Madama Butterfly
Volksoper • Vienne • 26/05/2004|
Orchestre et choeur du Volksoper
Elisabeth Attl (dm) Stefan Herheim (ms) Kathrin Brose (d) Frank Sobotta (l) |
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photo © Volksoper Vienne, Dimo Dimov
Le Volksoper donne cette Butterfly en italien, contrairement à sa longue tradition d'opéra en
allemand. Esthétiquement traditionnelle avec sa Cio-Cio San japonaise, son Pinkerton en casquette de marin et
ses inévitables shoji, cette production accentue le contraste entre la société japonaise
traditionnelle et la société occidentale : un choeur ou des figurants occidentaux, très présents sur scène,
représentent une bonne société très XIXe siècle puis une foule contemporaine. Ce choeur reste occidental même
quand il incarne la famille de Cio-Cio San : il se contente alors de porter des masques de théâtre
japonais.
La direction d'acteurs de
Stefan Herheim est traditionnelle et
tend parfois vers un expressionnisme stylisé.
Un autre regard est porté par le personnage ajouté du compositeur lui-même, qui emprunte des répliques à Yamadori, voire à Pinkerton ! Presque toujours présent sur le plateau, "Puccini" apporte surtout sa compassion pour son héroïne et ajoute donc encore au mélo et au pathétique de l'oeuvre. Sans doute choisi pour sa ressemblance physique, Ernst-Dieter Suttheimer n'a pas une richesse de timbre qui lui permette de passer l'orchestre.
Musicalement, le premier acte est plus près de l'opérette viennoise que du vérisme italien. Le deuxième acte
est bien plus réussi : plus idiomatique musicalement et de meilleure tenue dramatiquement. L'équilibre entre
la fosse et le plateau n'est pas non plus réalisé dès le départ : l'orchestre d'abord trop sonore se contient
peu à peu, tout en gagnant en justesse stylistique. Les chanteurs passent nettement mieux quand ils chantent à
l'avant-scène.
Pendant le premier acte, l'acoustique favorise les cordes graves et surtout les vents au détriment des
violons, ce qui donne à l'orchestre un côté "fanfare". Même dans ce début un peu complaisant, la direction
d'Elisabeth Attl est très souple et
lyrique. Si l'orchestre est un peu sirupeux et ronflant, il l'est avec tendresse et bonhomie, sans vulgarité
ni lourdeur.
Mika Pohjonen est un solide Pinkerton à
l'émission très saine, avec un bon
formant du chanteur. Physiquement assez lourd, il
campe bien son personnage.
Morten Frank Larsen (Sharpless) est
d'abord aussi peu compréhensible que
Mihaela Ungureanu (Suzuki). Cette
dernière, ne chantant presque pas au premier acte, n'a apparemment pas voulu se mettre en voix trop tôt et se
révèle progressivement au cours du second acte. De plus en plus impressionnante vocalement, elle semble à
l'étroit dans ce rôle et plutôt destinée aux emplois wagnériens.
Takako Massaro est une très bonne
Cio-Cio San, malgré son émission un peu trop spinto, dont le
vibrato risque d'aller en s'élargissant. Dans
"Un bel dì", elle tire un peu trop son médium vers le bas, vers l'émission en
poitrine, puis accroche mieux sa voix à partir des aigus
sur [i] pour finir en beauté sur "l'aspetto". Elle tient ensuite très bien la distance, notamment
dans sa lourde scène avec Sharpless, et manifeste un beau
legato. En définitive, elle pourrait simplement mieux tirer
parti de l'évolution de son personnage, en ne forçant pas sa voix dès le début de l'oeuvre.
Le Coréen In-Sung Sim (Zio Bonzo) a une
bonne voix.
Au milieu d'un espace scénique moderne, le centre du décor de
Kathrin Brose est japonais, sous la forme
d'un pavillon et d'un jardin. Les shoji donnent l'occasion de beaux effets d'ombre pendant le bel
interlude orchestral et choral de l'attente du retour de Pinkerton : Cio-Cio San, Suzuki et l'enfant se
découpent en ombres "chinoises" derrière ces panneaux de papier.
Pinkerton revient parmi une foule maintenant contemporaine, qui envahit la maison de Cio-Cio San comme elle
visiterait une exposition. La scène avec la femme de Pinkerton est très réussie.
À la fin, Cio-Cio San ne veut plus se tuer ! - peut-être excédée par le rideau de scène qui avait été abaissé
par erreur puis remonté ! C'est "Puccini" et non Pinkerton qui crie les "Butterfly !", non pas pour
se lamenter mais pour le lui reprocher ! Ce sont alors plusieurs des visiteurs occidentaux qui la poignardent,
lui signifiant ainsi qu'elle doit rester à sa place et que son monde est condamné. Toute tentative
d'émancipation serait aussi vaine et déplacée que de vouloir changer la fin d'un opéra !
Le public décontenancé applaudit d'abord timidement. Il est vrai qu'il a été ainsi frustré des larmes qu'il
s'apprêtait à verser !
Alain Zürcher