La voix lyrique

Après avoir étudié, dans l'article précédent sur La voix chantée, ce qui différencie la voix chantée de la voix parlée et quelles sont les qualités nécessaires à une voix non amplifiée, nous allons définir ce qui caractérise plus particulièrement la voix lyrique.

La voix lyrique est le produit d'exigences pratiques et esthétiques :

  1. pratiques car il faut se faire entendre, sans amplification, dans des salles devenus de plus en plus grandes à mesure que les spectacles devenaient plus fastueux, les productions plus coûteuses et le public plus nombreux,
  2. esthétiques au gré des modes et du développement de l'écriture vocale, qui a posé de nouveaux défis à la voix humaine et suscité parallèlement de nouvelles attentes du public.

L'exigence d'efficacité et de santé vocale ayant été traitée dans l'article précédent sur La voix chantée, nous allons examiner ci-dessous les qualités esthétiques recherchées.

Exigences esthétiques du chant lyrique

La question du naturel

La voix lyrique est naturelle puisqu'elle est :

  1. physiologiquement saine et efficace,
  2. non amplifiée, donc non dépendante de moyens artificiels.

Elle peut par contre être considérée comme artificielle dans la mesure où :

  1. Elle s'éloigne de la voix parlée quotidienne, de la même manière qu'un athlète dépasse les limites de la simple promenade digestive.
  2. Elle utilise des registres peu utilisés au quotidien.
  3. Les harmoniques lui donnent un timbre sortant du quotidien.
  4. Elle interprète des musiques dépassant souvent le niveau de complexité de la chansonnette.
  5. Elle est émise par des divas trop grosses et ridicules.
  6. Elle transforme les paroles en bouillie incompréhensible.

Si les premiers arguments sont tout à fait recevables, les deux derniers ne le sont plus :

  1. Cela fait bien longtemps que chanteuses et chanteurs sont sélectionnés sur des critères autant visuels que sonores.

    Les candidats chanteurs bien formés étant plus nombreux que jamais, il y en a heueusement suffisamment qui satisfont aux deux critères, même s'il était avéré qu'un certain embonpoint puisse favoriser une certaine qualité vocale.

  2. Le milieu musical a renié depuis longtemps les excès des voix grossies, sombrées, bâillées, tubées, couvertes etc., qui ont pu séduire un certain public à une certaine époque.

    Ces voix pouvaient rechercher sur scène la puissance du son aux dépens des paroles, ou au contraire être phonogéniques, flattées par l'enregistrement.
    Le renouveau de la musique ancienne a joué un grand rôle pour les démoder. La recherche d'une interprétation plus authentique ou du moins informée impliquait en effet un plus grand respect du texte. Ce mouvement, snobé par l'establishment musical, a aussi nécessité l'émergence d'une nouvelle génération d'interprètes, non issus de la tradition faussée de l'opéra, parvenue à l'époque à bout de course. La longévité vocale comparée des "petites voix" baroques et de certaines "grandes voix" météoriques ont depuis fait réfléchir. Le succès croissant de l'opérette et de la comédie musicale ont fini d'achever ces émissions.

    (Voir à ce sujet la vidéo Aigus masculins couverts ou plus brillants.)

    De même que l'on exige désormais qu'un chanteur lyrique soit beau et mince, qu'il sache bouger, jouer voire danser, on exige aussi qu'il soit compréhensible ! En France, le contraste est encore plus saisissant, puisque les rôles naguère tenus presque uniquement par des chanteurs étrangers sont maintenant brillament interprétés par une nouvelle génération de chanteurs de langue française.

La perception de ce qui est naturel ou pas est bien sûr éminemment culturelle. La langue maternelle, avec son accent et sa musicalité, a une grande influence. La voix naturelle d'une personne peut aussi découler de ses propres moyens vocaux.
Tel chantera naturellement avec une voix lyrique et devra se forcer pour chanter en voix de variété, tandis que pour tel autre ce sera l'inverse. La morphologie comme l'éducation précoce de l'oreille peuvent expliquer que le timbre de l'un soit naturellement plus riche en harmoniques et se rapproche davantage de l'idéal du bel canto, même avant toute étude.

Et la voix naturelle ?

Par voix naturelle, on désigne généralement une voix spontanément bien émise, bien "placée", une coordination musculaire sans doute acquise et non innée mais qui semble spontanée, n'ayant pas requis de long apprentissage. Cela implique aussi que le matériau de départ, le potentiel étaient déjà là, et qu'aucun défaut ou problème n'entravait son épanouissement.

Même si vous avez la chance d'avoir une voix naturelle, il vaut mieux étudier suffisamment pour en comprendre le fonctionnement, afin d'être capable de le retrouver en cas de problème, s'il cesse d'être spontané !

Comme nous l'avons vu plus haut, la présence d'harmoniques aigus peut être considéré comme le premier critère de la voix lyrique. Afin d'apprendre à les repérer et favoriser, il est conseillé de lire l'article sur La résonance de la voix.