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Écoutes de Spectacles

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***½ Les Enfants Terribles Paris Théâtre de l'Athénée 13/02/2009

Dargelos, Agathe  : Muriel Ferraro, soprano
Élisabeth  : Myriam Zekaria, soprano
Gérard  : Damien Bigourdan, ténor
Paul  : Jean-Baptiste Dumora, baryton

photo © Elizabeth Carecchio
 
 

Les Enfants Terribles sur la musique minimaliste de Philip Glass, l'association semble étrange. Philip Glass a pourtant exploré l'univers de Jean Cocteau à trois reprises, avec Orphée en 1993, La Belle et la Bête en 1994 puis ces Enfants Terribles en 1996. Si les deux premières oeuvres recréaient une bande-son pour les films éponymes, il s'agit bien là d'un opéra de chambre. La voix y est utilisée soit parlée, soit chantée, jamais lyrique cependant. Les quatre interprètes de ce soir maîtrisent bien cette vocalité. Leurs déplacements sont également chorégraphiés, dans un entre-deux équivalent pour les corps au traitement des voix. Les instruments aussi ne sont ni tout à fait classiques, ni tout à fait synthétiques, puisqu'il s'agit de pianos numériques au son mat aussi limité que la musique jouée dessus. Tous ces éléments traduisent finalement bien ce qu'il est convenu d'appeler l'ambiguité du livret, l'enfermement de ses personnages, son caractère obsessionnel et tragique. Car s'il s'agit d'adolescence quintessenciée, ce n'est pas dans l'exaltation et la grandiloquence, mais dans le repli sur soi poussé jusqu'au tragique. L'opéra a par contre perdu tout ce que le roman pouvait avoir de séduisant et d'excitant.

La mise en scène très sobre met bien en valeur le livret, que jouent admirablement les chanteurs. Le décor de cour sous la neige reste aussi nu pour figurer la chambre, les chambres successives. Au sol, le sable du temps glisse entre les doigts des personnages, bleu comme les rêves. Costumes et coiffures évoquent cette époque d'avant-guerre, comme la langue de Cocteau, aussi datée que celle de Guitry entendue récemment au musée d'Orsay dans L'amour masqué. Une langue qui, au même titre que plus tard celle de Marguerite Duras, veut donner une dimension de mythe à la réalité, qui recrée une réalité chauffée à blanc par l'imagination - et par l'opium que le livret évoque plusieurs fois. Les Enfants Terribles ont leur propre drogue, leur propre jeu, leur propre univers, ils n'ont pas besoin des paradis artificiels dont Cocteau cherchait à se désintoxiquer quand il a écrit son oeuvre.

Un spectacle donc étrangement réussi, dont tous les éléments se combinent avec une surprenante harmonie.

À voir jusqu'au 14 février au Théâtre de l'Athénée.

Alain Zürcher

 
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