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Pelléas et Mélisande | Paris | Théâtre des Champs-Élysées | 14/06/2007 |
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Bernard Haitink (dm) Jean-Louis Martinoty (ms) Hans Schavernoch (d) Yan Tax (c) André Diot (l) |
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![]() photo © Alvaro Yañez Si la richesse d'une oeuvre se mesure aux interprétations différentes que l'on peut en donner, Pelléas et Mélisande est un opéra d'une rare profondeur! Le livret seul a fait l'objet de toutes les approches, de toutes les exégèses, tel qu'il a été mis en musique par Debussy ou sous sa forme initiale de pièce de théâtre, une pièce qui se prête à la lecture aussi bien qu'à la scène. Le contraste est frappant ce soir entre la prévisibilité apparente de la production et les remises en question profondes qu'elle opère. L'orchestre d'abord est le même qu'il y a cinq ans, sous la baguette du même chef dans le même théâtre. Et pourtant, il ne sonne plus du tout pareil! On pourrait presque dire que l'orchestre de 2002 était plus près de celui de Désormière en 1941 que de celui d'aujourd'hui, qui a perdu presque toute couleur spécifiquement française. Les bois ont moins de présence et de personnalité, les cuivres ne sont pas d'une précision exemplaire, et surtout la couleur générale de l'orchestre est d'une neutralité confondante. Tout sonne simple et évident. Cette évidence est-elle le fruit d'une compréhension profonde, d'une adhésion totale, ou simplement le produit de la parfaite maîtrise technique d'un répertoire tellement assimilé qu'il n'est plus réinterrogé à chaque exécution? Avant l'entracte, la tension dramatique est minimum, aucune vague avant-coureuse d'une lame de fond, aucun sous-entendu mais la simple platitude d'un drame bourgeois. Sur le plateau aussi, tout est sain et solide comme la voix de Jean-François Lapointe, la féminité mûre et assumée de Magdalena Kozena ou les gestes et le ton de gentleman farmer de Laurent Naouri. Pour la première fois peut-être, un metteur en scène a évacué tout le mystère de l'oeuvre, son atmosphère moyenâgeuse, nébuleuse et sombre, pour les remplacer par le climat et les sentiments bourgeois de l'époque de la création de l'oeuvre. On se sent plus près de Tchekhov que de Maeterlinck. Pendant un interlude, Martinoty nous fait d'ailleurs assister à l'accueil de Mélisande au sein de la famille. À l'acte II scène 2, Golaud est réellement blessé et git sur un brancard, entouré de sa famille réellement inquiète de sa chute. Cela semble évident mais n'avait pourtant peut-être jamais été montré sur scène! Certes, les magnifiques décors d'Hans Schavernoch et lumières d'André Diot créent des atmosphères de bord de mer au crépuscule à la manière des marines de Le Gray ou des photographies d'amateur de Maurice Denis récemment exposées au Musée d'Orsay. Les ténèbres sont même parfois bleues comme dans le livret! Mais même les transparences de branches d'arbres en noir-et-blanc ne suscitent aucun mystère, aucun effroi. Après l'entracte, fosse et plateau s'unissent dans une plus grande tension dramatique, mais on aura rarement entendu interprétation plus sobre et plus retenue. Cela commençait pourtant mal, avec une Magdalena Kozena rejouant l'éternel numéro de Mélisande petit animal traqué avant même l'arrivée de Golaud, puis avec ces personnages dodelinant de la tête en réaction aux répliques de leurs comparses, comme s'il leur était nécessaire d'affirmer "oui oui, je vous écoute" ou "ah bon? vraiment? comme c'est intéressant! au bord d'une fontaine, dites-vous?". Rapidement, ce flottement peu inspiré fait place à une conception très posée et crue du "drame bourgeois" : Pelléas est un jeune homme vigoureux et non chlorotique, Mélisande une femme libérée et sensuelle, Arkel un bête major à la retraite quasi offenbachien. Geneviève est aussi prévisible qu'une mère de famille bourgeoise et Golaud est un homme de principes un peu froid et distant. Le plus fascinant est la maîtrise dont arrive à faire preuve Laurent Naouri, du moins après une première scène où l'on entend plus d'accents que de lignes. Il réinvente ensuite une déclamation chantée d'un naturel peut-être plus entendu depuis Henri Etcheverry. On imagine le travail et la concentration qu'il lui a fallu pour gommer tous les accents inutilement "vocaux" qui parsemaient encore son interprétation de 2002. Évitant l'écueil de la "pâte sonore" cultivée par Souzay ou Van Dam et dépassant aussi le vérisme de François Le Roux, il retrouve le naturel dramatique de Bacquier avec plus de dépouillement et de pureté vocale. Tous les interprètes chantent un français parfait, avec l'indispensable touche d'exotisme apportée par les "je me suis en-foui-euh" de Magdalena Kozena. Jean-François Lapointe a une émission très timbrée, presque trop. Pas de faille, aucune fragilité, ça ne "tire" pas comme le souhaitait Debussy, mais peut-on se plaindre de ce qu'un chanteur maîtrise trop bien les exigences vocales de son rôle? Il recourt par contre au fausset sur quelques notes de sa grande scène de l'acte IV. Dans cette vision limpide, la passion entre Pelléas et Mélisande semble consommée dès la scène de la tour. Mélisande en descend pour rejoindre Pelléas et lui faire un numéro très réussi d'érotisme capillaire suivi d'enlacements peu sororaux. La simple idée de respecter le livret en donnant à Mélisande de vrais longs cheveux blonds rend d'ailleurs à celui-ci bien des évidences, tout en permettant à Golaud de couper ces cheveux lors de la scène d'Absalon! Pas de limpidité ni d'explication par contre pour la non-intervention d'Arkel pendant cette scène. Au contraire, Martinoty le fait se tenir bien en vue du spectacle et des spectateurs : à eux de se poser la question et d'y répondre peut-être - ou sans doute pas! L'interlude qui suit est l'occasion d'un jeu de scène entre Arkel et Yniold qui a tout observé. Golaud resté prostré sera la "pierre lourde" d'Yniold, qui lui chante donc son air. Golaud est logiquement le berger qui lui répond. À voir jusqu'au 22 juin au Théâtre des Champs-Élysées et sur Arte le 22 juin à 22h30. À écouter sur France-Musique le 16 juin à 19h30. Alain Zürcher |
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