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Couverture

"Modification de la production vocale permettant de réordonner les partiels dans le sens d'un assombrissement et d'une concentration de l'émission."

Après avoir tenté de définir ainsi la couverture dans le glossaire, je m'aperçois que ce terme complexe et ambigu réclame quelques éclaircissements (sic).

Quand couvrir et pourquoi?

La couverture est susceptible de :

  1. supprimer les stridences de la voix dans l'aigu,
  2. concentrer les harmoniques d'une émission de faible intensité (voir mezza voce),
  3. assombrir le timbre sur toute l'étendue de la voix.

(1)
La couverture est avant tout un réflexe de protection des cordes vocales, souhaitable dès lors que l'on exige d'un chanteur une émission forte de ses aigus.
La couverture est aussi une protection pour les oreilles de l'auditeur. Elle leur évite en effet de subir des sons criés et des partiels inharmoniques.

La couverture est particulièrement utile, voire indispensable, aux voyelles ouvertes au-dessus du second passage.
Afin de préserver l'homogénéïté de la voix, cette couverture doit intervenir très progressivement à partir du premier passage.
La couverture s'applique à toutes les voyelles, qu'elles soient ouvertes ou fermées. Son effet sur les voyelles ouvertes est simplement plus audible.
Une registration adéquate à travers la zone de passage permet à la couverture de se produire spontanément, l'auto-contrôle auditif du chanteur réalisant les derniers ajustements nécessaires.

(2)
La couverture permet d'améliorer l'efficacité acoustique d'une émission piano.
Là aussi, une part de ce que l'on désigne par le terme de couverture relève en fait d'un allègement de la registration.

(3)
La couverture peut également correspondre à un idéal esthétique.
Un son couvert s'oppose à un son ouvert (ou découvert pour les Ott p.130).
En fonction du contexte et des goûts personnels, un son peut être considéré comme trop couvert (grossi, bouché, sans brillant) ou trop ouvert (blanc, insipide, crié).

La couverture augmente l'homogénéïté de la voix, mais peut nuire à la clarté de la définition vocalique.
En effet, la couverture fait tendre chaque voyelle vers sa voisine :

Cette dernière prend mieux en compte les phénomènes de registration, mais les deux tactiques peuvent alterner selon la hauteur chantée, de manière le plus souvent empirique mais en fait dictée par le rapport entre les harmoniques de la note chantée et les formants de la voyelle chantée, le tout variant subtilement en fonction de la morphologie de chacun ! Ce rapport complexe semble correspondre aux recherches de Coffin et à son "vowel chart", mais aussi aux recherches plus récentes de Donald Miller.

Comment couvrir?

Même si Richard Miller présente une vision un peu idéaliste quand il écrit (dans On the Art of Singing p.14) qu'il suffit d'ouvrir davantage la bouche pour que la modification souhaitée se produise, on ne peut nier que la couverture "légère" requiert moins d'ajustements que la couverture "lourde". Comme elle fait partie d'un ensemble plus subtil très bien traité par Miller dans le chapitre cité "Covering in the Singing Voice", on se bornera à détailler ici la couverture lourde. Celle-ci est provoquée par :

  1. le rétrécissement de l'ouverture buccale,
  2. l'allongement du conduit vocal, qui peut être obtenu par :
    • l'abaissement du larynx,
    • l'avancée des lèvres;
  3. l'élévation du voile du palais.

(1)
Ce rétrécissement, outre son effet sur les formants vocaliques, augmente l'impédance ramenée sur le larynx (voir Husson p.51), ce qui a pour effet de détendre et d'épaissir les rubans vocaux.
On voit donc que le phénomène de la couverture s'inscrit dans un équilibre antagoniste avec le mécanisme léger qui va, dans l'aigu, allonger et amincir les rubans vocaux.
On peut également en déduire que, quand elle n'est pas complétée par un allègement de la registration (que ce soit dans l'aigu ou en mezza voce), la couverture provoque un assombrissement (grossissement) de la voix.

(2)
Conçue comme un mécanisme de protection et intégrée à la registration, la couverture évite la remontée du larynx.
Aucun acte d'abaissement forcé du larynx n'est recommandable. Un abaissement peut être constaté, mais ne doit pas être recherché.

Cet abaissement peut être envisagé comme :

On ne cherchera pas ici à concilier ou opposer ces deux auteurs, qui sont tous deux passionnants. Les Ott, en particulier, fournissent des images (par exemple, l'archer et la flèche p.146) qui peuvent réellement aider un chanteur.

On notera que, dans les deux cas, la musculature extrinsèque du larynx intervient, mais aussi que l'allongement des rubans vocaux qui résulte de ces actions musculaires relève plutôt du phénomène de la registration (avec une augmentation de la part du mécanisme léger) que de celui de la couverture proprement dite.

(3)
L'élévation du voile du palais est intimement liée (via les piliers du voile et la musculature extrinsèque du larynx) à l'abaissement du larynx décrit ci-dessus.