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Écoutes de Spectacles

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**** Ercole sul Termodonte OC Paris Théâtre des Champs-Élysées 27/01/2009

 
Fabio Biondi (dm)
Ercole  : Carlo Vincenzo Allemano
Antiope  : Vivica Genaux
Ippolita  : Roberta Invernizzi
Alceste  : Philippe Jaroussky
Teseo  : Romina Basso
Telamone  : Filippo Adami
Orizia  : Emanuela Galli
Martesia  : Stefanie Iranyi

 
 

Vivaldi est un des compositeurs les plus prolifiques de son époque, mais aussi de la nôtre. Alors que ses opéras conservés se comptaient naguère sur les doigts d'une main, chaque année voit désormais la création d'un nouvel opus. Celui-ci a été d'abord recomposé par Alessandro Ciccolini sur la base d'un livret et d'airs retrouvés dans diverses bibliothèques. Cette version, "amputée de la moitié des airs" si l'on en croit Diapason de septembre 2007, a été dirigée par Alan Curtis à la tête de son Complesso Barocco en 2006 au Festival de Spoleto et est disponible en DVD. Fabio Biondi recrée à son tour l'ouvrage, en en retenant davantage d'airs.

Vivaldi lui-même réemployait allègrement ses airs les plus fameux, sans oublier l'habitude qu'avaient les castrats vedettes d'intercaler leurs airs favoris dans n'importe quel ouvrage. Fabio Biondi ajoute un troisième niveau de réemploi en remplaçant lui-même certains airs par d'autres. On ne sait donc pas trop, en retrouvant des airs d'Orlando finto pazzo ou de La verità in cimento, si le réemploi vient de Vivaldi ou de Biondi. Peut-être le livret du CD à paraître chez Virgin nous l'apprendra-t-il. Quant aux récitatifs manquants, Fabio Biondi les aurait écrits lui-même. On est donc en droit ce soir de juger non seulement un violoniste et un chef d'orchestre, mais un "arrangeur" et presque un compositeur, qui a d'ailleurs aussi choisi l'effectif instrumental le plus adapté à l'ouvrage!

Fabio Biondi a donné ce nouvel Ercole sur scène en octobre 2007 au Teatro Malibran de Venise. Cet opéra appelle certainement la mise en scène, en ce sens qu'il n'est pas suffisamment génial et varié pour captiver pendant trois heures en version de concert. On ne s'offusquerait même pas de ce qu'un metteur en scène, comme John Pascoe et son Hercule nu en 2006, prenne certaines libertés avec une partition qui n'est de toute façon qu'une recréation destinée à séduire son public. Pari gagné ce soir, avec une salle comble, enthousiaste au point d'applaudir chaque air, à l'exception d'un seul de Martesia!

En tant qu'orchestrateur (et violoniste), Fabio Biondi a privilégié les cordes, mais le continuo est aussi très efficace, et les "tambours et trompettes" (en fait deux cors) des scènes guerrières font très bon effet. Récits et airs se succèdent sans discontinuer : inévitables airs de comparaison évoquant des ondes et des brises, airs de fureur et airs tendres, airs aux phrases courtes et hachées (pour la jeune Martesia) et airs aux longues lignes de couleur "orientale" (byzantine?) caractéristiques de Vivaldi... Cette alternance d'airs reste cependant bien superficielle. Les récitatifs sont efficaces mais sans surprise. L'effectif orchestral restant aussi assez uniforme, des climats différents ne sont parfois créés que par la variété des timbres et des tempéraments de la distribution vocale.

Incarnant Antiope en 2007, Romina Basso chante ce soir Teseo. Déjà distribuée à Paris en Tamerlano de Bajazet (Vivaldi, dirigé par Fabio Biondi salle Pleyel en mars 2008) et Alessandro de Tolomeo (Haendel, dirigé par Alan Curtis ici-même en avril 2008), elle donne une intensité étonnante à son interprétation en assombrissant son timbre jusqu'aux limites du possible, sans le grossir cependant. Comme Philippe Jaroussky, à l'autre extrémité pourtant du spectre vocal avec son timbre angélique, elle séduit par un ancrage et une connexion parfaites, par sa présence et son engagement physiques. Son personnage prend dès lors un relief et une crédibilité que l'on aimerait voir partagés par tout le plateau. Dans son premier air, elle impose des phrasés longs et amplement respirés, à la différence de certains de ses collègues qui se laissent laminer prestissimo par Fabio Biondi et ne réussissent à transmettre au public que des fragments de voix et donc d'émotion. "Scorre il fiume mormorando" touche aussi la limite grave de sa voix, mais elle y montre une belle agilité. "Ti sento, si ti sento" est à l'inverse un bel air plaintif, où elle démontre toujours le même engagement physique et émotionnel.

Déjà Ippolita à Venise, Roberta Invernizzi donne également consistance à son personnage par sa ligne vocale bien conduite. Sa voix agile et incisive triomphe des grands intervalles de son air "Non saria pena la mia". Les alternances de tête et poitrine de "Da due venti" lui réussissent moins et sa voix y semble un peu légère, mais la faute en revient surtout au tempo trop rapide, à la limite des possibilités vocales. Cet air n'est pas "Agitata da due venti" de Griselda, mais "Son due venti" d'Orlando finto pazzo. Roberta Invernizzi chante également le bucolique "Onde chiare che sussurrate", habituellement connu sous forme de zeffiretti. De La verità in cimento, elle chante aussi les longues phrases "orientales" d'"Amato ben", superbement accompagnée au violon par Fabio Biondi.

Également présentes en 2007, Emanuela Galli et Stefanie Irányi, plus inégales, convainquent moins. Surtout dans son premier air "Certo pensier ch'ho in petto", Stefanie Irányi a une émission en poitrine très brute, qui rend ses registres trop inégaux. Elle rend par contre très plaisamment "Ei nel volto ha un non so che", air plus léger au phrasé très court, comme ensuite "Se ben sente arder le piume". Emanuela Galli a un timbre et une présence qui peuvent rendre crédible son personnage belliqueux, mais elle chante trop en pression. Son air "Caderò, ma sopra il vinto" pourrait être intéressant si elle en maîtrisait l'aigu initial et final. Le timbre ingrat et nasal de Vivica Genaux peut convenir à une reine des Amazones. Son "Scenderò, volerò, griderò", où elle ne semble pas utiliser son fameux "vibrato de mâchoire", est pris tellement rapidement qu'il en perd tout impact et tout mordant. (Remplacez "Scenderò" par "Anderò" pour retrouver l'air d'Orlando finto pazzo.)

Carlo Vincenzo Allemano déçoit par une émission empâtée. Son rôle semble cantonné dans le grave du registre de ténor. Est-ce pour cela, ou pour mieux incarner son personnage d'Hercule, qu'il le beugle sans finesse, en poussant ses rares aigus à la limite de la justesse? Il se sort bien de son air de fureur "Non fia della vittoria", mais fausse en poussant sa voix dans le tout aussi rageur "Coronatemi le chiome".
Filippo Adami émet d'une voix claire son rôle beaucoup plus aigu. Alors que l'orchestre semble retenu pour accompagner Hercule, il se déchaîne pour son seul air "Tender lacci", sinon assez réussi.
Le rôle d'Alceste, créé par Carestini, est tenu par Philippe Jaroussky, dont le dernier enregistrement est consacré au répertoire de ce castrat. Il chante le joli air tendre "Quelle beltà sol degna è d'amor" et le bel air "oriental" "Io sembro appunto".

Le choeur de Notre-Dame se sort très bien de ses interventions, et l'acoustique du Théâtre des Champs-Élysées est toujours excellente pour ce répertoire.

À écouter vendredi 27 février à 20h sur France-Musique.

Alain Zürcher

 
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