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**** Semiramide Paris Théâtre des Champs-Élysées 20/04/2006

 
Evelino Pidò (dm)
Gilbert Deflo (ms)
William Orlandi (dc)
Jean-Pascal Pracht (l)
Semiramide  : Alexandrina Pendatchanska
Arsace  : Barbara Di Castri
Assur  : Michele Pertusi
Oroe  : Federico Sacchi
Idreno  : Gregory Kunde
Azema  : Mariana Ortiz
Mitrane  : Enrico Facini
L'Ombra di Nino  : Fernand Bernardi

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Il faut remercier le théâtre des Champs-Élysées et Radio-France d'avoir programmé une oeuvre aussi ambitieuse, que l'on n'avait plus vue à Paris depuis longtemps. Semiramide démontre le génie dramatique autant que musical de Rossini, plus connu pour ses oeuvres bouffe quoiqu'ayant composé davantage d'opéras "sérieux"! Hélas, ces derniers exigent de toutes autres pointures vocales. La moitié d'un excellent plateau a heureusement pu être réunie pour cette production. Étant donné la qualité de l'oeuvre et sa durée (malgré quelques coupures), c'est bien suffisant pour passer une excellente soirée.

La production scénique est sobre : le décor unique de William Orlandi représente l'intérieur d'une sorte de cheminée de basalte, idéal tombeau mais pourquoi pas aussi palais babylonien. Les costumes du même sont de l'époque de Rossini (du moins à Paris, Semiramide étant sa dernière oeuvre créée en Italie). Les choeurs sont statiques, et ma foi ils n'auraient aucune raison de bouger! Qu'ils soient nouveaux ou anciens dans leurs rôles, tous les chanteurs sont très engagés dramatiquement, aidés sans doute autant par la belle construction dramatique de l'oeuvre, par leur propre talent et par celui de Gilbert Deflo.

Si Michele Pertusi et Gregory Kunde chantaient déjà leurs rôles ensemble à Pesaro en 1992, seul le premier a encore progressé en splendeur vocale et en intelligence musicale. Sa gestuelle mélodramatique (voulue ou non par le metteur en scène?) est en outre amusante, évoquant un traître de cinéma muet - chez Feuillade par exemple!
Gregory Kunde n'est plus que l'ombre d'Idreno, dont il chante encore tout juste les notes sur la trame d'un instrument vieilli.

Les rôles féminins sont tenues par de plus récentes recrues rossiniennes. Alexandrina Pendatchanska séduit autant que ses devancières - au premier rang desquelles Joan Sutherland. Sa voix extraordinairement longue et souple, déjà admirée ici dans L'Opera seria de Gassman et dans La Clemenza di Tito de Mozart, trouve ici un rôle à sa mesure, où les graves sont aussi importants que les aigus et les vocalises autant que la ligne de chant.
Barbara Di Castri séduit par son expression directe et engagée, qui rend totalement crédible son personnage masculin. Son émission est cependant trop lourde pour lui permettre de répondre aux exigences de la vocalisation rossinienne. Malgré quelques notes de poitrine étrangement brutes, ses registres sont bien liés, mais sa respiration est excessivement bruyante et semble contribuer à l'absence d'épanouissement complet de son timbre.

Mariana Ortiz est délicieuse physiquement et vocalement dans le plus petit rôle d'Azema.
Federico Sacchi est inégal et souvent faux. Si Michele Pertusi chante un rôle de basse avec le brillant d'un baryton, lui grossit sa voix comme une caricature de basse et sonne déjà plus vieux que son âge.

L'oeuvre abonde en belles scènes réunissant deux ou trois personnages. Celle entre Assur et Semiramide comme celles entre Arsace et Semiramide sont logiquement superbes comme, de bout en bout, l'Orchestre National de France dirigé par Evelino Pidò et le Choeur du Théâtre des Champs-Élysées préparé par Irène Kudela.

Les piètres incarnations vocales d'Oroe et d'Idreno plombent le début de l'oeuvre, d'autant que Semiramide et Arsace se chauffent très progressivement. Sage tactique peut-être, car l'opéra est long et exigeant. À partir de l'air fameux "Bel raggio lusinghier", qualité vocale et intensité dramatique sont au rendez-vous. Nul doute que l'ensemble aura encore progressé d'ici à la fin des représentations!

À voir jusqu'au 28 avril au Théâtre des Champs-Élysées. À écouter le 13 mai à 19h30 sur France-Musique.

Alain Zürcher

 
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