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**** Leonore OE Paris Philharmonie 07/11/2017

 
René Jacobs (dm)
Leonore / Fidelio  : Marlis Petersen
Florestan  : Maximilian Schmitt
Rocco  : Dimitry Ivashchenko
Marzelline  : Robin Johannsen
Don Pizzaro  : Johannes Weisser
Don Fernando  : Tareq Nazmi
Jaquino  : Johannes Chum
Premier Prisonnier  : Florian Feth
Deuxième Prisonnier  : Thomas Trolldenier

photo © Molina visuals

Après Blomstedt, Von Dohnanyi ou Gardiner, René Jacobs s'attaque non à Fidelio mais à Leonore, qu'il juge naturellement supérieure dans sa construction dramatique et musicale. Entre la Leonore de 1805 et le Fidelio de 1814, Beethoven a resserré son oeuvre grâce à des coupures et des réécritures. Dans Leonore, en trois actes, le plaisant Singspiel du début, entre Marzelline et Jaquino, est plus développé et se poursuit par un joli duo entre Marzelline et Fidelio, sur le thème de la constance en amour. La progression vers le drame est d'autant plus efficace, et l'apparition de Florestan au début seulement de l'acte III est dramatiquement frappante. René Jacobs la souligne ce soir en tamisant l'éclairage du début de cet acte.
Fidelio n'étant de toute façon pas un opéra réussi, faut-il préférer Leonore, qui a la qualité du premier jet et l'avantage de mieux refléter son époque ? Orchestralement plus légère, l'oeuvre est aussi mieux mise en valeur par les instruments anciens, et n'exige pas de voix trop grandes. Agile par contre, Leonore doit l'être davantage pour chanter la version plus brillante de son air "Komm, Hoffnung". Les cuivres naturels sont également davantage sollicités, avec grand succès ce soir !

L'ouverture Leonore II est superbement interprétée par un Freiburger Barockorchester aux belles couleurs bien différenciées. L'acoustique de la grande salle fait ici merveille. Elle est plus problématique ensuite pour la voix parlée, qui génère de désagréables réverbérations du genre hall de gare, de même que les plus fermes des accents musicaux, ceux des timbales par exemple, génèrent des ronflements déplaisants, sans aucune mesure cependant avec les insupportables queues sonores du Gasteig à Munich. Comme quoi la réverbération d'une salle ne peut être bien calibrée que pour certains types de sons, et peut donc être prise en défaut par une oeuvre composite aussi simple qu'un Singspiel !

Annoncé comme une version de concert, l'opéra de ce soir est en fait mis en espace, et les voix sont même spatialisées, puisque les chanteurs se répartissent souvent autour de l'orchestre. La clarté des lignes en est accrue, mais pas la perception globale des voix par rapport à l'orchestre. L'enregistrement réalisé ce soir devrait aisément rééquilibrer cela.

Parmi les beaux moments de l'oeuvre et de la soirée, le quatuor du premier acte ("Mir ist so wunderbar") est superbe, tendrement amorcé par Marzelline et Fidelio, rejoints par les timbres bien distincts de Jaquino et Rocco. Le trio suivant, sans Jaquino, est également bien clair de structure et agréable de voix, du moins si l'on apprécie l'émission caverneuse de Rocco. Cette émission flatteuse à courte distance mais sourde dans une plus grande salle sera elle aussi beaucoup plus séduisante sur l'enregistrement qui devrait être publié.
Marlis Petersen n'a pas une grande voix mais un engagement efficace sur le texte. Elle convainc pleinement dans son récit et air du deuxième acte. Le choeur des prisonniers, après une entrée un peu forcée, est magnifique dès que les jeunes chanteurs de la Sing-Akademie de Zürich prennent confiance et osent la légèreté, faisant alors entendre de suaves couleurs d'une rare tendresse.
L'introduction orchestrale du troisième acte est à nouveau superbe. Florestan séduit à son entrée par un timbre clair et profond à la fois. Fort ennuyeuse par contre la scène en duo entre Florestan et Leonore, où ils semblent mettre dix minutes à se reconnaître à nouveau, alors qu'ils se sont déjà reconnus devant Pizzaro ! Ils répètent ensuite à l'envi, de manière comique, les paroles phonétiquement ridicules "Mein Mann, mein Mann an meiner Brust! / Mein Weib, mein Weib an meiner Brust" ! Tout aussi ennuyeux, le finale déborde de bons sentiments et de choeurs assommants.

Après avoir vu la Flûte Enchantée du Collectif 1927 et de Barrie Kosky, on se prend à rêver qu'ils arriveraient à rendre intéressants une Leonore ou un Fidelio.

Alain Zürcher

 
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