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Écoutes de Spectacles

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*** I due Foscari OC Paris Théâtre des Champs-Élysées 19/05/2011

 
Daniele Callegari (dm)
Le Doge Francesco Foscari  : Anthony Michaels-Moore
Jacopo Foscari  : Ramon Vargas
Lucrezia Contarini  : Manon Feubel
Jacopo Loredano  : Marco Spotti
Barbarigo, Fante  : Ramtin Ghazavi

Francesco Hayez, 1852. L'ultimo abboccamento di Jacopo Foscari con suo padre, il doge Francesco Foscari. Firenze, Palazzo Pitti.

Créé juste après Ernani, à Rome car il pouvait encore blesser les susceptibilités des nobles familles vénitiennes, cet opéra est du pur Verdi! Pas une seule note ne surprend, un ordinateur pourrait sans mal la recréer si on lui donnait les quelques règles de base et thèmes à utiliser.
Le livret est plus original par sa structure et sa concision, puisqu'il met l'accent uniquement sur les injustices supposées frappant la famille Foscari, sans creuser ni les accusations portées contre le fils Foscari, ni la psychologie ou le règne du père, ni le passé du fils et ses rapports avec sa femme, alors qu'il rentre déjà d'exil, ni le caractère ou les actes de Loredano... Tous les sentiments sont de pure convention et toutes les paroles pourraient avoir été écrites par le même logiciel susmentionné. On a donc beaucoup de mal à s'attacher à tel personnage plutôt qu'à tel autre.

Daniele Callegari parvient à rendre l'ONF idiomatique dans cette partition sans difficultés, où chaque air est gratifié de son instrument soliste. Un tempo plus vif aurait parfois relevé l'intérêt de l'oeuvre. Le choeur y fait montre également de qualités très louables.

Si l'acoustique de la salle est un peu dure pour l'orchestre et certains forte du choeur, les solistes auraient pu, eux, en tirer parti pour offrir des nuances plus fines, des phrasés plus variés, une palette plus riche que dans une grande maison d'opéra. Au contraire, ils chantent leurs rôles comme s'ils étaient dans les arènes de Vérone! Ce n'est qu'au troisième acte, après l'entracte, qu'ils trouvent un placement, une accroche plus adaptées. À se demander s'ils ont répété dans la salle avant le concert! Sans doute auront-ils tiré profit de cette expérience samedi soir, pour la seconde représentation.

Ramon Vargas braille ainsi le début de son rôle, sans aucun égard pour la tendresse appelée par les paroles. Des tensions dans son émission rendent son vibrato inégal. Il ouvre trop sa voix puis bouche ses aigus en voulant les couvrir. Il est cependant d'emblée plus efficace dans la cabalette, où il n'a pas le temps de faire entendre ces défauts. Manon Feubel chante elle aussi en pression lors de son entrée, mais dans un style presque opposé, sur des voyelles fermées à l'excès. C'est le type d'émission qui porte très bien jusqu'aux derniers rangs à Orange, mais qui n'est pas la plus adaptée ici. Dans ce premier air, elle aime rejeter sa tête en arrière pour laisser flotter sa voix en interminables tenues. Entre ces valeurs longues, elle bouscule quelque peu ses paroles et ses vocalises, sans unité de son et de définition des voyelles entre ces deux modes d'émission. Tous deux se bonifient grandement en cours de soirée. Dès leur premier duo, leurs voix s'harmonisent merveilleusement, semblant gommer leurs défauts respectifs à l'écoute l'une de l'autre.

Anthony Michaels-Moore chante hélas sur la trame de sa voix, parfois bas et nasal. Marco Spotti nous permet enfin d'entendre une voix magnifique, en bonne santé et bien émise. Suit un quatuor vocal où tout le monde chante à qui mieux mieux, avant qu'un ensemble très sonore réunisse tous les protagonistes pour le final de l'acte II.

L'acte III s'ouvre sur l'agréable choeur du Carnaval. Dans le récit qui suit, Vargas est sonore et brillant, clair, libre... Il fait enfin entendre cet écho de Pavarotti, dont le remplacement "au pied levé" l'avait lancé. Peut-être samedi trouvera-t-il ces accents et ce placement dès son entrée? Manon Feubel est elle aussi enfin tonique et directe, à la hauteur de ses capacités. Tous deux ont cessé de chercher à "timbrer" ou "projeter" leur voix, ils trouvent directement et chantent! Cette scène entre Jacopo et sa femme, la plus naturelle et franche vocalement de la soirée, est d'ailleurs la première à ne pas être applaudie.
Après la mort de Jacopo, Manon Feubel n'assume pas vraiment la virtuosité de son air, mais émet des aigus bien centrés. Le Doge chante un bel et grand air, intéressant pour un baryton qui n'est pas encore un "baryton Verdi" mais presque un baryton-basse.
Une oeuvre qu'il était intéressant de programmer, mais qu'on ne regrettera pas de ne pas entendre trop souvent.

À écouter le 21 mai à 20h au TCE ou en direct sur France-Musique.

Alain Zürcher

 
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