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Écoutes de Spectacles

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****½ Maria Stuarda Paris Théâtre des Champs-Élysées 18/06/2015

 
Daniele Callegari (dm)
Moshe Leiser et Patrice Caurier (ms)
Christian Fenouillat (d)
Agostino Cavalca (c)
Christophe Forey (l)
Maria Stuarda  : Aleksandra Kurzak
Elisabetta  : Carmen Giannattasio
Robert Dudley  : Francesco Demuro
Talbot  : Carlo Colombara
Cecil  : Christian Helmer
Anna  : Sophie Pondjiclis

photo © Vincent Pontet

Remarquable exemple de coproduction internationale, cette Maria Stuarda a été créée à Covent Garden en juillet 2014 et reprise au Liceu de Barcelone puis au Wielki de Varsovie entre décembre 2014 et février 2015. Chefs, orchestres et interprètes ont changé, tandis que mise en scène, décors et costumes ont tourné. Bizarrement, la partie scénique de cette production n'est pourtant pas son point fort. Simplement reprise ce soir par un assistant, la mise en scène de Leiser et Caurier était peut-être à l'origine plus aboutie? Le jeu de chacun n'est pas en cause, mais la caractérisation sommaire des personnages déçoit : même si l'oeuvre est écrite pour le chant, elle laisse quand même en scène pour des durées fort longues un nombre réduit de personnages qui ne demanderaient qu'à prendre vie. Les entrées, sorties et positions sur la scène sont également d'une banalité et d'un statisme désespérants.

Reste le plateau vocal somptueux réuni pour Paris. De manière amusante, on y découvre une Maria Stuarda polonaise qui n'a pas chanté à Varsovie, Aleksandra Kurzak, très différente sans doute de l'incarnation de Joyce DiDonato à Londres et Barcelone. Sonnant d'abord légère face à Elisabetta, sa voix plus souple et belcantiste s'enrichit au cours de la soirée. Elle chante legato et "sur le souffle", avec plus de "gentillesse" pour ses cordes vocales que sa rivale Tudor. Ses aigus sonnent cependant peu naturels, pas en ligne avec le reste de sa voix, un peu trop ouverts, criés, tendus. Parmi ses autres compétences belcantistes, son intense scène finale lui permet de démontrer qu'elle sait filer des sons pianissimo.
Par contraste, Carmen Giannattasio entre en beuglant des sons par en-dessous avant de se calmer et de tenir très intensément la scène jusqu'à la fin. Son rôle lui impose certes une certaine dose de violence froide, mais elle pourrait parfois la gérer différemment avec son instrument vocal. Elle est italienne mais le grossissement de sa voix fait qu'on la comprend moins bien que sa collègue polonaise. Elle alourdit son émission et manque de legato. La française Sophie Pondjiclis est une impeccable suivante.
Francesco Demuro se rassure aussi avec des attaques par en-dessous lors de son entrée, mais devient très agréablement belcantiste ensuite. Carlo Colombara et Christian Helmer sont superbes d'un bout à l'autre, avec juste quelques aigus bouchés chez le premier.

Si certains chanteurs ont un peu forcé leur entrée, la raison est peut-être à chercher du côté de l'orchestre, qui a lui aussi mis du temps à se dominer et à entrer dans le style de l'oeuvre. La clarinette peu chantante de l'ouverture n'augurait rien de bon. Suivaient des tempi trop lents, des changements de tempo ayant l'agilité d'un diesel, un choeur confus aux nombreux décalages... il semblait incroyable, en ce début de soirée, qu'une musique si simple puisse donner un résultat aussi brouillon et que personne ne semble ressentir ni partager la pulsation d'une musique pourtant si naturellement fondée sur la respiration et la voix. Tout cela est heureusement rentré dans l'ordre dès l'entrée des chanteurs masculins, Francesco Demuro réussissant à relancer le tempo plombé par Carmen Giannattasio et à faire avancer cette musique qui en a tant besoin. Suivent des scènes vocales d'anthologie, qui laissent augurer de superbes représentations prochaines. La scène entre la Reine Elisabetta et Leicester (Roberto) est bien enlevée. La scène d'ensemble et le choeur final du premier acte sont déjà plus réussis que le sextuor précédent. Le choeur de la fin de l'ouvrage, plus subtil que les précédents, est superbement exécuté. Les spectateurs se sont-ils attaché à cette pauvre Maria? Ils ont en tout cas hué le figurant bourreau à la fin (!), tandis qu'ils applaudissaient chaleureusement les chanteurs. Il restait de nombreuses places dans les catégories les moins chères, la jeune génération était-elle trop préoccupée par ses examens en ce mois de juin? Dommage, elle a raté de beaux moments lyriques.

À voir jusqu'au 27 juin au Théâtre des Champs-Élysées.

Alain Zürcher

 
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