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Écoutes de Spectacles

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**** La Favorite Paris Théâtre des Champs-Élysées 09/02/2013

 
Paolo Arrivabeni (dm)
Valérie Nègre (ms)
Guillaume Poix (dr)
Andrea Blum (sc)
Aurore Popineau (c)
Sophie Tellier (chg)
Bertrand Couderc (l)
Léonor de Gusman  : Alice Coote
Fernand  : Marc Laho
Alphonse XI  : Ludovic Tézier
Balthazar  : Carlo Colombara
Don Gaspar  : Loïc Felix
Inès  : Judith Gauthier


Rosine Stoltz et Gilbert Duprez (Acte IV)

La Favorite est une des plus belles oeuvres de Donizetti, ce qui ne l'empêche pas d'être une rareté sur les scènes, surtout dans sa version originale française. Ce n'est qu'à partir de 1842 que des versions italiennes légèrement modifiées en sont données. Quand elle est interprétée par un orchestre français comme l'Orchestre National de France, l'oeuvre d'origine sonne pourtant autant française, dans la tradition du "grand opéra", que belcantiste. Mais on y entend aussi de beaux airs aux amples mélodies, comme "Léonor, viens" d'Alphonse, "Ô mon Fernand" de Léonor et "Ange si pur" de Fernand.

La production de ce soir séduit vocalement en réunissant des interprètes proches de l'idéal dans tous les rôles : Alice Coote a le timbre sombre requis, sans la lourdeur qui y est souvent attachée. Si les "ui" sont difficiles pour elle, elle prononce sinon un excellent français. Un reste annoncé de grippe explique peut-être ses respirations bruyantes dans "Ô mon Fernand".
Ludovic Tézier a la voix noble qu'il faut, jusqu'au tranchant dédaigneux qui caractérise bien son personnage. On peut certes lui reprocher d'attaquer parfois à pleine voix et sans nuances, par exemple son entrée sur "Jardins de l'Alcazar", mais il sait aussi, heureusement, amorcer piano le "Léonor, viens" qui suit. Sa puissance sonore lui permet même de détimbrer certains mots et de les dépouiller de leur vibrato sans que cela choque, encore électrisé que l'on est par le métal de son émission. On regrette tout de même les "h" qu'il intercale souvent entre les notes de ses mélismes, au lieu de continuer à faire sonner la même voyelle.
Marc Laho séduit par une émission étonnamment naturelle, qui le rend sympathique comme son personnage. L'alternance naturelle de ses voyelles ouvertes et fermées rappelle la qualité de diction de Roberto Alagna. Plusieurs de ses aigus frôlent certes les limites de sa voix, mais une belle incarnation d'ensemble n'est-elle pas préférable à quelques aigus bien assurés? Sa cabalette concluant l'acte I manque tout de même d'élan, quand celle d'Alphonse à l'acte II est prise dans le tempo que l'on attend. Il chante par contre au dernier acte un très beau "Ange si pur", haut de placement mais simultanément très bien ancré, créant une ligne parfaite chantée d'une voix pleine (voce completa!).
Loïc Félix a bien mûri, tout en conservant l'émission brillante et tonique de ses débuts. Si Carlo Colombara est ce soir un peu enroué, Judith Gauthier a une jolie voix claire.

La mise en scène ne justifie malheureusement pas une production scénique. Certaines scènes sont certes bien jouées, comme le duo entre Léonor et Alphonse ou la scène entre Fernand et Léonor au monastère, mais on ne sait s'il faut en créditer le métier des chanteurs ou la metteuse en scène. Auparavant, faire monter Fernand sur un rocher pour chanter son amour pour Léonor ou leur faire tirer entre eux une écharpe n'était pas très convaincant. Quant à la chorégraphie, mieux aurait valu s'en abstenir! À l'acte I, les jeunes filles sur la plage se risquent à balancer leurs jambes comme en une noce campagnarde, et à l'acte III les invités du mariage tressautent sur place avant d'ébaucher quelques désolants pas de danse. Peu réussies scéniquement, les scènes d'ensemble sont par contre très bien chantées par les solistes et par le choeur - ainsi l'ensemble "Grand Dieu! quel outrage!" qui clôt l'acte III. Mais quel cliché de figer le choeur dans sa pose bras en l'air quand il se "glace d'effroi"!

Les décors sont très abstraits et froids. Combinés à une mise en scène très neutre, ils laissent aux voix et au talent de chaque acteur la charge de transmettre le sens et l'émotion du spectacle. Le livret est d'un style romantique habituel en italien, mais insupportable quand on comprend les paroles - ce qui est "malheureusement" le cas ce soir! Le dépouillement noir et blanc du décor fonctionne tout de même très bien pour les scènes au monastère, donc au début et surtout à la fin, avec la très belle scène de Léonor et Fernand séparés par une rangée d'ampoules pendant des cintres au bout de leurs fils.

Après quelques décalages au début de la soirée, l'orchestre s'en sort très bien, en gommant peut-être exprès le rubato, les couleurs et les phrasés les plus habituellement attachés à cette oeuvre dans sa version italienne.

À voir jusqu'au 17 février au Théâtre des Champs-Élysées. À écouter le 23 février à 19h30 sur France-Musique.

Alain Zürcher

 
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