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Récital du Prix de Chant 2009 du Conservatoire de Paris

Récital du Prix de Chant du Conservatoire de Paris Paris CNSMDP 11 et 12/06/2009

Les règles de composition du programme ne sont plus distribuées aux auditeurs depuis 2006. Voici les règles de 2005, qui semblent être toujours valables :

Le type vocal est celui mentionné au programme. Les mentions possibles sont AB, B et TB. La mention TB peut être accompagnée des félicitations du jury et est notée ci-dessous TB+.

Comme chaque année, vous trouverez ci-dessous mes propres commentaires d'écoute, naturellement subjectifs, et ma propre note à côté de celle du jury. Ces deux notes sont assez proches depuis que le jury comprend deux jeunes chanteurs en pleine carrière - cette année Sophie Koch et Paul Gay.
Ces commentaires constituent : pour moi en tant que professeur de chant un exercice d'écoute, pour les chanteurs l'accès à une évaluation sommaire et subjective mais totalement indépendante, pour les autres auditeurs de ces récitals la possibilité de comparer leurs impressions ! Peu d'informations étant publiées et a fortiori conservées en ligne par le CNSM, c'est aussi le moyen de comparer les programmes d'année en année et d'essayer de tirer de vagues conclusions sur l'évolution de l'enseignement de cette institution et sur le profil des jeunes chanteurs qui y rentrent et en sortent.
Ces chanteurs sont entendus au moment où ils s'apprêtent à quitter le cocon du CNSM pour affronter le monde réel et ses critiques sans complaisance. Certains peuvent cependant être en méforme ce jour-là et tous vont bien sûr poursuivre leur évolution vocale personnelle. Même conscients des faiblesses subsistant dans leur chant, tous préfèrent sans doute qu'elles ne soient pas remarquées avant qu'ils y aient remédié. Comme plusieurs de ces chanteurs demandent de toute façon à être anonymisés sur ce site afin qu'il ne reste pas trace de leur prestation de sortie du CNSM sur les moteurs de recherche, j'ai décidé cette année d'anonymiser d'office tous les candidats auxquels je n'attribue pas une mention TB. Si vous souhaitez rester anonyme bien que je n'aie presque que des louanges à vous adresser, vous pouvez naturellement le demander ici.


 
1) Abdellah LASRI, ténor Bénédicte HARLE : piano
Nabila CHAJAI : harpe
Alexandre CASTRO-BALBI : violoncelle
Gaétan JARRY : clavecin
Saskia SALEMBIER : violon baroque
Laurence VALENTINO : violon baroque
Sonia LAZIZ : alto
Adèle JACQUET-LAGREZE : violoncelle baroque
 
 4  G. FINZI Qaddish Cette belle pièce, que le chanteur chante déjà comme un classique, vient en fait d'être composée par Graziane Finzi ! L'émission vocale est concentrée et intense, un peu poussée dans l'aigu forte mais d'une manière qui semble adaptée au style requis. Beaux graves. Sait aussi trouver une émisison très légère à la limite du fausset (voce finta).
 3  J. S. BACH Passion selon Saint Jean « Ach, mein Sinn » Son phrasé serait sans doute meilleur avec un meilleur orchestre : les cordes ne sont pas très justes et un peu à la peine ! Beau timbre concentré, pas poussé, bien modifié dans l'aigu ("voix mixte").
 1  J. MASSENET Werther « Pourquoi me réveiller? » Bien assuré. Joue un peu, juste assez, en tenant un livre (d'Ossian !).
 4  B. BRITTEN Canticle V : The death of saint Narcissus Longue pièce, comme la première. Comme dans la première, attaques parfois glottiques, mais sans grossissement. Joue là aussi discrètement.
 4  Anonyme Turque : Kirmizi bugday (Le blé rouge) Sait adopter une émission plus gutturale qui semble adaptée au style de ce morceau, comme ses mélismes et sa justesse particulière. Cette expérience de gutturalité explique peut-être sa tendance à des attaques glottiques dans le répertoire occidental? à moins qu'il ait lu Garcia et essaie d'appliquer son "coup de glotte"!
 2  F. POULENC A sa guitare Chante après avoir bu d'une bouteille, qu'il garde à la main. Cette pièce démontre bien sa capacité à rester calme et à faire le lien entre sa voix parlée et sa voix chantée. Il y manifeste une concentration émotionnelle originale dans ce répertoire, à l'opposé d'une élégance française plus désincarnée.
 1  G. PUCCINI La bohème « Che gelida manina » La harpiste et sa main sont ici sollicitées comme partenaires. Timbre toujours beau, long phrasé.
 2  H. WOLF Abschied Joue davantage pour cette pièce burlesque. Son jeu comme son allemand sont très naturels.
Programme varié et intéressant tout en ne faisant pas l'impasse sur les "standards". Intéressant potentiel de carrière.

 
2) E. M., soprano Sylvie LECHEVALIER : piano
Olivier ROUSSET : hautbois
Marion MARTINEAU : viole de gambe
 
 1  W. A. MOZART Idoménée « Padre, germani » Attaque par en-dessous, pousse un peu trop sa voix, appuie son soufflle sur l'articulation des paroles. Cela crée une impression de resserrement, pas totalement efficace, opposant une résistance à la liberté vocale.
 2  A. ROUSSEL Le Jardin mouillé Joli, mais toujours ce quelque chose de resserré et appuyé, qui nuit à la clarté de la diction et semble ajouter à chaque note un vibrato aussi artificiel que celui d'un violoniste. Ce vibrato semble être au coeur de sa technique vocale, en tant que principe fonctionnel ou choix esthétique, que l'on peut apprécier ou pas!
 2  R. STRAUSS Sie trugen ihn auf der Bahre bloss  
 3  J. S. BACH Ich hatte viel Bekümmernis « Seufzer, Tränen, Kummer, Not » Accompagné par un beau trio instrumental. L'artificialité du vibrato empêche d'être immédiatemet et sincèremet touché. On entend le "placement", la "pose" plus que l'émotion.
 1  G. DONIZETTI L'Elixir d'amour « Prendi, per me sei libero » Toujours cette technique... peut-être pas totalement choisie mais en partie suscitée par le trac? Quelque soit le style du compositeur, son émission reste la même, enfermée dans ce schéma technique de "placement" et de pression. La voix serait belle si elle se libérait de ce carcan ! Et la chanteuse sans doute plus heureuse et libre?
 1  A. HONEGGER Les Aventures du roi Pausole « Papa veut toujours seule, hélas, que je m'amuse »  
 1  G. C. MENOTTI Le Medium « Bravo » Varie certes son interprétation, mais le fond de son émission reste le même.
 4  A. PREVIN Three Dickinson songs « Will there really be a morning » Pièce pas très différente de la précédente et de style peu "contemporain".

 
3) C. P., soprano Michael GUIDO : piano
François GUERRIER: clavecin
Mathurin MATHAREL : violoncelle
Andreas LINOS: viole
Marc MAUILLON : taille
David GHILARDI : taille
Geoffroy BUFFIERES : basse taille
 
 1  C. MONTEVERDI Lamento della Ninfa Pièce accompagnée d'un excellent trio vocal et chantée dans un tempérament très expressif.
 2  O. MESSIAEN Trois mélodies : Le Sourire  
 2  C. DEBUSSY Ariettes oubliées : C'est l'extase langoureuse Morceau enchaîné à la suite du précédent, pourquoi pas, cela fonctionne ! Pas à l'aise dans les aigus, qu'elle ne tient pas ("la tienne"). Plus musicienne que chanteuse.
 1  G. DONIZETTI Linda di Chamonix « O luce di quest'anima » Dès le récit, n'a pas la finesse et la légèreté d'émission requises. Émission un peu traînante et par en-dessous. Dans l'air aussi, manque de netteté dans ses attaques et d'agilité dans son articulation. Les aigus ne sont pas libérés. A peut-être la voix pour cet air, mais pas encore la technique. Termine dans le grave sans octavier.
 2  A. SCHOENBERG Vier Lieder : Erwartung Malgré un trou de mémoire, trouve une émission plus haute et fine, qui conduit également bien sa voix sur les quelques notes graves en poitrine.
 1  W. A. MOZART Zaïde « Tiger, wetze nur die Klauen » Bons passsages en poitrine. Émission sinon un peu criée dans l'aigu. Souvent trop basse. Voix un peu coincée dans un placement "pointu", "dans le masque". Ne gère pas son souffle de manière très élaborée. Crie à nouveau l'aigu final. Encore beaucoup de travail technique à effectuer.
 3  A. CALDARA Maddalena ai piedi di Cristo « Pompe inutili » Pas captivante
 4  J. CAGE The wonderful widow of eighteen springs  
 1  F. POULENC Les mamelles de Tirésias « Non, Monsieur mon mari » Bien, malgré quelques passages serrés. Aigus limite.

 
4) Heng SHI, baryton Karolos ZOUGANELIS : piano
 
 1  R. LEONCAVALLO I Pagliacci « Si puo? » Beaucoup de "creux" dans le grave (c'est un terme positif !), beaucoup de "métal" aussi (c'est un autre terme positif !). Diction incisive, efficace. Aigus concentrés, fermés (encore un terme positif !), efficaces ! Bref, excellente émission "à l'italienne", "à l'ancienne" pourrait-on dire car elle se fait rare, avec un vrai timbre d'opéra. L'instrument paraît solide.
 3  G. FAURE Requiem « Hostias » Plein, beau. On peut suivre les battements réguliers du vibrato calé sur la musique de manière très instrumentale et très pure.
 2  R. QUILTER Now sleeps the Crimson Petal Également capable ici de mezza voce.
 1  G. VERDI Falstaff « E sogno, o realtà? » Superbe ! Le premier chanteur depuis longtemps pour qui la salle d'art lyrique est acoustiquement trop petite.
 4  E. TANGUY « Mes heures perdues » Écriture très traditionnelle, dans le style des ballades de Debussy.
 2  H. DUPARC Le Manoir de Rosemonde Si les petites voix ont le droit d'enchaîner les petits airs, les grandes voix peuvent bien enchaîner les grands airs - et les mélodies aussi intenses que des airs d'opéra ! Deuxième partie bien contrastée et présente.
 2  H. WOLF Der Feuerreiter L'excellent pianiste peut pour une fois se déchaîner aussi, sans craindre de couvrir le chanteur. Superbe ! Chante souvent un peu voûté, tête penchée en avant.
 2  Chanson traditionnelle chinoise : La berceuse Joli, doux. A bien réussi à abandonner ces sons chuintants et parfois gutturaux quand il chante à la mode occidentale!
 1  J. MASSENET Hérodiade « Vision fugitive » Récital classique, tout au piano mais de très bonne tenue. On ne peut pas demander à un même chanteur d'avoir à la fois les qualités d'une grande voix et la souplesse du musicien le plus éclectique ! On peut par contre apprécier qu'il phrase bien et soit capable de douceur.

 
5) G. A., soprano Mary OLIVON : piano
Thomas KECK : guitare
Saskia SALEMBIER : violon baroque
Laurence VALENTINO : violon baroque
Adèle JACQUET-LAGREZE : violoncelle baroque
Gaëtan JARRY : clavecin
 
 1  W. A. MOZART Cosi fan tutte « Temerari !... Come scoglio... » Rate son aigu et la liaison avec le grave sur "tempesta". Passages en poitrine corrects. Aigus finaux un peu criés. Bien mais à la limite de ses moyens.
 3  G. F. HAENDEL Alexander Balus « Calm thou my soul... Convey me » Trouve instantanément une émission "à fleur de lèvres" bien adaptée à la langue anglaise et aux médiums bien concentrés.
 1  C. DEBUSSY L'enfant Prodigue « L'année en vain chasse l'année... » Bien, texte bien compréhensible.
 2  F. OBRADORS Canciones Clásicas Españolas : El Vito  
 1  G. PUCCINI La Bohème « Quando men vo » Lui va bien, mais ses aigus ne sont pas encore bien libérés.
 1  G. C. MENOTTI The Old Maid and the Thief « What a curse for a woman... Steal me !... » Bon choix, moins galvaudé que The Medium.
 4  W. RIHM Das Rot: 6 poèmes de Karoline von Günderrode pour voix et piano, Hochrot Très belle et intéressante pièce. Trouve ici un aigu plus fermé.
 2  O. MESSIAEN Poèmes pour Mi : Épouvante Presque enchaîné au précédent. Ses aigus sont là ausssi plus concentrés et mieux reliés au reste de sa voix. Ce n'en sont pas moins de beaux aigus de mezzo plutôt que des aigus de soprano. Superbe aussi dans les passages parlés en poitrine. Un léger recentrage de son répertoire vers le grave n'aiderait-il pas à l'épanouissement de sa voix et de sa carrière?

 
6) I. D. B., mezzo Karolos ZOUGANELIS : piano
 
 3  A. VIVALDI Judith triomphante « Armatae face » Efficace quoiqu'elle élargisse trop quelques notes au lieu de les laisser concentrées dans la ligne vocale. Reprend dans un tempo qui semble étrangement plus lent.
 1  S. BARBER Vanessa « Must the winter come so soon » Un peu d'air sur la voix. Vibrato un peu large.
 1  J. MASSENET Werther « Va, laisse couler mes larmes » Émission à nouveau un peu large, manquant de concentration ("focus"), trop appuyée en expiration. L'absence d'antagonisme du diaphragme expliquerait-il le vibrato, mais aussi l'accolement imparfait des cordes vocales sous la pression excessive?
 2  G. MAHLER Des Knaben Wunderhorn : Das irdische Leben Là aussi, trop en expiration et trop large, manque de "verticalité" entre un souffle géré plus "bas" et un son ressenti plus "haut". Se fatigue inefficacement en étant trop large "au milieu", c'est à dire en bouche.
 1  G. ROSSINI Sémiramis « In si barbara sciagura » Notes poitrinées à nouveau trop large et donc détimbrées. L'articulation précise des phrasés rossiniens en devient très difficile. La voix s'empâte dans cette largeur en bouche. Doit revoir sa technique tant que c'est encore possible ! Rentre aussi souvent la tête dans les épaules en ouvrant trop la mâchoire et en ne soutenant alors plus sa voix.
 2  C. DEBUSSY Trois Chansons de Bilitis : La Chevelure Correct, mais quelques sons non soutenus bougent.
 4  W. BOLCOM Cabaret songs : Amor Excellent, lui va bien. Concentre mieux sa voix dans cette émission de comédie musicale, où sa voix de poitrine est beaucoup plus incisive. Pourquoi ne pas appliquer une part de cette technique à Rossini?
 1  R. CHAPI Las hijas del Zebedeo « Carceleras » Ce répertoire lui fait aussi mieux concentrer sa voix, avec des passages en poitrine plus efficaces. Prudente sur l'aigu final!

 
7) A. D., baryton Nathalie STEINBERG-PACE : piano
Martin ROBIDOUX : clavecin
Srdan GRUJICIC : guitare
 
 2  R. VAUGHAN-WILLIAMS Songs of travel : The Vagabond A endossé le même imper que Terfel sur la pochette de son CD ! Gueule un peu "All I seek" et pourrait chanter plus piano la partie qui précède, mais le fait très bien ensuite, dans la reprise pp de "Let the blow fall soon or late".
 2  J. IBERT Chansons de Don Quichotte : Chanson de la mort de Don Quichotte Devient un peu "cotonneux" sur certaines syllabes qu'il veut chanter piano  : l'accolement des cordes vocales pas tout à fait net. Émission franche par contre des forte et beau "A" final.
 1  G. BIZET Les pêcheurs de perles « L'orage s'est calmé » Contraste presque caricatural entre "les colères" (nasal et métallique) et "s'apaisent" (cotonneux). Quelques notes fausses ("tendre", "et le coupable"...). Aigu un peu brut et ouvert sur "rage". Toujours cette facilité expansive à chanter très directement et généreusement les forte, mais quitte parfois un peu la route et a des difficultés à concentrer et soutenir aussi bien ses piani. Brutalise peut-être trop ses cordes vocales sur les forte pour qu'elles puissent vibrer avec un accolement parfait sur les piani.
 4  R. CAMPO Languir me fais sans t'avoir offensée » Très léger, comme parlé dans une voix haut placée. Joli, contraste intéressant.
 1  W. A. MOZART Don Giovanni « Madamina » Interprétation sans doute déjà rodée sur scène. Très à l'aise, il y concentre mieux son émission, grâce notamment à une articulation agile et mordante. Beugle quand même (et donc bouche) ses "d'ogni".
 3  G. F. HAENDEL Dettingen Te Deum « Vouchsafe, oh Lord » À nouveau en émission plus claire et parlée, menton souvent levé, avec une justesse un peu étrange, paraissant souvent basse, peut-être liée à l'accord du clavecin?
 2  Anonyme : Fenesta che lucive Assis, avec guitariste. Recherche là aussi un naturel "parlé" sur de larges ouvertures buccales, avec le risque de souffle sur la voix et de légère raucité, mais avec l'avantage d'une couleur populaire et d'une émotion plus directe.
 2  A. LARA Granada De nouveau dans un style de variété, avec des sons d'abord bas quand ils sont attaqués en timbre parlé, puis devenant justes quand il y ajoute des harmoniques plus chantés. Semble capable d'être aussi à l'aise sur une scène de cabaret que sur une scène d'opéra.

 
8) R. F.-C., ténor Frédéric RUBAY : piano
 
 3  J. S. BACH Magnificat « Deposuit » Physiquement très tendu dès le départ, au niveau du torse et surtout des abdominaux. Les aigus ne passent pas.
 2  . A. SCHOENBERG Vier Lieder op. 2 : Erwartung; Schenk mir deinen goldenen Kamm Pas désagréable quand il reste dans le médium et chante assez doucement.
 2  E. CHAUSSON Sept Mélodies op. 2 : Hébé Semble respirer en ouvrant sa cage thoraciqe puis chanter en bloquant son souffle et en contractant violemment ses abdominaux, voire ses intercostaux externes.
 4  N. LEE Seis canciones Amarillas : Nocturno Émission peu lyrique, en pression sur des sons non modifiés sinon par la nasalité.
 2  S. RACHMANINOV Douze Romances, op. 14 Vesennié vody Aigus ouverts et poussés.
 1  H. SAUGUET Les caprices de Marianne « Malheur à celui... » Souffle très court.
 1  G. PUCCINI Manon Lescaut « Tra voi belle » Dans ce style de "chanson", cette émission ouverte pourrait convenir si elle n'empêchait pas d'émettre les aigus.
 1  G. C. MENOTTI Goya « Out of my dreams »  
 4  M. MONNOT Hymne à l'amour Tessiture étrange pour une voix masculine, qui le fait alterner entre une émission de baryton et de ténor, toujours en pression directe sur des sons ouverts mais pas pour autant très adaptés à la variété non plus.

 
9) N. F., soprano Nathalie STEINBERG-PACE : piano
Luc BERTIN-HUGAULT : basse
Nicolas CERTENAIS : basse
Hovahannes ASATRYAN : basse
Julie FUCHS : soprano
Armelle KHOURDOIAN : soprano
Valentine MARTINEZ : mezzo
Vannina SANTONI : mezzo
Safir BEHLOUL : ténor
 
 4  J. MUSTO Résumé Posture étrangement voûtée mais qui semble lui être naturelle.
 1  G. BIZET Carmen « Je dis que rien ne m'épouvante » Attaque franche des aigus. Toute la voix sonne cependant "placée", "dans le masque", ce qui est efficace mais peut être lassant.
 1  E. W. KORNGOLD Die tote Stadt « Glück das mir verblieb »  
 2  F. POULENC Fêtes galantes Change de timbre de manière exagérée, pourquoi pas, c'est amusant.
 1  W. A. MOZART Idomeneo « Tutte nel cor vi sento » Toujours ce placement un peu nasal "dans le masque", mais efficace. La pianiste pourrait la soutenir davantage.
 2  H. DUPARC Le Manoir de Rosemonde Bien.
 2  R. WAGNER Der Engel Sa technique lui permet une émission haute et concentrée qui convient bien au Lied.
 3  A. DVORAK Te Deum « Dignare Domine » Lui va bien.
 1  G. GERSHWIN Porgy and Bess « My man's gone now » Très bien.

 
10) Hasnaa BENNANI, soprano Bénédicte HARLE : piano et célesta
Nicolas BOUILS : traverso
Marion MARTINEAU : viole de gambe
Gaëtan JARRY : orgue positif (Klap Garderen)
 
 3  J. S. BACH Passion selon saint Jean « Zerfliesse, mein Herze, in Fluten der Zähren » Belle voix ronde, se détend vite de son trac.
 2  G. MAHLER Frühlingsmorgen « Es klopft an das fenster... » Joli.
 4  C. PREY Les liaisons dangereuses « Tu vois, ma bonne amie... » Très bien.
 2  C. DEBUSSY Ariettes oubliées : C'est l'extase langoureuse; L'Ombre des arbres; Chevaux de bois Beau n°1, n°2 bien soutenu, tient bien son tempo lent. N°3 bien contrasté tout en restant homogène, jamais aigre.
 1  M. RAVEL L'enfant et les sortilèges « Arrière, je réchauffe les bons...  » Aigu un peu limite ("gare à toi"). Feu plutôt gentil et chaleureux!
 2  S. BARBER A green lowland of pianos « In the evening as for as the eye can see... »  
 1  G. VERDI Rigoletto « Gualtier Maldè... Caro nome... » Superbe, même si elle touche ses limites sur les aigus.
Son programme reste juste dans les limites de ses possibilités actuelles, sans la mettre en difficulté.

 
11) Luc BERTIN-HUGAULT, basse Nathalie STEINBERG-PACE: piano
 
 2  F. SCHUBERT Aufenthalt Timbre superbe, pas grossi, excellente diction, bon phrasé.
 2  P. I. TCHAIKOVSKY Six mélodies op. 38 : Sred choumnovo bala Toujours très bien, souffle calme, présence, phrasé très naturel.
 2  R. HAHN L'heure exquise Réussit bien les "i" aigus piano, très simplement.
 3  J. HAYDN Stabat Mater « Flammis orci ne succendar »  
 1  J. MASSENET Don Quichotte « Je suis le chevalier errant...   » À la fois beau "creux" vers le grave et clarté du texte. Douceur aussi quand il faut!
 4  I. ABOULKER Lettre d'amour : Vous avez des yeux gris-bleus-verts Très bien.
 2  C. SAINT-SAENS La danse macabre Articulation toujours excellente. Bien interprété.
 1  W. A. MOZART Die Zauberflöte « O Isis und Osiris » Superbe. Fait penser au formidable Georg Zeppenfeld, dont il semble avoir le potentiel.
 2  A.HONEGGER Mimaamaquim Impressionnant ! Pièce vocalement intéressante.
 1  J. KERN Showboat : Ol' Man river Ramollit exprès sa diction pour s'adapter au style.

 
12) Julie FUCHS, soprano Marie-Charlotte LE ROUX: piano
Gaëtan JARRY : clavecin
Pierre ISABELLON : viole
 
 2  M. RAVEL 3 poèmes de Mallarmé : Placet futile Superbe!
 1  G. F. HAENDEL Rodelinda « Ombre, piante » Beau. Volontairement souvent tendu, sous pression.
 2  R. STRAUSS Brentano lieder : Amor Excellent, et son allemand aussi ! Libère ici sa voix.
 3  N. BERNIER Cantate de Vénus « A ces mots... Amour, prépare tes armes » Toujours excellente, très active, affirmée musicalement.
 1  L. DELIBES Lakmé « Tu m'as donné le plus doux rêve » Air contrastant bien par sa tendresse, bien soutenu, placement fin et haut.
 1  L. BERNSTEIN Candide « Glitter and Be Gay » Formidable de jeu et de chant.
 4  M. COSTECALDE La condition post-moderne Création désopilante et bien jouée, dans le prolongement de Stripsody de Berio.

 
13) Véronique HOUSSEAU, soprano Mark DAVIES : piano, orgue et clavecin
Valentine MARTINEZ : soprano
Arnaud GUITTET : hautbois
Alice COQUART: violoncelle
 
 2  H. WOLF Frühling über's Jahr Bien.
 4  O. MESSIAEN Trois mélodies : Le Sourire; La Fiancée perdue Bien.
 3  W. A. MOZART Regina caeli « Ora pro nobis » Belle tenue, posture très stable.
 3  G. F. HAENDEL Cantate Lungi dal mio bel nume « Senza la vaga Clori... Son come navicella » Bien aussi dans cet air plus tonique. Voix toujours très bien conduite et homogène.
 2  H. WOLF Die Spröde Émission toujours élégante et stable, bien concentrée, juste un peu trop raisonnable?
 2  R. HAHN Le Printemps Toujours très classique et de bon goût.
 1  W. A. MOZART Les noces de Figaro « Giunse alfin il momento... Deh, vieni  » Très bien phrasé, bonne liaison avec la voix de poitrine.
 1  F. POULENC Dialogues des Carmélites « Encore ces maudites fèves » Rôle limite pour elle dans l'aigu, plus facile pour une voix plus légère et brillante.
 1  J. STRAUSS Chauve-Souris « Mein Herr Marquis » Peut-être sanctionnée par le jury pour la prudence de son programme et une personnalité moins affirmée que la chanteuse précédente? Semble pourtant se développer très sainement, sans voix immense ni extraversion délirante, mais dans la lignée de chanteuses au style noble et classique comme Suzanne Danco ou Véronique Gens.

 
Conclusion

La promotion 2009 est de très bon niveau. Les programmes sont variés et intéressants, même quand ils sont seulement accompagnés au piano. Une seule chanteuse présente deux airs tirés d'oratorio. La mélodie française semble à l'écoute être un passage obligé expédié assez rapidement, mais est tout de même bien représentée à la relecture des programmes. L'opérette est faiblemment représentée : les chanteurs semblent lui préférer diverses oeuvres anglo-saxonnes plus ou moins légères et plus proches de la comédie musicale.

Comme pour la mélodie française, l'opéra semble très bien représenté à la lecture du programme, mais les airs du répertoire "standard" y sont rares, même si Mozart, Massenet ou Puccini sont bien représentés. Le baryton Heng Shi offre l'occasion d'entendre une vraie voix d'opéra et fait comprendre, a contrario, que la plupart des autres chanteurs composent très intelligemment leurs programmes en incluant des airs d'opéra qui n'ont pas toujours d'exigences réellement "opératiques", de même qu'ils chantent une unique mélodie française sans donner le temps à l'auditeur d'en goûter le style et le climat. C'est sans doute la règle de ces récitals qui imposent un programme très éclectique, mais c'est aussi la marque d'une école qui excelle à former des chanteurs souples et versatiles, aptes à briller dans tous les répertoires un peu "entre-deux", mais qu'on attend de découvrir aussi dans un engagement plus entier, "à l'ancienne", dans les univers très différents de la mélodie, de l'opérette et de l'opéra.

Alain Zürcher