Norma
Théâtre des Champs-Élysées • Paris • 08/12/2015|
Orchestre de chambre de Paris
Choeur de Radio France (Sofi Jeannin) Riccardo Frizza (dm) Stéphane Braunschweig (ms,sc) Johanne Saunier (chg) Thibault Vancraenenbroeck (c) Marion Hewlett (l) |
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Première représentation, mais surtout première demi-heure toujours intimidante pour les chanteurs. Devant déjà
assumer des rôles lourds, ils ne souhaitent peut-être pas entamer leur capital vocal en se mettant en voix
correctement avant la représentation. Et puis il y a cette tentation de s'affirmer dès le départ, ou cette
crainte de ne pas passer la rampe, qui pousse à forcer la voix lors de son entrée. C'est le cas de Maria
Agresta en début de soirée, jusqu'à un Casta diva très intime, émis d'une voix couverte qui
recentre son émission. Elle ne quittera plus ce riche noyau de métal sombre, à partir duquel elle fera
rayonner toutes les couleurs vocales propres à peindre les émotions de son personnage. Sonia Ganassi, seule à
entrer en scène en parfaite possession de ses moyens vocaux et déjà complètement dans son personnage, soutient
et nourrit aussi sa partenaire dans leur magnifique duo.
Le ténor Marco Berti est d'abord bien rude également avec son instrument, semblant n'avoir le choix qu'entre
le forçage et la raucité, comme s'il lui fallait passer outre un mauvais état de la muqueuse de ses cordes
vocales pour en obtenir un accolement plus profond. Il profite lui aussi de ses scènes d'ensemble avec Sonia
Ganassi et Maria Agresta, y trouvant une concentration vocale et une musicalité qui ne le quitteront plus, et
font juger très injustes et choquantes les huées qui l'accueillent aux saluts.
Huée aussi la mise en scène pourtant très classique et sage de Stéphane Braunschweig ! En quoi a-t-il choqué le public conservateur de cette première? Des costumes trop tristes à la place des drapés blancs dont Callas a laissé le souvenir? Il a pourtant fait intervenir sur scène les deux très mignons enfants de Norma et Pollione, aussi souvent que la décence artistique le lui permettait, et cela même n'a pas suffi à émouvoir le public ! - ni heureusement à le faire rire en lui rappelant La puce à l'oreille de Georges Feydeau, qui use du même mécanisme pour faire apparaître un lit pivotant avec son mur ! Et Stéphane Braunschweig a décliné un joli motif symbolique et visuel en réduisant les chênes druidiques à un malheureux bonsaï avant de l'agrandir en ombre chinoise et enfin de faire descendre des cintres un arbre de bonne taille quand l'abandon de Pollione réveille en Norma une veine patriotique longtemps assoupie en collaboration.
Sous la direction très classique de Riccardo Frizza, l'Orchestre de Chambre de Paris a un son très compact,
une couleur d'ensemble qui rappelle les grandes versions du disque, presque en prise de son monophonique ! Le
choeur de Radio France est formidable de vocalité et de musicalité.
Les qualités de cette soirée nous rappellent que Bellini écrit de la très belle musique de chambre, qu'il fond
et combine à merveille les voix et les timbres, et qu'il tisse une continuité dramatique et musicale
imperturbablement durchkomponiert, étonnante pour son époque mais qui n'échappa pas à l'oreille de
Wagner.
À voir jusqu'au 20 décembre au Théâtre des Champs-Élysées.
Alain Zürcher
