Après la superbe réussite de The Sound of Music fin 2009, cette nouvelle comédie musicale déçoit à
plusieurs titres. L'orchestre peut paraître somptueux pour une comédie musicale, la mise en scène
intelligente, le livret spirituel et les comédiens-chanteurs corrects, mais l'ensemble ne fonctionne
cependant pas. La première raison semble en être l'amplification excessive, surtout des dialogues, qui crée
une rupture par rapport aux parties chantées, mais surtout empêche totalement de localiser le comédien en
train de parler, autrement qu'en observant qui bouge les lèvres... jusqu'à ce qu'à la moitié du spectacle on
ait mieux mémorisé le timbre de chacun. On voit donc une pantomime sur la scène, pendant que l'on entend
simultanément un haut-parleur clamer des répliques. La pièce devrait être intimiste, mais les protagonistes
sont répartis sur scène comme des joueurs sur un terrain de base-ball, et leurs répliques sont diffusées
comme les commentaires d'un match. L'amplification ne nécessite pas le port d'atténuateurs linéaires, elle
ne dépasse de loin pas le seuil de la douleur, mais elle ne se substitue tout simplement pas correctement à
une bonne projection vocale... ou à défaut, à une technique de spatialisation dont il est étonnant qu'elle
n'ait pas encore été inventée ou, si elle l'a été, qu'elle ne soit jamais mise en oeuvre dans les théâtres.
Au-delà de ce défaut technique évident qui empêche de rentrer dans l'oeuvre, il faut aussi souligner qu'il
s'agit d'une pièce de théâtre émaillée d'airs. Que cette pièce de théâtre est elle-même tirée d'un film. Que
ce film nous plonge dans une atmosphère que cette production ne réussit pas à recréer, sans doute pour la
bonne raison qu'elle n'essaie pas de le faire. Mais sortis de leurs contexte, ces personnages, leurs
comportements et leurs répliques sont totalement improbables. Le texte sonne d'autant plus artificiel qu'un
bon pourcentage de "bons mots" a été conservé ou ajouté, ce qui crée le même effet de patchwork qu'un film
des Marx Brothers et ne contribue en rien à évoquer Bergman et la richesse humaine de son film. D'un film
subtil mais tout de même inscrit dans un lieu et une époque, il ne reste que la trame, sur laquelle un
comique aurait plaqué des jeux de mots "spirituels". Ceux-ci sont à leur place dans un film de Billy Wilder,
sonnent parfois déjà faux dans un film de Lubitsch, mais sont ici totalement décalés.
Cette impression est accentuée par le jeu toujours aussi faux de Lambert Wilson - délicieusement faux
peut-être ici, en accord avec son personnage? La première scène de Leslie Caron sonne aussi terriblement
faux, avant que l'huile ne commence à couler entre les rouages du spectacle. La première scène qui sonne
juste est celle de l'arrivée du dragon surprenant Fredrik Egerman chez Désirée Armfeldt, et Nicholas Garrett
y est le premier à chanter avec une voix suffisamment timbrée pour donner l'impression qu'un être humain
chante sur la scène, et non un haut-parleur au-dessus. Francesca Jackson a aussi de l'abattage et une
efficace émission de poitrine pour son air. En dehors de ces deux personnages et d'une Charlotte Malcom
crédible, tous auraient pu être mieux caractérisés ou joués. Anne Egerman ne traduit en particulier jamais
sa jeunesse ni son charme, et les sentiments complexes de Henrik Egerman restent purement formels et
improbables.
Même l'orchestre superbe ne fait que souligner davantage l'ambitus restreint de cette musique qui tourne
inlassablement dans le même verre d'eau.
Musique et Lyrics de Stephen Sondheim; Livret de Hugh Wheeler; d'après le film Sourires d'une nuit d'été
d'Ingmar Bergman; Orchestre Philharmonique de Radio France; Jonathan Stockhammer (dm); Lee Blakeley (ms);
Rae Smith (d); Andrew George (chg); Jo Van Schuppen (c); Jenny Cane (l); Henrik Egerman: David Curry; Anne
Egerman: Rebecca Bottone; Fredrik Egerman: Lambert Wilson; Petra: Francesca Jackson; Désirée Armfeldt: Greta
Scacchi; Comte Carl-Magnus Malcom: Nicholas Garrett; Comtesse Charlotte Malcom: Deanne Meek; Fredrika
Armfeldt: Celeste de Veazey; Madame Armfeldt: Leslie Caron; Mr Lindquist: Damian Thantrey; Ms Nordstrom:
Kate Valentine; Mrs. Anderssen: Rachael Lloyd; Mr Erlanson: James Edwards; Ms Segstrom: Daphné Touchais;
Frid: Leon Lopez