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**** Benvenuto Cellini Strasbourg Opéra 14/01/2006

 
Oleg Caetani (dm)
Renaud Doucet (ms,chg)
André Barbe (dc)
Guy Simard (l)
Giacomo Balducci  : Fernand Bernadi
Teresa  : Anne-Sophie Duprels
Benvenuto Cellini  : Paul Charles Clarke
Ascanio  : Isabelle Cals
Fieramosca  : Philippe Duminy
Le Pape Clément VII  : François Lis
Francesco  : Alain Gabriel
Bernardino  : Chad Louwerse
Pompeo  : Mario Montalbano
Le cabaretier  : Christophe de Ray-Lassaigne

photo © Alain Kaiser

Peu de maisons d'opéra ont le courage de monter le premier opéra de Berlioz. N'est-il pas d'ailleurs inmontable? L'oeuvre est en effet d'une complexité inaccoutumée, Berlioz ne s'étant plié à aucune des conventions ni même des exigences du genre. Conçu à l'origine comme un opéra-comique, Benvenuto Cellini a été gonflé à l'échelle d'un grand opéra, mais en gardant bouffe certains personnages, certaines scènes, voire certains détails au sein même d'une scène dramatique. N'est-ce pas le propre aussi du théâtre shakespearien? On peut s'étonner que Shakespeare n'ait pas inspiré à Berlioz une oeuvre plus ample que le modeste Béatrice et Bénédict, plus clairement "comique" que Benvenuto Cellini mais fonctionnant finalement moins bien.

Le second degré ironique de Benvenuto Cellini est maintenant tout-à-fait acceptable, de même que, pris isolément, chacun des éléments novateurs de son discours musical. Le problème subsiste cependant quand ces éléments sont superposés. Berlioz n'hésite en effet pas à faire chanter simultanément par différents personnages des paroles non seulement différentes mais aussi découpées différemment sur des rythmes différents. L'orchestre est aussi très loin de la "grande guitare" des opéras italiens de l'époque. Il en résulte bien des beautés qui souffrent cependant d'un manque de clarté, d'une difficulté de perception à la première écoute et, bien sûr, d'une difficulté d'interprétation.

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L'équipe réunie s'est révélée à la hauteur du défi. Oleg Caetani donne à l'oeuvre toute la cohérence possible et une énergie très bien conduite et équilibrée. Dès l'ouverture, l'orchestre sonne riche et plein, sans clinquant. On peut certes imaginer un plateau vocal de niveau supérieur, mais aucune prestation individuelle ne nuit au résultat d'ensemble. Le couple metteur en scène-chorégraphe et décorateur-costumier fonctionne avec intelligence et créativité. L'accent mis sur le côté bouffe de l'ouvrage permet d'en gommer les lourdeurs potentielles. Les choeurs triomphent des difficultés de la partition et les mouvements d'ensemble sont très bien réglés.

Dans le rôle titre, Paul Charles Clarke, seul chanteur non francophone, a une bonne diction, même s'il use de sonorités peu françaises, notamment de sons transitoires qui facilitent certes son émission dans un rôle difficile. Il en assure toutes les notes malgré des attaques parfois glottiques. Personnage noble et berliozien, ses deux grands airs sont ceux qui préfigurent le plus les Troyens. Balducci et surtout Fieramosca sont eux totalement bouffe. Si Fernand Bernadi ne donne pas de couleur particulière à son personnage, Philippe Duminy est parfait dans sa composition et comme toujours magistral d'autorité vocale.
Anne-Sophie Duprels prend peu à peu possession des aigus et des exigences de son air ("Quand j'aurai votre âge"). Son adéquation au rôle peut s'affirmer au cours des représentations. Son émission est un peu trémulante et ses graves sont plus corsés que ceux d'Isabelle Cals, légère mais homogène Ascanio, rôle de "page" plus conventionnel que Teresa ou Cellini.
Comme Bernadi ou Duprels, François Lis place progressivement sa voix, sans doute gêné par la "boîte" dans laquelle il est d'abord placé, un peu en hauteur et en retrait. Au second acte, les passages chantés sur une plateforme passent eux aussi moins bien. Au premier acte, le plan très incliné est un peu périlleux mais ne nuit pas à l'acoustique.

Si l'on excepte ces contraintes, les décors d'André Barbe sont brillamment conçus et réalisés (et éclairés par Guy Simard) et constituent un bon espace de jeu. Ses costumes sont beaux mais également intelligemment définis, entre époque de la création et Renaissance de fantaisie. Si l'on remarque une similitude entre les protagonistes et les personnages de la commedia dell'arte très présents, on découvre dans le programme que chacun de ces derniers est le double en noir-et-blanc d'un des personnages principaux.

L'identification Berlioz/Cellini est une ligne directrice de la mise en scène de Renaud Doucet. Tarte à la crème non indispensable, elle fonctionne cependant bien. L'ouverture est ainsi une représentation allégorique du génie musical incompris, jouée par Cellini transformé en Berlioz par l'adjonction de cuivres sortant de sa perruque. Tout au long de l'opéra, Cellini ne manque pas une occasion d'empoigner la baguette de chef pour diriger À la fin, Cellini offre certes au pape une statuette de Persée, juste bonne à être posée sur une cheminée, mais son grand-oeuvre est la partition elle-même de son propre opéra - lui-même inspiré par l'autobiographie de Cellini!

Le pape, censuré lors de la création, est particulièrement bien caricaturé, avec ses airs de malfrat de boulevard à favoris contrastant avec la tiare pontificale dont il est coiffé. Du haut de son trône, il tient en laisse trois désopilants chérubins blonds, dorés et ailés. Cet opéra surprend aussi par sa parfaite amoralité, peut-être banale maintenant mais étonnante pour son époque.
La brillante scène où interviennent les voisins évoque irrésistiblement Falstaff, de 55 ans postérieur. Étonnante aussi, cette scène du second acte où les personnages répètent "pendu!" pendant que Cellini chante ("Pour mes péchés quelle indulgence!").

Le public enthousiaste de la première a acclamé tant les chanteurs et le chef que le metteur en scène et le décorateur.

À voir à Strasbourg les 17, 20, 23 et 25 à 20h, le 29 à 15h, puis à Mulhouse le 3 février à 20 h et le 5 à 15 h. L'Opéra du Rhin, qui a monté Béatrice et Bénédict la saison passée, présentera Les Troyens l'an prochain.

Alain Zürcher

 
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