L'Atelier du Chanteur : Page d'Accueil (Home Page) Operabase: Page d'Accueil (Home Page)

Écoutes de Spectacles

2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
**½ Anna Caterina Antonacci R Paris Opéra Comique 19/06/2010

Anna Caterina Antonacci, mezzo-soprano
Donald Sulzen, piano

La grande tragédienne Anna Caterina Antonacci, superbe Cassandre des Troyens au Châtelet en 2003 et Carmen ici-même l'an dernier, a ce soir tenté de plier sa voix aux contraintes d'un récital de mélodies. Elle ne réussit malheureusement à concentrer son émission que vers la fin de la soirée et pour quatre bis magistraux.
Jusque là, son émission est trop large et souvent basse. Veut-elle transposer et conserver des effets "opératiques", pourtant déplacés dans ce répertoire? Cherche-t-elle ainsi à se rassurer, pensant que sa voix porte mieux et est plus captivante quand elle l'enrichit de ce type de résonances? Il en résulte certes un timbre plus "chaud", donc chaleureux, humain, sensuel peut-être... Mais on peut aussi considérer ce timbre comme ampoulé, et en tant que tel nuisant à la claire intelligibilité des paroles comme à l'homogénéité des registres. Ce n'est pas seulement le timbre mais aussi la posture, le souffle, le phrasé... Vers la fin de son récital, elle trouve simultanément une finesse de son et une meilleure verticalité. Ses harmoniques aigus sont plus présents et ses paroles sont plus claires, l'impact de sa voix en devient plus acéré, plus efficace. Son corps trouve non seulement un ancrage au sol mais aussi une tension positive vers le haut, à l'inverse de l'affaissement qui a plombé sa première partie de soirée. Dans son splendide bis "Moon river", registres de "poitrine" (grave) et de "tête" (aigu) sont reliés avec une souplesse, une finesse miraculeuses. La présence constante des harmoniques rend possible un legato, une ligne vocale ininterrompue.

Dans Fauré au contraire, Anna Caterina Antonacci attaque ses sons par en-dessous, pousse le souffle sur les consonnes puis laisse baisser sa voix sur les voyelles après avoir à peine touché la note juste un court instant. Sa cage thoracique est entraînée vers le bas comme sa résonance vers le grave. Si elle veut chanter aussi large, il lui faudrait un soutien beaucoup plus solide. Mais pourquoi donc, puisque ce répertoire ne le requiert nullement? À Clymène est toujours trop bas, mais les "i" finaux de "Ainsi soit-il" la guident vers un placement plus haut et plus juste. Elle chante dès lors moins bas la mélodie suivante et tonifie peu à peu sa posture.
Chez Reynaldo Hahn, Anna Caterina Antonacci nous fait découvrir des mélodies bien moins connues que les Mélodies de Venise de Fauré. Si elle ne "callassisait" pas tant son timbre, son français serait beaucoup plus compréhensible. L'enamourée de Reynaldo Hahn est la première mélodie qu'elle réussit vraiment. Elle assombrit hélas étrangement la suivante, ce qui par contraste la pousse à crier ses aigus. Chère nuit de Bachelet est toujours artificiellement surtimbré, et ce faisant un peu ampoulé et nasalisé, au détriment de la santé vocale comme de la compréhension des paroles.

Après l'entracte, Anna Caterina Antonacci attaque de nouveau trop bas et sans soutien les mélodies anglaises de Tosti, alternant sons nasalisés et non nasalisés. Ces derniers sonnent détimbrés par contraste mais sont plus compréhensibles. Love's way est de même alternativement parlé et surtimbré.
Amor, amor! de Tirindelli est davantage dans la vocalité d'Anna Caterina Antonacci. Elle en ampoule cependant l'aigu et en poitrine le grave de manière quelque peu inégale par rapport à son médium. Ballata et Pioggia lui offrent de beaux forte finaux. Pioggia lui va bien, mais plus encore Nebbie avec son style déclamatoire dans le grave. Anna Caterina Antonacci y grossit moins sa voix et chante bien lié, avec une qualité dramatique plus proche de l'opéra. Elle chante Paolo, datemi pace! avec une émission plus claire, puis trouve dans son premier bis un mordant très efficace. Dans son deuxième bis, O del mio amato ben, son émission est à nouveau plus fine et haute, avec davantage d'harmoniques aigus. Moon river et son dernier bis sont des démonstrations magistrales d'émission homogène d'excellente tenue, ainsi que de phrasé et de musicalité! Est-ce qu'on ne pourrait pas recommencer le récital depuis le début avec cette vocalité? Ce sera pour la prochaine fois!

Alain Zürcher

 
http://chanteur.net - ©1998-2018 L'Atelier du Chanteur® - Tous droits réservés - CGU - Publicité - Contact