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Laurent Naouri R | Paris | Auditorium du Musée d'Orsay | 27/05/2010 |
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L'exposition "Crime et châtiment" du Musée d'Orsay est l'occasion d'un intéressant programme vocal sur le thème de la mort, offert par Laurent Naouri et David Abramovitz, partenaires fidèles en mélodie. Le programme balaie le répertoire germanique en première partie, français en seconde. Il impose ainsi de nombreux changements de vocalité et de style pianistique, certains réussis, d'autres moins. Laurent Naouri ne convainc pas totalement en première partie et s'en excuse après l'entracte en se disant fatigué. Sa voix sonne en effet un peu sourde, surtout dans les nuances piano, où elle manque d'harmoniques. Il retrouve sa vigueur habituelle sur les forte, ce qui favorise les Lieder aux exigences plus opératiques, comme les deux extraits du Knabenwunderhorn de Mahler. Si Revelge donne à Laurent Naouri l'occasion de débrider la puissance de sa voix et l'intensité de son interprétation, Mahler comme précédemment Brahms et Strauss souffre d'un soutien ce soir déficient. La ligne vocale semble plombée. Elle est souvent lâchée et reprise en "soufflets", ce qui nuit aussi à la présence du texte et à la compréhension des paroles. Dans Befreit, même les belles intensités vocales sur "wiedergeben" ou "weinen" sont amenées par un phrasé laborieux, comme chanté "à reculons". C'est souvent aussi l'impression que donne physiquement Laurent Naouri ce soir : à force de respirations hautes, il semble chanter sur l'affaissement de sa cage thoracique, et renforcer au besoin la pression de son souffle en poussant vers le bas, inversant ainsi le schéma d'une émission vocale plus logique où la cage thoracique reste ouverte tandis que la nécessaire pression en souffle est alimentée et soutenue par les muscles abdominaux. Ce fonctionnement "à l'envers" crée par contre un bel effet d'éloignement sur le "Gute Nacht" terminant Der Tambourg’sell : cet adieu est diminué en faisant comme reculer la voix au lieu de faire avancer un piano soutenu. Si Laurent Naouri est toujours saisissant dans Un grand sommeil noir, son Kaddish est ce soir moins convaincant. Berlioz souffre de l'empâtement du phrasé créé par l'émission large et peu soutenue. Mon cadavre est doux comme un gant trouve brusquement un allant séduisant, une courbe naturelle qui semble suivre la narration, tout grossissement ayant miraculeusement disparu. L'émission est plus haute et riche en harmoniques, plus en "tête", les nuances piano sont mieux timbrées et concentrées. Alain Zürcher |
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