin Di Sacco (clarinette)
Rémi Préchac (ms)
Clotilde Fortin (c)
Santuzza  : Malika Bellaribi-Le Moal
Turridu  : Thierry Cantero
Alfio  : Christian Le Moal
Mamma Lucia  : Francisca Martin
Lola  : Flore Seydoux

Il est toujours sympathique d'aller voir de petits spectacles montés dans de petits lieux, et la salle comble semblait heureuse de sa soirée. La réduction de la partition est superbement jouée par Ghyslin Di Sacco et Raphaële Crosnier. Les costumes de Clotilde Fortin sont jolis et la mise en scène de Rémi Préchac permet aux choristes de vivre une intéressante expérience de la scène. Sans décor ou presque, elle recrée l'ambiance par la simple composition de tableaux vivants et parfois d'arrêts sur image brusquement éclairés. Le visage de cinéma muet de Thierry Cantero ajoute au climat mélodramatique.

Dès que les bouches s'ouvrent pour chanter commence hélas la catastrophe. Si on ne saurait en vouloir à des amateurs ou à des débutants d'avoir encore quelques faiblesses, il s'agit ici de chanteurs affichant de nombreuses années d'études. On peut en excepter Flore Seydoux, la plus débutante apparemment et la seule à ne pas crier et à avoir une émission lyrique. Sa voix est jolie, même si elle est (déjà ou encore?) trop mêlée de souffle.

Depuis son étonnant récital de juin 2003, Malika Bellaribi-Le Moal a manifestement effectué un travail musical qui rend son interprétation plus rigoureuse. Hélas, elle n'a pas retrouvé et encore moins développé l'étonnante relation à la voix de poitrine entendue ce jour-là, qui pourrait en faire peut-être une grande contralto. Sa justesse est ce soir victime d'un forçage quasi permanent. Ses respirations sont hautes et bruyantes, tandis que sa cage thoracique est affaissée pendant son chant. Si ses ouvertures buccales sont excessives, sa langue forme parfois bouchon, ce qui rend d'autant plus excessive et inefficace sa pression sous-glottique.

Le plateau vocal présente certaines caractéristiques communes : émission poussée et non soutenue, voix ouverte, brute, plus parlée que chantée, non modifiée et donc forcément criée dans l'aigu. On devine aussi une conception de "voix dans le masque" : la voix y semble appuyée avec une pression sous-glottique excessive et sans antagonisme du diaphragme ni maintien de l'ouverture du torse et surtout du thorax. La respiration est souvent trop haute.
Thierry Cantero émet tous ses aigus dans une voce finta elle-même bouchée et forcée. Il n'a manifestement jamais découvert sa voix pleine de tête de ténor. Le sommet du cri est atteint dans son duo avec Santuzza. Avant de basculer d'un coup dans cette voix feinte, il ne modifie aucunement son émission en mécanisme lourd, qu'il porte si haut de façon si ouverte que la seule alternative à la voce finta, une fois dépassées les limites où le cri est encore possible, serait le fausset pur.
Christian Le Moal ne fait pas entendre de timbre chanté et reste de bout en bout dans un mécanisme lourd qui ignorerait l'usage du muscle crico-thyroïdien - et ne varierait donc la hauteur que par une pression croissante et non un allongement et un affinement des cordes vocales.

On souhaite à ces chanteurs de trouver le courage de remettre en question une émission vocale aussi fatigante pour le public mélomane que pour eux-mêmes. Même un opéra vériste ne peut en aucun cas être crié de la sorte.

Alain Zürcher

 
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