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Écoutes de Spectacles

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***** Attila OC Paris Théâtre des Champs-Élysées 15/11/2017

 
Daniele Rustioni (dm)
Attila  : Erwin Schrott
Ezio  : Alexey Markov
Odabella  : Tatiana Serjan
Foresto  : Massimo Giordano
Uldiro  : Grégoire Mour
Leone  : Paolo Stupenengo

photo © Lorenza Daverio

Pour nous offrir ce rare Attila, oeuvre de jeunesse de Verdi, le TCE n'a pas invité une production donnée sur scène à Lyon, mais a coproduit avec l'Opéra de Lyon cette version de concert. La réussite est totale, et on pourrait directement presser une version d'anthologie à partir de l'enregistrement réalisé ce soir pour France Musique.

L'oeuvre a été mal accueillie à sa création et n'a jamais trouvé le chemin des théâtres, mais elle est pourtant d'une efficacité redoutable. Toutes les recettes de Verdi y sont, crûment exposées les unes après les autres, cabalettes après cavatines, dans une variété de climats qui empêche la monotonie. La variété de composition du choeur, diversement divisé, masculin, féminin ou mixte, et le contraste de ses interventions, alternativement martiales et diaphanes dans la religiosité, sont vraiment étonnants. Cette variété n'a jamais été reproduite par Verdi ensuite. Seul le dernier acte se termine un peu sèchement, sans exploiter toutes les ficelles dramatiques et les effets musicaux possibles.

Attila exige des grandes voix, nous les avons ce soir, avec un niveau de puissance rarement entendu. La finesse des nuances, des phrasés, des intentions et de la diction ne sont pas toujours du même niveau, mais l'intensité de l'interprétation emporte l'adhésion.
Erwin Schrott domine le plateau avec une aisance et une insolence stupéfiantes. Sa voix a une ampleur rare sans le moindre gramme de grossissement, restant parfaitement incisive et compréhensible. Alexey Markov est parfois engorgé, mais jamais quand il est pleinement engagé à pleine intensité. Tatiana Serjan a une ampleur et une vaillance remarquables, dans un rôle exigeant dès son entrée, que d'autres esquiveraient en en faisant peut-être valoir la tendresse ici absente. Massimo Giordano chante de manière un peu fragile et ouverte au début, mais concentre peu à peu son émission pour atteindre l'intensité de ses collègues. Le jeune Grégoire Mour, membre du Studio de l'Opéra de Lyon, parvient à ne pas se faire écraser par de telles pointures, et à ne pas forcer sa voix très bien émise et agréable de timbre. Soliste issu du choeur, Paolo Stupenengo se fait aussi très bien entendre.

Conduisant tout cela avec une fougue inépuisable, Daniele Rustioni est un très jeune mais déjà très grand chef lyrique. Il excelle à construire une tension et à ne jamais la lâcher. Il extrait le suc de chaque intention du compositeur, en épousant son style avec une compréhension et un engagement total. Dans une oeuvre aussi simple, tout est dans la justesse des tempi et des enchaînements. On est avide de l'entendre diriger des oeuvres plus complexes, mais avoir cet instinct ou cette science du bel canto est déjà un très bel atout. Très actif dans sa gestuelle, il écoute, presse ou retient ses chanteurs et son orchestre, canalisant sans cesse le flot impétueux de cette oeuvre exaltée de bout en bout. Les quelques contrastes de climats voulus par le compositeur sont également très bien rendus, et le choeur est remarquable.

À écouter sur France-Musique le dimanche 3 décembre 2017 à 20h. À vos cassettes !

Alain Zürcher

 
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