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Orlando | Paris | Théâtre des Champs-Élysées | 03/11/2010 |
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Emmanuelle Haïm (dm) David McVicar (ms) Jenny Tiramani (dc) Andrew George (chg) Davy Cunningham (l) |
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![]() photo © Alvaro Yañez Réunissant ses forces avec celles des opéras de Lille et Dijon, le théâtre des Champs-Élysées présente une superproduction digne de l'Opéra de Paris. Décors et lumières splendides, salle comble, public enthousiaste, que demander de plus? Peut-être d'être touché et captivé musicalement et dramatiquement? Souvent appréciée dans ces murs et ces colonnes, Emmanuelle Haïm déçoit sur plusieurs plans : le choix des chanteurs, qu'elle revendique avoir effectué conjointement avec David McVicar; un son et un phrasé orchestraux étranges, sorte de fusion entre plusieurs décennies d'interprétation baroque; une manière systématique d'introduire chaque air avec un son épais et fade, pomposo, puis d'alléger considérablement la texture dès l'entrée du chanteur; une absence de variété de couleurs, à l'exception de la suave évocation de la "violetta marina" - instrument proche de la viole d'amour. Seule Sonia Prina est-elle donc capable de passer l'orchestre et d'être soutenue et stimulée par celui-ci? Orlando n'est-il pas justement un opéra riche et varié, plaisant et changeant, offrant des airs courts, plusieurs ensembles, des mélodies agréables? On le reconnaît à peine ce soir. David McVicar horripile quant à lui par la fameuse maladie dénommée "peur du vide". Au premier acte, le pléonasme le dispute à la bougeotte et à l'encombrement scénique. Décors et lumières semblent souvent tenter de vaincre par KO les Noces de Strehler reprises simultanément à la Bastille, mais comme souvent à la Bastille, la sophistication visuelle stérilise l'émotion. On a même droit à l'Accrochage de la Lessive, qui meuble toujours aussi joliment un plateau. Certes, cela a un sens : ce XVIIIe galant et poudré, avec ses belles lumières dorées, dévoile sa cruauté sociale et un autre monde, noir et rouge, juste derrière le miroir, avec ses anges et surtout ses démons. Belle vision de départ. Mais ajoutez des figurants danseurs, et des chanteurs qui semblent eux-mêmes mimer leur texte au lieu de se contenter de le chanter (et pourquoi pas d'y croire?), ajoutez une sorte de Pina Bausch de cabaret en Amour sinistre, et vous obtenez une mise en scène pour sourds et malentendants. Si ces derniers sont gâtés, les déficients visuels ont d'ailleurs droit à une audiodescription le 7 novembre! ![]() photo © Alvaro Yañez Comment les chanteurs s'en sortent-ils? Très professionnellement, ils font ce qu'on leur demande, il est donc très difficile de leur en vouloir! Mais comment Henriette Bonde-Hansen arrive-t-elle à rendre ses airs si ennuyeux, alors que Haendel lui offre toute une palette de possibilités? Stephen Wallace est un fade Medoro, David McVicar en profite pour caricaturer la fadeur du personnage. Nathan Berg a une voix de vilain, ce qui jette un éclairage constamment faux sur son personnage, mais là aussi David McVicar semble en rajouter une couche. Ne lui fait-il pas disséquer un cadavre pendant son air d'entrée? L'émission de Nathan Berg, avec ce mélange un peu daté de dilatation pharygée et de nasalisation, séduit cependant le public. Lucy Crowe est souvent tonique et efficace, du moins après avoir canalisé ses premières ardeurs, qui lui font pousser des sons droits et chanter trop haut. Reste Sonia Prina, égale à elle-même, c'est à dire diablement efficace, mais avec une certaine monotonie dans l'abattage. Ses déplacements et mouvements incessants donnent un peu le tournis, mais elle sait aussi bien s'ancrer au sol, et son incarnation physique est certainemet plus virile que celle de n'importe quel contre-ténor. Pour le cas où Sonia Prina ne suffirait pas à traduire l'affect, pourtant assez évident, de "Fammi combattere", elle est doublée par trois danseurs, qui amoindrissent l'impact de sa prestation au lieu de l'exalter. L'orchestre reste là aussi un peu épais, quand un éclat plus incisif aurait mieux servi cet air - éclat qu'il trouve au deuxième acte pour le "Cielo!" d'Orlando. Le premier acte se termine sur un trio étrangement moderne, puisque chacun y expose directement et crûment ses sentiments! Si Angelica et Dorinda se disputent Medoro, leurs trois voix s'accordent par contre très bien. Le troisième acte est pour McVicar celui de la distanciation ironique : amusante poursuite infernale pendant l'ouverture, amusant renvoi de Medoro enfermé dans son lit par Dorinda, autre renvoi amusant de l'Amour derrière le rideau par Dorinda. La scène entre Orlando et Dorilla est très justement jouée au ras du sol. Quel dommage de se croire obligé d'accumuler les trouvailles quand quelques choix aussi simples rendent l'oeuvre tellement plus efficace! À voir jusqu'au 9 novembre au Théâtre des Champs-Élysées. À écouter le 13 novembre 2010 à 19h sur France-Musique. Alain Zürcher |
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