Tentative ratée de présenter un Fidelio d'anthologie? Le choeur de l'opéra a retrouvé son excellence. Le
Rocco de Franz-Josef Selig est idéal, la Marzelline de Julia Kleiter et le Jaquino d'Ales Briscein sont de
grande classe tout en n'outrepassant pas leurs emplois vocaux en étant trop nobles, trop lourds ou trop
dramatiques. Alan Held apporte à Don Pizarro un métal mordant de Heldenbariton, qui caractérise bien le
personnage. Paul Gay est un Don Fernando de très bonne tenue. Jonas Kaufmann est expressif et convaincant :
il ne claironne pas un Florestan en pleine forme mais chante la plainte d'un prisonnier épuisé. Sa technique
est ici 100% allemande, avec un son très intérieur, des voyelles très fermées et une forte pression sur les
cordes vocales, pour faire sonner la voix à travers un conduit vocal très resserré et volontairement
inefficace. Appliquée tout le temps et à tous les rôles, cette émission serait suicidaire, mais elle est
dans cette oeuvre parfaitement à sa place.
Ici s'arrête les louanges. Angela Denoke est beaucoup trop légère pour le rôle de Leonore. Elle pousse des
aigus faux en quittant son appoggio. Johan Simons
propose une mise en scène froide et plate, ponctuée par les doctes analyses de Martin Mosebach. Sylvain
Cambreling accentue encore l'ennui de la mise en scène en dirigeant de manière lente, peu précise et peu
tonique des musiciens répartis ici et là dans une fosse trop grande et trop ouverte. Sa direction rabaisse
la musique de Beethoven au niveau de son livret, plat et naïf jusqu'au ridicule. Passée la comédie initiale
de Marzelline et Jaquino, le premier acte est un long tunnel, dont on n'émerge que grâce à l'intensité
d'incarnation de Jonas Kaufmann. Le dramatisme du second acte nous conduit ensuite sans trop d'ennui jusqu'à
l'intervention du Ministre, moins crédible que jamais. À voir Fidelio ainsi représenté, il ne reste
que le seul nom de Beethoven pour justifier son maintien au répertoire !
Opéra en deux actes, op. 72 (1814) ; Musique de Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; Livret de Joseph von
Sonnleithner, révisé par Stephan von Breuning et Georg Friedrich Treitschke d'après Léonore ou l'Amour
conjugal de Jean-Nicolas Bouilly ; nouveaux dialogues de Martin Mosebach ; Sylvain Cambreling (dm) ; Johan
Simons (ms) ; Jan Versweyveld (dl) ; Greta Goiris (c) ; Koen Tachelet (dr) ; Orchestre et Choeurs de
l'Opéra national de Paris ; Chef des Choeurs Winfried Maczewski ; Don Fernando : Paul Gay ; Don Pizarro :
Alan Held ; Florestan : Jonas Kaufmann ; Leonore : Angela Denoke ; Rocco : Franz-Josef Selig ; Marzelline :
Julia Kleiter ; Jaquino : Ales Briscein ; Erster Gefangener : Jason Bridges ; Zweiter Gefangener : Ugo Rabec