MILLER, Richard |
(Schirmer 1986; trad. IPMC 1990) |
La Structure du Chant |
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The Structure of Singing |
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On ne devrait plus avoir besoin de présenter cet ouvrage, souvent considéré comme la "bible" du chant...
Il importe de noter qu'il s'agit d'un ouvrage de synthèse, voire parfois de compilation, plus que d'un ouvrage
de recherche pure ou, à l'opposé, d'un manuel pratique.
Il offre à tout le moins une excellente présentation de l'esthétique de la "voix internationale" des années
70-80 du XXe siècle.
Que peut-on lui reprocher?
Peut-être que Miller semble souvent plus intéressé par l'écriture de "sentences" qui sonnent juste que par une
présentation qui aide réellement un élève.
Que Miller ait voulu "tout" mettre dans son livre, et qu'il maîtrise forcément certains aspects mieux que
d'autres. Un Français tiquera par exemple quelque peu sur l'exposé des voyelles spécifiques à sa langue, et sur
la manière dont Miller conçoit leur modification dans le processus de la
couverture de l'aigu.
Personnellement, je n'apprécie pas non plus la présentation de la
couverture de l'aigu comme étant essentiellement une
modification vocalique. La modification vocalique ne me semble être qu'une conséquence, qui ne peut être évitée
mais qui doit être minimisée, et non un objectif en soi !
Par cette présentation, Miller escamote le phénomène autrement plus fondamental de la
registration. S'il décrit fort intelligemment le
mécanisme lourd
(voix de poitrine) et le
mécanisme léger
(falsetto), il semble sous-estimer la possibilité
de les mélanger non seulement en voix de tête au-dessus du
secondo passaggio, mais aussi en
voix mixte entre le
primo passaggio et le
secondo passaggio.
(Il est à noter que lors de sa masterclasse parisienne de février 1994, Miller semblait avoir modifié sa
conception, faisant travailler le passaggio de
plusieurs voix masculines à partir du falsetto.)
Miller aime les formulations intelligentes, équilibrées et détachées, non dépourvues d'un humour un peu
pince-sans-rire. A la première lecture, il peut paraîre abscons.
Avec le temps, on apprécie de pouvoir revenir régulièrement à sa présentation minimaliste de concepts avec
lesquels on se bat quotidiennement de manière bien moins pure et idéale. Par exemple, Miller est très "clair"
dans son traitement de l'appoggio, mais je défie un débutant
d'apprendre à établir concrètement un appoggio en lisant Miller !
Par contre, à chaque fois que l'on a découvert quelque chose en pratiquant, on ira avec profit comparer ses
sensations avec l'idéal synthétisé par Miller.
La Structure du Chant est exactement cela : un ouvrage "rétrospectif", qui a raison après coup, même s'il ne
vous aide guère au long de votre parcours.
Au quotidien, Miller fournit cependant de nombreux exercices, qu'il est indispensable de "tester" au fil de sa
lecture. La lecture de Miller en sautant les exercices est stérile.
Chacun annotera ces exercices, et sera ainsi à même de retrouver celui qui lui sera utile dans une situation
donnée.
Les exercices qui paraissent les plus simples ne doivent pas être ignorés. Ce sont souvent les plus subtils et
fondamentaux ! (Par exemple, ceux sur le début de son !)
C'est en faisant les exercices de Miller, dans l'ordre où il les présente, que l'on s'aperçoit que la véritable création de Miller, son génie, réside, certes dans son insistance sur le "début de son", mais aussi dans l'ordre de ses chapitres :
Très nombreux exercices, planches anatomiques et dessins simplifiés (plus fourre-tout que chez Vennard), formants vocaliques, IPA, glossaires, index, bibliographie non commentée.