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Écoutes de Spectacles

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*** Manfred Paris Opéra Comique 09/12/2013

 
Emmanuel Krivine (dm)
Georges Lavaudant (ms)
Jean-Pierre Vergier (dc)
Georges Lavaudant (l)
Manfred  :  Pascal Rénéric (récitant)
La Fée, Le fantôme d’Astarté  :  Astrid Bas (récitante)
Génies et Esprits  :  Anneke Luyten, Sarah Jouffroy, Olivier Dumait, Norman Patzke, Luc Bertin Hugault, Geoffroy Buffière, Cyrille Gautreau

photo © Julien Étienne

L'Opéra Comique reste dans son époque mais passe le Rhin pour nous présenter la quintesssence du romantisme allemand, inspiré par Le romantique anglais Lord Byron. Ce dernier a incarné tout autant dans sa vie que dans son oeuvre le héros romantique torturé et passionné. Manfred, Prométhée du XIXe siècle, est nourri de sa propre substance, et Schumann s'y reconnaît aussi. On a peine à penser que les esprits les plus éduqués de leur époque aient pu vénérer ce fatras adolescent qu'une prétention incommensurable fait sombrer dans le ridicule quand il veut tendre vers l'absolu. Le programme de salle, comme d'habitude passionnant, a écumé les bibliothèques pour retrouver des analyses très pertinentes, contemporaines du phénomène ou postérieures d'un siècle.

Dans une interprétation inspirée de la version de Carmelo Bene en 1978, le récitant de Manfred parle aussi tous les autres personnages, en changeant de voix à l'occasion. Pascal Rénéric incarne parfaitement Manfred, avec une forte présence. Toujours sonorisé, il peut chuchoter ou adopter des émissions vocales plus ou moins efficaces. Décors et costumes sont efficacement noirs, avec des effets de nuages et de fumées. On n'y voit ni château ni cimes des Alpes suisses, mais les affres de l'âme du héros! Quand on réussit à ne pas sourire à la grandiloquence prétentieuse du texte, le spectacle dégage un fort magnétisme.

La musique de Schumann est superbement adaptée au propos. Après son ouverture bien connue, elle entrecoupe la déclamation ou s'y superpose en "mélodrame". Quelques beaux choeurs, un superbe quatuor vocal et quelques interventions solistes ponctuent l'oeuvre. Parmi les solistes, on remarque le magistral Norman Patzke.
Côté orchestre, on attend la vivacité d'une formation "de chambre". On est d'autant plus surpris et déçu par une ouverture bien lourde, presque "collante", où les archets semblent écraser les cordes. L'acoustique de la fosse crée quelques ronflements désagréables dans le grave et les vents, quoique jouant pour certains avec une pression excessive laissant entendre du souffle, sont écrasés par les cordes, du moins de ma place d'orchestre. La Chambre Philharmonique devient heureusement plus équilibrée et idiomatique dans les nombreux passages piano, éthérés et "planants" de la partition. Il y trouve un beau fondu irisé, des tempi lents bien installés sur une respiration profonde et des phrases qui avancent comme dans un souffle, un flottement de voile...

Georges Lavaudant nous propose donc une plongée totale dans un romantisme extrême, une expérience très convaincante même si elle ne nous convertit pas. La musique de Schumann a heureusement mieux vieilli que le propos de Byron.

À voir jusqu'au 15 décembre à l'Opéra Comique. À écouter le 26 décembre à 20h sur France Musique.

Alain Zürcher

 
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