Rusalka
Opéra Bastille • Paris • 28/06/2002|
Orchestre et Choeurs de l'Opéra National de Paris
James Conlon (dm) Robert Carsen (ms) Michael Levine (dc) Robert Carsen et Peter Van Praet (l) |
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Cette production est avant tout superbe visuellement. Les magnifiques décors, lumières, effets et machineries séduisent au premier abord, mais ne sont pas à la réflexion totalement gratuits, puisqu'ils traduisent bien d'une part le fait que Rusalka est un conte, d'autre part les différents univers (ondin et humain) et au troisième acte le désespoir de Rusalka sur fond de vagues bleu nuit projetées sur un rideau-écran... Tout au plus est-on gêné que la première rencontre de Rusalka et du Prince se déroule déjà dans une chambre à coucher et non au bord du lac, mais cette chambre à coucher se fait pardonner en réapparaissant à la fin en tant que tombeau aquatique des amants.
L'orchestre et l'écriture orchestrale de Dvorak sont un régal, l'équilibre fosse/plateau est presque toujours excellent.
Vocalement, il y a peu de choses à dire d'une distribution globalement excellente.
On peut distinguer Franz Hawlata, parfait dans son rôle et bien sonore. On s'étonne presque qu'il arrive à se vieillir si bien, et si l'on
voulait vraiment être méchant on ajouterait qu'à parfois trop "cravater", il n'est pas étonnant que sa voix
puisse sonner plus âgée qu'elle n'est.
La mezzo Larissa Diadkova est
également excellente.
On imagine bien Eva Urbanova en Lady
Macbeth ou en Ortrud, avec sa voix dure au timbre peu séduisant, mais peut-être a-t-elle forcé le trait à
dessein !
Karine Deshayes, récemment couverte par l'orchestre sur scène de la finale du concours Operalia au Châtelet, dans une
Cenerentola peut-être un peu grave pour elle, se fait entendre ici sans peine et son timbre charnu et
gouailleur fait merveille dans le rôle du garçon de cuisine.
Michel Sénéchal est moins truculent
qu'en Guillot de Morfontaine en 1997 mais fait toujours entendre sa voix de trompette, sans aucun legato dans
ce rôle qui n'en réclame peut-être aucun.
La soirée aurait été excellente sans la piètre performance de
Renée Fleming, à qui même le public de Bastille n'a pas réservé l'ovation aveuglément délirante qui est de rigueur pour
les stars à Paris. Les applaudissements nourris garantissent cependant à "la belle Américaine", comme
on dit, de nombreux retours dans notre capitale.
Comme souvent, sa performance a été très inégale. Le premier acte a été l'occasion de faire entendre les
premiers sons ouverts et pris par en-dessous qui sont devenus presque une signature, comme chez ces artistes
de rock qui n'ont pas le droit de perdre leurs défauts vocaux, sous peine de perdre leur public. Le
tube de Rusalka, sa chanson à la lune (n'a-t-elle d'ailleurs pas fourni à Harold Arlen le thème de
"Over the rainbow" du Wizard of Oz?) n'a été que correctement interprété. Le deuxième acte de Renée
Fleming a été bien meilleur, d'excellente tenue même de bout en bout. (Il est vrai que Rusalka y est muette
une bonne partie du temps.) Le troisième acte n'a plus été qu'une suite de sons inarticulés non reliés entre
eux, non seulement pris par en-dessous mais n'arrivant plus jamais sur la note, se terminant souvent en son
droit et bas, émis sur le mode du vomissement ou du cri, sans
aucun legato ni équilibre des harmoniques.
Alain Zürcher