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FAURE, J.

La Voix et le Chant

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Faure est un des grands barytons du 19e siècle français, ainsi qu'un important pédagogue. Son ouvrage est depuis longtemps épuisé.
Après la préface traditionnellement consacrée au déclin du chant, il se compose de textes pertinents et d'exercices dont on peut tirer, non bien sûr sans danger ni approximation, une "méthode", moderne par bien des aspects. En proposant des morceaux consacrés à chaque intervalle, composés sur les vers affligeants de Jules Ruelle, il offre aussi une piètre alternative française aux Vaccai.

"Je renverrai donc ceux qu'un pareil travail pourrait séduire aux ouvrages des médecins, et même des artistes, qui ont fait du larynx et de la voix l'objet de leurs recherches.". C'est en ces termes que Faure dénie, p.21, tout intérêt à "l'examen de l'appareil vocal", et égratigne peut-être au passage son illustre prédécesseur Garcia, qu'il ne cite jamais bien qu'il fonde sa méthode sur le coup de glotte. Si ce concept et cette technique sont associés de nos jours au nom de Garcia, il n'a sans doute été à l'époque que le premier à les formaliser dans un ouvrage qui nous soit parvenu. Faure ne mentionne d'ailleurs que des chanteurs et aucun pédagogue. Ne reproduit-il pas en cela le comportement dogmatique qu'il reproche longuement, pp.15-20, aux classes de chant du Conservatoire, qui sont à son époque autant de chapelles fermées?

Faure apparaît comme une personne sympathique et ouverte, que l'on aurait aimé connaître. S'il refuse toute prétention scientifique et ne cite aucune de ses sources, Faure est cependant plein de justesse et de bon sens. Comme G.B. Lamperti tel qu'il est transcrit dans Vocal Wisdom, Faure n'explique rien en termes scientifiques mais ne contrevient non plus à aucune réalité physique, à l'inverse de nombre de littérateurs de l'art vocal qui l'ont suivi jusqu'à nos jours.
Tout au plus peut-on tiquer contre son conseil (pages 45 et 49) de baisser progressivement la tête pour émettre les notes aiguües et de la relever pour les notes graves. Il ne s'agit là que d'une démarche compensatoire et palliative, dont les conséquences néfastes sont visibles chez de nombreux chanteurs de seconde zone, quoiqu'elle semble en net recul ces dernières années.

On retrouve chez Faure la même insistance que chez Richard Miller sur l'attaque du son. Pages 61 puis 230, Faure propose les mêmes exercices de début de son que Miller.
Si ce dernier promeut un idéal un peu abstrait entre attaque glottique et attaque soufflée, Faure est un adepte farouche du coup de glotte (page 52). Il faut cependant comprendre ce coup de glotte dans l'acception de Garcia et non dans sa caricature ultérieure par des chanteurs véristes beuglant ou sanglotant. Si le vérisme est postérieur à l'ouvrage de Faure en tant qu'étiquette et école, son esprit sévissait déjà à son époque. Faure se pose comme tant d'autres en défenseur du bel canto, quoiqu'il n'utilise pas ce terme, et met en garde (pages 7-8 puis 181-182) contre les excès du chant déclamé et dramatique.
Le bon coup de glotte ne dispense pas de l'appoggio, et donc de la résistance de la cage thoracique et du diaphragme par rapport aux muscles expirateurs abdominaux. À l'inverse, le coup de glotte "ahané" appuie contre les cordes vocales un souffle qui n'est pas retenu plus bas (par les muscles intercostaux, le diaphragme et l'inertie des viscères), et le brusque relâchement des cordes produit alors une explosion bruyante. On ne s'étonnera pas que les adeptes de ce coup de glotte "primal" assimilent souvent le chant à la défécation.

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