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Écoutes de Spectacles

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Ce concert s'inscrit à la croisée de deux missions de la Fondation Royaumont : la conservation et mise en valeur de la Bibliothèque musicale François-Lang, acquise en 2007 grâce au mécénat de Metro, et bien sûr la formation des jeunes chanteurs. Les manuscrits de La Bonne Chanson de Fauré et des Ariettes Oubliées de Debussy font partie des trésors de la bibliothèque. Ruben Lifschitz anime quant à lui depuis 20 ans à Royaumont des stages destinés à des "couples" de chanteurs et pianistes.

Les deux couples de cet après-midi nous ont montré comment des répertoires en apparence proches et le même instrument pouvaient transmettre des émotions bien différentes en fonction de la personnalité des artistes.

 
*** Chantal Santon R Royaumont Salle des Charpentes 12/10/2008

Chantal Santon, soprano
X., piano

On peut appécier chez Chantal Santon des qualités évidentes de timbre et de diction. Elle en témoignait ici-même et en tournée dans la Finta Giardiniera de Mozart ou en tournée dans L'occasione fa il ladro.

Dans ses mélodies de Duparc, on est plutôt frustré par le piano un peu sec d'X.. Les accords de La vie antérieure sonnent avec plus de raideur que de noblesse ou de nostalgie, en tout cas sans aucune sensualité. Le "-dir" d'"approfondir" ne se laisse pas désirer, et le piano est trop dur pour permettre à la voix de se colorer et à l'atmosphère d'irradier. On peut aussi reprocher à Chantal Santon de ne pas conserver quelques "é" aussi fermés qu'ils pourraient l'être, par exemple sur le dernier "volupté" de L'invitation au voyage ou "aimée" d'Extase.

Les Ariettes oubliées sont rendues par Chantal Santon et X. d'une manière très neutre, dont on ne sait trop si elle découle d'un défaut de sensibilité poétique ou d'une tentative méritante de nettoyer ce cycle de traditions d'interprétation peut-être fausses. Dans C'est l'extase langoureuse, Chantal Santon pose et ralentit "le choeur des petites voix" sans en savourer et détailler les syllabes. Le "frêle et frais murmure" n'avance pas, puis le "roulis sourd des cailloux" ne se colore aucunement, quand l'intuition et la tradition demandent de fermer et assourdir la voix et d'accentuer la prononciation des consonnes pour traduire quelque peu ce roulis sourd - de façon peut-être bêtement pléonastique, mais si naturelle et attendue qu'il est frustrant d'en être privé. Dans Il pleure dans mon coeur, on sent à peine les contretemps des gouttes qui tombent! La mélodie en ressort neutre et plate. Dans L'ombre des arbres, "parmi les ramures réelles" pourrait être plus expressif et on aimerait entendre les notes du postlude tinter davantage. Green fonctionne mieux, malgré un ralenti un peu trop brusque et un final "puisque vous reposez" dénué de chaleur et de tendresse. Le difficile Spleen n'est peut-être pas encore assez contrasté, entre ses passages exaltés et ceux plus immobiles.

 
****½ David Lefort R Royaumont Salle des Charpentes 12/10/2008

David Lefort, ténor
Simon Zaoui, piano

L'arrivée de David Lefort fait apprécier des qualités plus musicales : dès sa première mélodie, il conduit la phrase et la relance sans cesse. Il chante Prison comme une longue phrase unique dont le déroulement est aussi implacable que le sujet. Dans Soir, son legato est tout aussi incroyable. La mélodie est un ruban imperturbable mais pourtant doté de toutes les inflexions souhaitables. Même ensuite dans la difficile phrase de La Bonne Chanson, "plongé dans ce bonheur suprême...", il réussit toujours à avancer. D'un bout à l'autre du cycle, il reste ainsi actif, mobilisé, direct et directif. Parfaitement soutenu aussi par Simon Zaoui, qui ne se laisse pas distancer!
La diction de David Lefort est parfaite. Vocalement sans problème, il concentre ses aigus très en "tête" sans trop en modifier les voyelles. Ce n'est que sur les tous derniers mots qu'il ouvre un peu trop "Toi" et pousse un peu sa voix! Vers la fin, on est juste un peu lassé de ces incessants élans que l'on sent vains et faux, mais Verlaine et Fauré en sont responsables, non pas David Lefort, qui traduit bien la fébrilité de ce cycle.

En bis, les deux chanteurs ont offert un très beau Pleurs d'or de Fauré.

Alain Zürcher

 
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