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Écoutes de Spectacles

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***** Blanche-Neige Paris Théâtre de l'Athénée 20/04/2013

 
Vincent Monteil (dm)
Waut Koeken (ms)
Florian Angerer (d)
Carmen Van Nyvelseel (c)
Glen D’haenens (l)
Blanche-Neige  : Sahara Sloan
la Reine  : Marie Cubaynes
le Miroir  : Huub Claessens
le Chasseur et le Nain Quartz  : Alexander Schuster
le Marchand ambulant et le Nain Pic  : Laurent Deleuil
le Prince et le 1er Courtisan  : Guillaume François
le Nain Chouquette et un écureuil  : Anaïs Mahikian
le Nain Api et le 2ème Courtisan  : Sévag Tachdjian
le Nain Oups et une souris  : Kristina Bitenc
le Nain Rubi  : Jérémy Duffau
le Nain Ourson  : Andrey Zemskov

photo © Alain Kaiser

Cette Blanche-Neige est un petit bijou. Le livret d'origine est très bien conçu, respectant le conte de Grimm tout en y ajoutant quelques éléments à la fois amusants et signifiants. La traduction française est si formidable que l'on penserait la musique écrite directement pour elle. Le jeu des rimes et des allitérations est plaisant, la prosodie et le phrasé naturels, le sens... compréhensible.

Ce qui peut gêner la compréhension, surtout pour le public proche des cinq ans annoncés comme "limite d'âge", est plutôt le niveau de l'orchestre par rapport à la fraîcheur vocale des chanteurs. Mais les situations sont cependant claires pour les enfants, grâce aux références visuelles et émotionnelles au conte d'origine, très bien rendu par toute la réalisation scénique : casting, maquillage, costumes, décors "magiques" et merveilleux éclairages... Tout concourt à la féerie!
L'univers de Tim Burton est celui auquel on pense le plus. Des miroirs à cadres dorés sont un leitmotiv de la scénographie. Le "miroir magique" est aussi le narrateur, qui glisse sur des chaussures à roulettes et a un fort accent belge qui décale son personnage de manière amusante. Parmi les belles trouvailles, la maison des nains est une maison de poupées qui arrive sur scène comme une voiture radiocommandée! Et la Reine prend un bain moussant dans une baignoire dorée! Les nains portent des chapeaux melons, qu'ils surmonteront de cornets de papier pour le mariage final, et qui dissimulent aussi leurs bonnets de nuit! Leurs entrées et sorties de plus en plus rapides traduisent bien le côté mécanique et matérialiste de leur labeur - ainsi que leur préoccupation croissante pour Blanche-Neige, qu'ils trouvent chaque soir victime d'un nouveau tour de la méchante Reine! Cette dernière mange un "coeur de Blanche-Neige" en pain d'épices rapporté par le chasseur en lieu et place du vrai, ce qui la fait - horreur! - grossir!

Vocalement, le Premier Courtisan (et Prince) déçoit un peu, avec une voix ouverte où le vibrato trop marqué trahit certaines tensions parasites. Son collègue Sévag Tachdjian a une voix impressionnante, comme Andrey Zemskov en nain Ourson. Laurent Deleuil est également très convaincant en Marchand ambulant. Le Miroir a une émission un peu trop large et "bâillée" mais est bon comédien. Alexander Schuster est très amusant par la bonhomie de son chasseur, percutant vocalement.
Blanche-Neige aurait pu être une soprano plus légère, pour mieux contraster avec la méchante reine, mais elle joue très bien la jeune fille, avec cependant un grand décalage entre sa voix parlée (très éclaircie pour la rendre plus enfantine?) et sa voix chantée plus centrée. Marie Cubaynes est méchamment belle et très efficace vocalement, avec un timbre riche et une émission concentrée et pénétrante.

Adressé au jeune public, ce spectacle est chanté par les chanteurs de l’Opéra Studio de l'Opéra du Rhin. Cette troupe affiche un excellent niveau professionnel! Tous sont également très bons comédiens - constatation désormais banale quand il s'agit de chanteurs, tant leur sélection et leur formation s'effectuent maintenant sur des critères plus globalement scéniques que simplement vocaux.

La musique de Marius Felix Lange est agréable et intéressante, se mettant totalement au service du conte. De telles pièces légères doivent logiquement être plus abordables musicalement, mais cela ne les empêche pas d'être intelligentes et profondes. Pourquoi ne serait-il pas possible d'écrire un opéra contemporain pour la Bastille qui soit aussi fin et intéressant qu'une telle oeuvre de dimensions plus réduites? Qui soit intelligente sans être prétentieuse et monolithique? Qui ne vise pas directement l'absolu et le sublime, mais qui joue avec esprit, souplesse et variété?

À voir au Théâtre de l'Athénée jusqu'au 26 avril 2013.

Alain Zürcher

 
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