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****½ Fantasio Paris Théâtre du Châtelet 16/02/2017

 
Laurent Campellone (dm)
Thomas Jolly (ms)
Thibaut Fack (d)
Sylvette Dequest (c)
Antoine Travert et Philippe Berthomé (l)
Fantasio  :  Marianne Crebassa
Le roi de Bavière  :  Franck Leguérinel
La princesse Elsbeth  :  Marie-Eve Munger
Le prince de Mantoue  :  Jean-Sébastien Bou
Marinoni  :  Loïc Félix
Flamel  :  Alix Le Saux
Sparck  :  Philippe Estèphe
Facio  :  Enguerrand de Hys
Max  :  Kévin Amiel
Hartmann  :  Flannan Obé
Rutten, le tailleur, le garde suisse  :  Bruno Bayeux


photo © Pierre Grosbois

Le théâtre du Châtelet, avant de fermer lui-même pour de nouveaux travaux, accueille une production de l'Opéra Comique, lui-même en travaux jusqu'en avril, où il accueillera Alcione de Marin Marais. L'impressionnant décor de Thibaut Fack comme les voix des chanteurs habitent parfaitement l'espace plus vaste de ce théâtre. Grâce aux subtiles lumières d'Antoine Travert et Philippe Berthomé, c'est visuellement que cette production surprend et séduit d'abord. Ne semble-t-elle pas avoir été créée à partir du noir et n'en détacher que le strict nécessaire à chaque scène ? Grisâtres aussi les costumes de Sylvette Dequest, pour mieux contraster avec les couleurs du bouffon du roi, jusqu'à ce que celui-ci soit couronné roi des fous par le peuple enfin gagné à ses couleurs, qui sont aussi celles de la tolérance et de la paix. En l'honneur de cette scénographie, cette critique et les photos du spectacle sont donc publiées sur fond noir !

Le message de ce Fantasio n'est pas anodin : au-delà de la débauche convenue des étudiants, dandys et ici bourgeois de Munich, le message est clair à la sortie de la guerre franco-prussienne : le peuple est certes versatile et prêt à courir au combat, mais il suffit d'un fou pour lui faire approuver cette simple idée : si les rois veulent se battre, qu'ils se battent entre eux, mais sans y mêler leurs peuples ! Fantasio est un nouvel avatar de Musset, romantique se piquant de cynisme autant que de pureté, nihiliste mais activiste, finalement très efficace dans ses entreprises politiques comme galantes.
Faisons d'ailleurs le point sur les confusions possibles : Fantasio et Fortunio sont deux personnages de Musset, héros l'un de la pièce éponyme, que l'on a pu voir à la Comédie française entre 2008 et 2010, l'autre du Chandelier. En 1850 déjà, Offenbach avait composé la musique de la chanson de Fortunio de l’acte 2 scène 3 de ce Chandelier. Halévy et Crémieux ont ensuite écrit pour Offenbach le livret de l'opéra-comique en un acte de 1861 La Chanson de Fortunio autour de cette chanson. Le Chandelier a aussi inspiré à André Messager un opéra-comique composé sur un livret de Gaston Arman de Caillavet et Robert de Flers, Fortunio, créé salle Favart le 5 juin 1907. Cette même salle Favart a accueilli en décembre 2009 La Chanson de Fortunio comme le Fortunio de Messager.

Le Fantasio d'Offenbach, qui lui n'a qu'une notice en anglais sur Wikipedia, est un opéra comique en trois actes qui fut un échec lors de sa création en 1872 et en partie détruit dans l'incendie de l'Opéra Comique en 1887, pour n'être reconstitué que par l'incontournable Jean-Christophe Keck et recréé dans sa version pour mezzo-soprano au Festival de Radio-France et Montpellier en 2015. Nous assistons donc à la première recréation parisienne de l'oeuvre depuis 1872.
Faut-il pour autant s'extasier devant la profondeur de l'oeuvre, la découverte d'un Offenbach plus sérieux et complexe, ou comme Laurent Campellone devant de la "très grande musique" d'"une grande finesse harmonique" (Cadences, février 2017) ? On entend plutôt la simplicité rythmique et harmonique habituelles d'Offenbach, additionnée d'un nombre inhabituel d'airs tendres confiés à Fantasio et à la Princesse. Les situations et la plupart des personnages sont toujours bouffe, et si l'orchestre était réduit par Thibault Perrine, on n'aurait pas grand chose à regretter. La musique du cortège funéraire de Saint-Jean pourrait être de Verdi, mais est-ce là un grand compliment ? Le caractère doux-amer qui nuance le burlesque de l'oeuvre préfigure tout de même Le Roi malgré lui de Chabrier.


photo © Pierre Grosbois

Fantasio, jeune romantique à la mode et donc criblé de dettes, se met en tête de remplacer le fou du roi qui vient de mourir. Il se rapproche ainsi de la princesse Elsbeth, promise à un ridicule duc de Mantoue pour assurer la paix entre les deux régions. Le duc arrive en ayant échangé ses vêtements avec son aide de camp, afin que la princesse le remarque pour lui-même, mais c'est un échec complet. Fantasio finit par pêcher à la ligne la perruque du faux duc, ce qui rompt les négociations et va déclencher la guerre. Mais Fantasio provoque le duc en duel, lequel couard préfère renoncer et le fait comte, avant que le roi ne le fasse prince. Va-t-il pouvoir et surtout vouloir épouser la princesse, ou préfèrera-t-il redevenir un séduisant et cynique dandy ? Mystère !

Le plateau vocal est un mélange judicieux de valeurs sûres et d'étoiles montantes. Une bonne partie de la distribution a déjà été réunie à Montpellier en juillet 2015 : Marianne Crebassa, Jean-Sébastien Bou, Loïc Félix et Enguerrand de Hys. La mezzo-soprano Marianne Crebassa vient de remporter les Victoires de la musique classique. Quant à Marie-Ève Munger, recrue de la troupe de l'Opéra Comique, on a déjà pu l'entendre dans Le Pré aux Clercs salle Favart en 2015. Toutes deux font preuve de belles qualités vocales, malgré quelques serrages dans l'aigu et inégalités de ligne. Le talent de comédienne de Marianne Crebassa a été remarqué. D'une belle présence scénique, elle est à l'aise dans les rôles travestis. N'a-t-elle pas intitulé Oh, boy ! son premier récital discographique ?
Elle chante avec un beau legato et une belle pâte sonore la romance à la lune de Fantasio à l'acte I, tandis qu'Elsbeth est gratifiée d'un joli air à la scène suivante et d'un dernier très bel air à l'acte III ("Psyché pauvre imprudente").

L'acte III se termine par une scène d'émeute populaire très justement représentée, concluaant un très beau spectacle, intelligemment et efficacement mis en scène par Thomas Jolly.

À voir jusqu'au 27 février au Théâtre du Châtelet et en direct sur Culturebox le mercredi 22 février à 20h. À écouter sur France-Musique le dimanche 19 mars à 19h.

Alain Zürcher

 
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