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Jenufa | Lyon | Opéra | 20/05/2005 |
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Lothar Koenigs (dm) Nikolaus Lehnhoff (ms) Tobias Hoheisel (dc) Wolfgang Goebbel (l) |
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Katia Kabanova | Lyon | Opéra | 21/05/2005 |
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Lothar Koenigs (dm) Nikolaus Lehnhoff (ms) Tobias Hoheisel (dc) Wolfgang Goebbel (l) |
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L'Affaire Makropoulos | Lyon | Opéra | 22/05/2005 |
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Lothar Koenigs (dm) Nikolaus Lehnhoff (ms) Tobias Hoheisel (dc) Mark Henderson (l) |
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De la Maison des Morts | Paris | Opéra Bastille | 23/05/2005 |
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Marc Albrecht (dm) Klaus Michael Grüber (ms) Eduardo Arroyo (d) Eva Dessecker (c) Vinicio Cheli (l) |
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![]() Jenufa - © Gérard Amsellem La programmation complémentaire des opéras de Lyon et de Paris permettait, en ce mois de mai, de voir en quatre jours quatre opéras de Janacek dans leur ordre chronologique. L'opéra de Lyon a en effet repris trois productions données entre 1988 et 1995 au festival de Glyndebourne, tandis que l'opéra de Paris présentait la nouvelle version d'une production salzbourgeoise. Il a ainsi été possible d'apprécier la formidable évolution de l'écriture de Janacek entre Jenufa, son premier opéra représenté et De la Maison des Morts, monté seulement après sa mort. L'évolution de Janacek est aussi nette dans ses livrets, qu'il adapte lui-même. Du drame paysan naturaliste de Jenufa, avec son humanité montrée avec rudesse et justesse, on passe au drame plus romantique et petit-bourgeois de Katia. Les deux oeuvres dénoncent la condition de la femme et montrent des personnages masculins assez lamentables. Dans L'Affaire, le pouvoir passe à la femme, fatale jusqu'à la quasi-immortalité, qui a fait perdre toute bonté de coeur à Emilia Marty. Janacek aurait nourri son personnage de sa passion apparemment non payée de retour pour la jeune et belle Kamila Stösslova. De la Maison des Morts nous conduit enfin dans un univers carcéral entièrement masculin, et la construction dramatique formidablement efficace de Jenufa laisse place à une succession oiseuse de tableaux. Les trois productions lyonnaises sont une gageure tant pour l'équipe technique de l'opéra que pour les chanteurs. En effet, l'opéra de Lyon n'avait plus présenté d'opéras en alternance depuis sa réouverture en 1993. Côté chanteurs, beaucoup interprétaient deux rôles, certains chantant même presque tous les soirs dans les trois productions! S'il est intéressant d'entendre des rôles de même trempe distribués aux mêmes interprètes, et s'il aurait peut-être été difficile de réunir davantage de ténors maîtrisant ce répertoire, cette programmation fait parfois franchir aux chanteurs les limites de la fatigue vocale. Paradoxalement (ou non), ce sont les deux premières oeuvres qui en pâtissent. L'Affaire Makropoulos a en effet une écriture si dramatique et tendue que les interprètes s'en sortent très bien, dans la mesure où ils s'y engagent à fond. Katia et surtout Jenufa requerraient davantage de souplesse vocale, qu'il est difficile de conserver si l'on a chanté L'Affaire la veille ou si on doit la chanter le lendemain. ![]() Katia Kabanova - © Gérard Amsellem Esthétiquement, les trois productions appartiennent au même univers. Pas transcendante dans Jenufa et Katia, la direction d'acteurs devient plus fouillée dans L'Affaire. Les derniers actes de Jenufa comme de Katia sont cependant d'une très belle intensité dramatique. Nikolaus Lehnhoff ne rate pas une occasion d'accentuer le côté burlesque des personnages secondaires comme le maire et sa femme dans Jenufa, ce qui allège agréablement les rapports souvent tendus entre les personnages principaux. Jenufa a un décor sobre et étouffant à souhait, qui traduit bien la rudesse de l'atmosphère villageoise et la claustration de Jenufa. Les trois opéras lyonnais sont également unifiés par la direction précise et flamboyante de Lothar Koenigs. L'acoustique dure de la salle rend l'orchestre un peu uniformément sonore, mais la maîtrise et l'engagement dont il témoigne dans ces trois oeuvres données en alternance sont une véritable prouesse! Les cuivres, si importants chez Janacek, ont une belle virtuosité. Plus étonnant encore, la tension dramatique ne retombe jamais. Les oeuvres sont certes courtes et très bien construites, mais Janacek n'est pas connu pour sa facilité d'écriture orchestrale. On n'ose en tout cas plus parler de maladresse d'écriture, comme il était d'usage avant que ses opéras ne dépassent quasiment ceux de Puccini à l'affiche des maisons d'opéra. ![]() L'Affaire Makropoulos - © Gérard Amsellem Vocalement, le plateau réuni est très honorable. Dans L'Affaire Makropoulos, on ne relève aucune faiblesse. Dans les deux oeuvres précédentes, on est gêné par un manque d'homogénéité entre les voix et par le manque de rondeur de certaines. Les sopranos des deux rôles titres posent problème. L'une irlandaise, l'autre slovaque, toutes deux semblent issues de l'école de la "voix dans le masque". Kathryn Harries, annoncée souffrante dans Jenufa, ne cache pas dans Katia non plus l'usure d'une voix qui a perdu toute unité et une bonne part de son soutien, mais qui réussit encore bien les passages doux. Dramatiquement, les portraits si différents qu'elle dresse de Kostelnicka et Kabanicha sont extraordinaires. Sa Kostelnicka est si humaine et sympathique qu'il est impossible de lui en vouloir! Stefan Margita a toujours sa bonne voix claironnante. Il est physiquement et dramatiquement idéal en Laca. Steven Page a le physique idéal pour jouer Prus. Jonathan Veira a une excellente émission d'un grand naturel, qui lui permet de camper un personnage dans chacune des trois productions. Menai Davies fait elle aussi presque partie du décor, avec ses indispensables personnages de vieille femme du peuple. Ces trois productions de l'opéra de Lyon ont fait salle comble et déclenché l'enthousiasme du public. ![]() De la Maison des Morts - © Opéra National de Paris De la Maison des Morts mis en scène par Klaus Michael Grüber est une très belle réalisation, qui hélas ne fonctionne pas du tout. Les décors sont très beaux et magnifiquement éclairés, avec au milieu un arbre encore plus gros que d'habitude. (Il faudra bientôt retirer des rangs de sièges pour faire place à tous les arbres dont les décorateurs ornent leurs plateaux.) La "poésie" émanant de l'aspect visuel de cette production n'est pas en désaccord avec une musique superbe et superbement interprétée, mais avec le livret qui atteint le fond du sordide. Chaque prisonnier y narre, chacun son tour, le crime qui l'a amené dans ce bagne. Sous-jacentes entre ces prisonniers, on sent toutes les rivalités, hiérarchies, tensions et humiliations qui règlent leur misérable quotidien. On est heureux d'apprendre que Janacek a voulu ainsi démontrer qu'il y a en chaque être humain une étincelle divine. Tout le monde chante très bien, mais malheureusement le livret manque de tout ressort dramatique et la musique aussi, aussi belle soit-elle. À écouter le 11 juin 2005 à 19h sur France-Musiques. Alain Zürcher |
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