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Écoutes de Spectacles |
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Le Bourgeois Gentilhomme | Paris | Théâtre des Champs-Élysées | 03/03/2006 |
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Vincent Dumestre (dm) Benjamin Lazar (ms) Cécile Roussat (chg) Adeline Caron (d) Alain Blanchot (c) Christophe Naillet (l) |
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![]() DR S'il est un spectacle d'art total, c'est bien celui-là! Vincent Dumestre à la direction musicale, Benjamin Lazar à la mise en scène et Cécile Roussat à la chorégraphie ont réinventé cette comédie-ballet dans l'esprit de sa création. Oeuvre en elle-même riche et hybride, ce Bourgeois Gentilhomme mêle d'intermèdes musicaux, chantés ou dansés le texte bien connu de Molière. Ce spectacle est un enchantement. Au confluent de plusieurs arts, il est aussi au confluent de plusieurs parcours artistiques. Pour le spectateur ayant vécu une part de la "réinvention" du répertoire baroque, c'est un flot de réminiscences, un sommet d'émotions conjuguées. Le choc de se retrouver vingt ans en arrière à la création d'Atys de Lully par Christie et Villégier, ou plus encore à celle de Médée de Charpentier en 1993. Cette dernière production, sans être éclairée à la bougie, baignait dans une splendide atmosphère dorée, dans ces couleurs chaudes qui mettent tellement en valeur ce Bourgeois. Le Malade Imaginaire avait aussi été monté en 1990 par Villégier, mais sans atteindre à cette intensité d'évocation. Ce même Bourgeois n'avait-il pas été donné avec son ballet turc, mais sans le ballet final? Certes, les entrées qui concluent l'oeuvre sont bien longues, si l'on considère le caractère convenu de leurs arguments comme de leurs musiques. Certes, les pièces vocales sont chantées avec des émissions et des timbres parfois un peu bruts et moyennement harmonieux - peut-être dans l'idée là aussi d'une reconstitution d'époque. Certes, les cordes de Musica Florea jouent l'ouverture sans ensemble ni tonus et ne font preuve d'aucun génie par la suite. Ce n'est pas un moindre mérite de ce style de jeu ancien que de permettre à tous les comédiens de jouer à merveille. On rit au formidable Monsieur Jourdain d'Olivier Martin Salvan, à la Madame Jourdain travestie de Nicolas Vial, au Covielle de Jean-Denis Monory ou au maître de philosophie de Benjamin Lazar lui-même. Les expressions des visages sont mises en valeur par l'éclairage. La mise en scène pousse à bout les situations et en tire tout le suc comique. Elle utilise parfaitement l'espace, en relation fluide et intelligente avec la gestuelle baroque et la danse. On jouit à 100% de chaque réplique. Contraste parfait avec le calamiteux Cid donné cette saison à la Comédie Française, anémique, vain, sans intelligence, sans verve, sans mouvement et sans beauté. Si une petite partie du public a semblé s'être trompé de spectacle, sa grande majorité a manifesté un enthousiasme délirant au rideau final. On est juste un peu triste et ébahi de n'avoir rien vu d'aussi réussi depuis dix ans, comme si la merveilleuse énergie et les merveilleuses promesses de la redécouverte du baroque s'étaient dissoutes et égarées en chemin pour ne se recristalliser que par miracle dans ce spectacle. Souhaitons que nonobstant les ambitions de chacun et l'aveuglement des institutions, ce soit un nouveau départ pour un art total et inventif, qui remplace le courage apparent de la relecture moderne par celui autrement plus fécond de la plongée entière dans un univers d'évocation magique, faisant ressurgir les émotions les plus profondes comme un génie d'une lampe à huile. Alain Zürcher |
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