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** Magdalena Kozena et David Daniels R Paris Théâtre des Champs-Élysées 23/11/2005

 
Paul Goodwin (dm)
Magdalena Kozena, mezzo
David Daniels, contre-ténor

Magdalena Kozena et David Daniels ont semblé en bien petite forme lors de leur récital conjoint au théâtre des Champs-Élysées. Le public nombreux a cependant ovationné la prestation plus théâtrale que vocale de Kozena.

Difficile par contre d'être excité par un bien fade David Daniels, qui chante pourtant de magnifiques "tubes" de son répertoire. La mollesse de sa vocalisation déçoit, comme le manque de mordant de son timbre dans des airs pourtant héroïques, tel le "Fammi combattere" de l'Orlando de Händel. Son émission semble trop appuyée sur l'articulation et ne libère pas les résonances que l'on attend. Rien non plus dans son expression ou son phrasé pour donner un quelconque intérêt à ce qu'il chante. Tout juste peut-on être excité par le souvenir de ces airs déjà entendus ailleurs, mais rien dans la prestation de ce soir ne nourrit cette excitation, qui reste du coup très diffuse, quasi virtuelle. David Daniels se montre un peu plus souple et à l'aise dans l'air "Se infiorito" de Giulio Cesare, malgré un piètre dialogue avec le décevant premier violon.

Magdalena Kozena s'engage au moins dramatiquement. Elle semble d'abord s'être composé un masque cadavérique pour interpréter la mort de Didon de Purcell, mais elle ne le quitte finalement pas de la soirée. Son jeu relève d'un naturalisme expressionniste très "Actor's studio", jusqu'au sanglot vériste sur le "Remember me" de Didon. Ses postures et gestes ne favorisent hélas pas l'émission d'une voix saine et solide. À la différence de la chanteuse de rock grunge qu'elle semble prendre pour modèle, elle ne peut compter sur un micro pour enrichir son timbre et amplifier sa voix. Amaigrie, voûtée, respirant très haut en soulevant les épaules et laissant retomber sa cage thoracique dès le début de ses phrases, elle parvient quand même à gérer un beau legato, quoique fondé sur la seule expiration. Une activité abdominale suffisante empêche son timbre de se mêler de souffle. Pour émettre ses aigus passablement criés, elle jette le torse et la tête en arrière, quand David Daniels monte lui sur la pointe des pieds.
Dans "Scherza, infida" tiré d'Ariodante, Magdalena Kozena va jusqu'au bout des possibilités qu'offre une incarnation vériste au premier degré. Cette option, surprenante dans ce répertoire, l'enferme dans une palette expressive saisissante mais étroite, qu'elle ne renouvelle pas au fil des nombreuses répétitions du texte. Est-il indispensable de se détruire physiquement et moralement pour interpréter un air baroque? Cette auto-destruction atteint en premier lieu la voix, qui devrait être l'instrument du chanteur au même titre au moins que son corps. Dans le "Dopo notte" qu'elle chante ensuite, Magdalena Kozena tente d'éclairer son expression mais n'y parvient que par instants. Manquant d'ouverture et de stabilité physiques, elle rappelle la dégradation vocale prématurée de Jennifer Smith. Elle ne peut "secouer" une note sans secouer tout son corps ni soutenir un phrasé sans onduler physiquement.

Sous la direction de Paul Goodwin, le Kammerorchester Basel fait entendre de beaux hautbois mais de bien faibles violons. Si le site de l'orchestre affirme qu'il joue la musique baroque sur instruments "authentiques", un récital ne requiert apparemment pas cette "authenticité", et les instruments de ce soir ont un son évoquant plutôt le plastique. Les bassons ont une belle individualité, qui leur fait cependant oublier de jouer avec le reste de l'orchestre. Chacun semble un peu livré à lui-même et les changements de rythme se font dans un flottement général. Ce programme très grand-public pourrait être plus galvanisant, d'autant que les interprètes le rodent en tournée européenne depuis le 17 novembre.

Pour conclure la première partie et en bis, les deux chanteurs offrent des duos d'une correcte neutralité, sans éclats vocaux ni en bien ni en mal. Après "Sound the trumpet" de Purcell et le duo de Theodora de Händel "To Thee, Thou Glorious Son Of Worth", le beau "Pur ti miro" du Couronnement de Poppée de Monteverdi fait entendre nos chanteurs dans des tessitures plus favorables, où les harmoniques de leurs voix se fondent enfin en une suave déliquescence.

À écouter sur France-Musique le 28/12 à 20h.

Alain Zürcher

 
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