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****½ Anna Netrebko R Paris Salle Gaveau 03/05/2012

Anna Netrebko, soprano
Elena Bashkirova, piano

photo © Dario Acosta

Anna Netrebko sillonne le monde (voir son planning sur Operabase!) mais se fait rare à Paris. L'occasion de l'entendre dans un cadre et un répertoire plus intimes est d'autant plus intéressante, un peu comme ces stars de la chanson qui donnent des "concerts acoustiques" pour un public réduit!

L'ancienne spécialiste des rôles en "-ina" confirme le mûrissement de sa voix, qui gagne en rondeur et en sombres nuances, fort utiles pour colorer par exemple Les monts de Géorgie ou Le cortège aérien des nuages de Rimski-Korsakov, où l'on admire également ses nuances d'intensité. Elle captive tellement le public qu'il a même oublié d'applaudir cette superbe mélodie! Car bien sûr, applaudissements, flashs et bip-bip de photos prises au téléphone portable crépitent toute la soirée, malgré les vaines exhortations contraires du programme et de l'annonce!

Une respiration haute semble convenir à Anna Netrebko, à elle comme à nombre de "natures" vocales - voir les vidéos de Régine Crespin! Faudrait-il dès lors réécrire les traités de chant qui préconisent le contraire, ou bien considérer que les traités ne sont destinés qu'à ceux qui n'ont pas le matériau naturel d'une diva? Du souffle se mêle parfois à sa voix, mais la pâte en est tellement riche que ce moyen de chanter piano en devient presque légitime - ainsi pour le pianissimo vaporeux par lequel elle amorce Pourquoi? de Tchaïkovski.

Son phrasé est long et ample, à la mesure de l'engagement physique et émotionnel de la femme rayonnante de sensualité, non pas démonstrative et vulgaire, mais au service de la musique et de ces poèmes qui exaltent tous le sentiment et l'acte amoureux. Anna Netrebko lie et flotte idéalement les phrases étonnamment sombres de Au royaume de la rose et du vin de Rimski-Korsakov. Chez Tchaïkovski, avant Pourquoi?, c'est Oublier si vite qui lui offre les plus grands contrastes, les phrases les plus longues qu'elle porte jusqu'à leur terme. J'étais pourtant comme un brin d'herbe permet ensuite d'entendre la voix traverser les registres de l'aigu au grave, avec une homogénéité et des respirations qui peuvent encore être peaufinées.

Seule faiblesse de cette soirée, deux Lieder de Strauss donnés en bis, Cäcilie et Morgen, requièrent encore bien du travail sur l'articulation, le placement, les respirations, la ligne. Nul doute qu'Anna Netrebko, bien guidée, saura le mener à bien!

On retrouvera Anna Netrebko à Paris le 11 novembre 2012 salle Pleyel, dans une version de concert de Iolanta de Tchaïkovski, qu'elle a déjà plusieurs fois incarnée sur scène, notamment sous la direction de Valery Gergiev.

Alain Zürcher

 
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