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Écoutes de Spectacles

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**** Le Bal OE Paris Théâtre du Châtelet 13/01/2012

 
Anu Tali (dm)
Matthew Jocelyn (me)
Hermenegildo Sabat (illustrations projetées)
Rosine  : Miriam Gordon-Stewart
Alfred  : Fabrice Dalis
Antoinette  : Trine Wilsberg Lund
Miss Betty  : Ann-Beth Solvang
Mlle Isabelle  : Chantal Perraud
Georges  : Hugo Oliviera

Présences, festival de musique contemporaine de Radio-France, ose cette année devenir payant, paradoxe de la crise ambiante qui oblige à vendre plus cher ce que le public a moins d'argent pour acheter. Oscar Strasnoy, compositeur enfin abordable sans être médiocre, a peut-être rendu cela possible. Il semble en effet concilier toutes les qualités : profondeur, créativité, théâtralité, humanité... comme s'il avait effectué en toute discrétion un parcours pourtant reconnu a posteriori comme parfait, tel que l'époque le réclame! Oscar Strasnoy provoque en excitant et séduisant à la fois. Il touche juste tout en procurant le nécessaire frisson du mauvais garçon, la touche faubourienne ou crue sans laquelle il serait un brillant conférencier mais pas un grand artiste.

À l'Opéra Comique la saison passée, Cachafaz avait séduit par l'engagement total des interprètes réunis. Ceux de ce soir ont créé l'oeuvre à Hambourg en 2010, mais ils ne doivent pas avoir bénéficié de répétitions suffisantes avec l'orchestre, d'où un nombre de décalages, d'erreurs et d'oublis tout de même gênants, surtout de la part du "bruiteur"!

Hugo Oliviera a une bonne voix, Chantal Perraud assume correctement son rôle d'hystérique - un sommet d'hystérie vocale qui souligne et moque du même coup la tendance fréquente des compositeurs contemporains à écrire trop tendu pour les voix et à ne croire devoir tolérer que les extrêmes. Oscar Strasnoy n'y échappe pas totalement, car son écriture vocale est ici souvent rude pour les chanteurs, et les surtitres ne sont pas superflus. Il semble avec Cachafaz avoir mûri sur ce point, exploitant plus finement le médium et valorisant les possibilités de ses interprètes.

En Rosine, on imagine une voix plus ample et plus ronde que celle de Miriam Gordon-Stewart, un peu serrée ce soir. Fabrice Dalis pousse d'abord sa voix mais est le ténor de caractère, le veule Hérode requis. Ann-Beth Solvang a un mezzo très concentré et efficace, idéal dans son rôle. Trine Wilsberg Lund arrive encore à jouer la chipie adolescente, tout en s'affirmant vocalement.

Le Bal est une oeuvre burlesque et séduisante. On ne s'ennuie qu'en attendant les invités, ce qui est sans doute voulu, car comment mieux traduire l'attente et l'ennui qu'en ennuyant les spectateurs? La musique en semble peu structurée, voire parfois presque aléatoire, mais toujours avec goût. L'inventivité de surface répond toujours, chez Strasnoy, à une démarche conceptuelle et philosophique. C'est même ce qui semble motiver et relancer sans cesse sa vocation de créateur, théâtral ou même social autant que musical.
Les caricatures des personnages par Hermenegildo Sabat, projetées sur un écran, sont pertinentes, et le jeu d'acteur réglé par Matthew Jocelyn est efficace, comme son excellent livret.

En première partie, l'ONF joue les Quatre interludes marins et la Passacaille de Peter Grimes de Benjamin Britten. Sous la baguette de la jeune Anu Tali, son interprétation est claire et précise, mais ses membres ne semblent pas tous conscients de la totalité des phrases orchestrales et de la manière dont leurs interventions devraient s'y intégrer. Cette approche un peu sèche et analytique réussit mieux à la Passacaille.


 
***** The End, Y (Sum n°4 et 2) Paris Théâtre du Châtelet 20/01/2012

Susanna Mällki (dm)
Pablo Marquez (guitare)

photo © Guy Vivien

Le propos de The End est clairement parodique, puisqu'il s'agit de variations sur le thème du "finale" de symphonie. Le concert et d'ailleurs l'oeuvre elle-même commencent donc plaisamment par la fin. Au-delà de la farce, Oscar Strasnoy montre ici et dans Y une grande finesse d'écriture. Il est secondé par la souplesse et l'intelligence musicale de l'Orchestre Philharmonique, sous la direction enthousiaste et précise de Susanna Mällki. Leur interprétation du Mandarin Merveilleux de Bartok est formidable.


 
*** Un retour OE Paris Théâtre du Châtelet 21/01/2012

 
Roland Hayrabedian (dm)
Thierry Thieu Niang (me)

En première partie, Dido et Énée est une commande de l'ensemble Musicatreize. Écrite pour le même effectif que Un retour, elle en constitue un complément de programme d'autant plus idéal que Un retour est émaillé de citations de l'Énéïde! Le propos et la texture orchestrale rappellent parfois la réécriture du Voyage d'Hiver de Schubert par Hans Zender, mais le plus souvent, on ne saisit guère quel renfort l'orchestre de Strasnoy apporte aux lignes mélodiques de Purcell. Cet accompagnement n'en est pas un puisqu'il ne soutient en rien le chant, qui perd du coup de sa force expressive en sonnant à nu sur un fond souvent percussif. Ces percussions n'installant aucune tonalité stable, ce n'est pas non plus de la polytonalité... Ce que c'est, peu importe, mais pourquoi, voilà qui importe davantage!

Les chanteurs ont du mérite à tenir leurs lignes et à incarner leurs rôles dans ce contexte qui relève davantage du brouillage que du soutien harmonique ou rythmique. Ils chantent aussi des instruments pendant l'ouverture, plus tard sifflent... C'est d'ailleurs dans ces passages les plus éloignés de Purcell qu'émerge parfois un moment de poésie.

Jusqu'à ses "Remember me!" aigus de la fin, trop ouverts et mal connectés, Mariana Rewerski est une bonne Didon. L'émission lâchée et soufflée de Céline Boucard gagne en netteté avec son "Haste, haste to town". Xavier de Lignerolles a en matelot une bonne voix naturelle. Job Tomé convainc en Énée comme ensuite en Nestor Fabris.

Dans Un retour, Jean-Manuel Candenot est sinistre à souhait en chauffeur de taxi et en Professeur Grossman.
Le livret d'Alberto Manguel paraît séduisant. Il mêle l'espagnol des argentins, le français de celui qui revient dans le pays qu'il a fui et le latin de Virgile. Malheureusement, Oscar Strasnoy échoue à donner une structure à son oeuvre - un plan, une arche, que sais-je, une architecture d'ensemble qui dépasse l'instant présent pour se tendre du début à la fin et donner un sens, une direction... Ou ne serait-ce que des climats variés! Cette faiblesse structurelle, supportable dans la frivoliét du Bal, ne l'est plus quand le sujet touche au tragique.

Alain Zürcher

 
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