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Écoutes de Spectacles

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***½ Altre stelle CS Paris Théâtre des Champs-Élysées 27/04/2009

Orchestre Les Siècles
François-Xavier Roth (dm)
Juliette Deschamps (ms)
Nelson Wilmotte (d)
Macha Makeïeff (c)
Joël Hourbeigt (l)
 
Anna Caterina Antonacci, soprano
Pier et Jules Fack, les enfants

photo © Alvaro Yañez

Anna Caterina Antonacci et François-Xavier Roth présentent au TCE un superbe programme d'une parfaite cohérence. Si la filiation est évidente entre Rameau, Gluck et Berlioz, on n'a pourtant jamais l'occasion de les entendre au cours de la même soirée, ne serait-ce que pour des raisons d'"authenticité" instrumentale! D'entrée, l'orchestre Les Siècles séduit par son allant et sa présence. Sa sonorité très homogène et chaude, boisée et cuivrée, correspond idéalement à ce que l'on attend pour interpréter Berlioz. Est-elle adaptée à Rameau? Pourquoi pas, si François-Xavier Roth n'avait pas choisi de l'interpréter si détaché - peut-être pour "faire baroque"?

Anna Caterina Antonacci est l'interprète idéale de ce répertoire, comme elle l'a prouvé au Châtelet en 2003 en Cassandre des Troyens. C'est ce soir avec Didon qu'elle termine son concert : c'est aussi le rôle où sa voix s'épanouit avec le plus de plénitude, où son phrasé fait corps avec elle. Comme pour l'orchestre, on tique par contre à sa "Cruelle mère des amours", dont l'écriture est un peu tendue (ou simplement trop en finesse) pour sa voix, qui y sonne du coup tirée.

Au-delà de cette adéquation entre un programme, une chanteuse et un orchestre, les autres éléments du spectacle lui retirent de la force au lieu de lui en donner. Voir une héroïne de tragédie en mère avec ses gosses, qui plus est habillée en robe à fleurs, voilà qui ne lui confère pas une aura supplémentaire! Médée a bien besoin de deux enfants à assassiner, mais Phèdre et Armide? Le décor boîte noire découpée de rouge semble parachuté du début des années 80 et n'offre aucune espèce de synergie avec les robes à fleurs ni avec le programme - du sang dans la nuit? La diffusion de textes enregistrés est aussi rédhibitoire pour tout spectacle lyrique décent.
Il existe sans doute des possibilités pour élargir le cadre du concert, et pourquoi pas son public. Les Vêpres de la Vierge façon lupanar au Châtelet cette saison en étaient un exemple. Mais même à des personnes à l'ouïe déficiente, qui requièrent l'excitation d'autres sens, on ne voit pas trop ce que la mise en scène de ce soir peut apporter. Pendant l'ouverture de l'acte III de la Médée de Cherubini, la tension dramatique est par exemple traduite par l'empressement mis par les enfants à enlever leur pyjama et à s'habiller avant l'arrivée de leur mère! Quelle ménagère de moins de 50 ans sera terre à terre au point de ne pouvoir frémir qu'à pareille trivialité? (Et si elle existe, a-t-on vraiment envie de la croiser dans une salle de concerts?)

La voix d'Anna Caterina Antonacci se concentre au cours de la soirée. Son vibrato d'abord trop large la fait dangereusement osciller sous une pression de souffle trop appuyée. Son émission semble mieux soutenue dans les passages qu'elle chante assise ou agenouillée. Après un superbe Ballet des ombres heureuses à l'orchestre (notamment à la flûte!), "Renaud, ciel!" est concentré et intense, mais "Le perfide Renaud me fuit" est à nouveau un peu tendu. L'orchestre trouve lui une belle intensité à la fin de l'air, et d'ailleurs jusqu'à la fin de la soirée!

Le parti de diviser en deux La mort d'Ophélie de Berlioz permet d'ouvrir et de clore le concert sur cette belle pièce. Faut-il imaginer que toutes ces héroïnes sont rêvées par Ophélie en train de se noyer? Voilà une nouvelle piste pour un futur concert! On imagine déjà les vidéos aquatiques de Bill Viola...

Alain Zürcher

 
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