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***** Elsa Dreisig R Paris Théâtre des Champs-Élysées 13/10/2018

Elsa Dreisig, soprano
Orchestre national Montpellier Occitanie
Michael Schønwandt (dm)

photo © Ólafur Steinar Gestsson

Pour son premier récital au Théâtre des Champs-Élysées dans la série Les Grandes Voix, la jeune soprano Elsa Dreisig a présenté un programme d'une variété et d'une exigence étonnantes ! Déjà découverte en juin 2012 dans un récital privé de Lieder et mélodies alors qu'elle n'était que la fille d'Inge Dreisig, elle a progressé depuis de manière fulgurante, accumulant ces dernières années les prix et les engagements, et bénéficiant de l'expérience enrichissante d'un travail en troupe à Berlin.

Étonnant même pour une chanteuse en pleine maturité, le programme surprend d'autant plus pour des débuts. Il ne présente cependant que des extraits de son premier disque, qui offre une palette encore plus vaste. Le plus étonnant est que le résultat ne sonne pas comme un catalogue d'échantillons, mais qu'Elsa Dreisig comme l'orchestre réussissent à passer avec aisance d'un style à l'autre. Sous la direction de Michael Schønwandt, l'orchestre national Montpellier Occitanie démontre son brio, ne peinant à convaincre que dans le scherzo de la reine Mab, où un certain flou des vents donne à l'ensemble, malgré l'agile précision des cordes, une impression de fragilité et de maladresse.

Chanter avec orchestre la Salomé de Strauss à son premier récital semble certes démentiel, mais le pari vocal et musical est réussi. Malgré la difficulté supplémentaire du choix d'une rare version française, Elsa Dreisig réussit à rester présente, s'appuyant avec délectation sur le riche orchestre straussien sans se laisser engloutir par lui. On espère juste qu'elle aura la sagesse de ne pas reproduire cette variété et cette intensité d'incarnations dans ses prochaines saisons sur scène, afin de préserver la longévité vocale qu'on lui souhaite. Mais sa technique est très solide et sa voix pour l'instant encore très saine. Tout juste entend-on un léger voile sur ses attaques quand elle chante Rosina après Salomé, rôles aux exigences diamétralement opposées. Elle offre cependant une version judicieusement ornée de l'air du Barbier. Ayant fait son entrée avec Hérodiade et chantant aussi la Comtesse des Noces, elle y affirme un beau legato, et un médium dont la richesse n'est pas artificiellement enflée. Si son tempérament ne la porte pas à faire flotter d'impalpables sons filés, elle a par contre une prédilection pour les notes finales aiguës émises forte dans une posture d'avaleur de sabre à la Gigli, qui lui réussit actuellement très bien.

C'est cependant dans les deux airs de Gounod que l'on entend le mieux le coeur de sa voix et sa couleur la plus favorable. Après un air quasi-inédit de Juliette, elle offre en bis le fameux air des bijoux de Marguerite, achevant en beauté un programme éclectique mais parcouru de passionnants fils conducteurs : Salomé chez Massenet et Strauss, Strauss évoqué aussi par Capriccio ; Roméo et Juliette chez Gounod et Berlioz, Berlioz évoqué aussi par son Carnaval Romain, et enfin la Rosine du Barbier de Beaumarchais devenant la Comtesse des Noces.

Une carrière à suivre !

Alain Zürcher

 
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