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***½ Diana Damrau C Paris Théâtre des Champs-Élysées 21/03/2009

 
Jérémie Rhorer (dm)
Diana Damrau, soprano


 

Récemment appréciée ici-même en Sophie du Chevalier à la Rose, Diana Damrau revient dans un programme et avec un orchestre très différents. Sa complicité avec le Cercle de l'Harmonie n'est pas nouvelle : elle a déjà enregistré deux disques avec Jérémie Rhorer.

Ce concert pose une question intéressante : une même chanteuse peut-elle tout chanter? Certainement non, mais chez Mozart, pourquoi pas? Dans une oeuvre comme Les Noces de Figaro, Diana Damrau respecte même une tradition germanique en chantant Suzanne puis la Comtesse après avoir débuté en Barbarina en 99. Il est plus rare de briller à la fois dans les opéras sérieux (opere serie) de Mozart, comme ce soir Mitridate ou La Clémence de Titus en bis. Mais il est en tout cas plus facile et moins dangereux d'explorer toutes les héroïnes mozartiennes que de chanter un jour Mozart et le lendemain Verdi.

Diana Damrau comme l'orchestre ne trouvent un rythme stable et commun qu'après l'entracte. Les accents expressifs sont toujours présents, mais inscrits dans une ligne musicale, alors qu'en première partie ils avaient tendance à se substituer à cette ligne. Les instrumentistes à vent du Cercle de l'Harmonie prennent aussi beaucoup de risques en jouant sur des instruments à vent naturels. La moindre faiblesse entraîne vite l'ensemble dans une approximation qui tend à donner le mal de mer! Mais quand ils sont en forme et suffisamment concentrés, leurs couleurs sont magnifiques. L'équilibre habituel entre les pupitres est recomposé aux dépens des cordes, mais ces dernières apprennent aussi à "résister" en s'individualisant davantage. L'équilibre avec la voix est parfois aussi étonnant, quand le timbre de soprano entre en collision avec les instruments graves, sans que des nappes de violon ne l'épaulent et enveloppent.

La voix de Diana Damrau gagne en maturité. Ses aigus ne sont plus ce soir son point fort. En entrée, elle les force dans Konstanze. En bis dans le "Dove sono" de la Comtesse, elle les pousse encore un peu. Sa voix se pose mieux sur les médiums de "Senti l'eco ove sospiri". "Batti, batti" donne un bon exemple du tempo flottant et des accents excessifs qui gâtent cette première partie de concert. Diana Damrau y laisse entendre des inégalités dans sa voix comme dans son phrasé. Après l'entracte, "Al destin che la minaccia", par sa rigueur d'écriture, remet les choses en place. Diana Damrau y déploie une excellente maîtrise technique. La rigueur même de l'écriture et de l'interprétation permet une vocalisation brillante et ornée. Dans "Traurigkeit", autre air de Konstanze, chanteuse et orchestre sont concentrés à l'unisson, l'interprétation de Diana Damrau est bien engagée et connectée physiquement. "O zittre nicht" de la Reine de la Nuit lui va encore très bien, mais elle séduit davantage, en bis, dans l'air de Pamina, "Ach ich fühl's", bien phrasé avec ses notes qui doivent à la fois "planer" librement et être parfaitement ancrées.

Le Cercle de l'Harmonie est superbe de naturel dans la symphonie n°29. Sa fougue est excitante dans l'interlude de Thamos, qui mériterait par son expressivité d'être plus souvent joué!

Alain Zürcher

 
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