Écoutes de Spectacles

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**** Jakob Lenz Paris Théâtre de l'Athénée 29/03/2019

 
Maxime Pascal (dm)
Nieto (ms,v)
Myrtille Debièvre (sc)
Florent Derex (son) Christian Pinaud (l)
Jakob Lenz  :  Vincent Vantyghem
Oberlin  :  Damien Pass
Kaufmann  :  Michael Smallwood
sopranos  :  Parveen Savart, Léa Trommenschlager
mezzo-sopranos  :  Elise Dabrowski, Emmanuelle Monier
basses  :  Florent Baffi, Andriy Gnatiuk
enfants  :  Bérénice Arru, Gaspard Cornu-Deyme, Georges Geyer


photo © Le Balcon

Pour fêter ses dix ans, Le Balcon lance un festival à l'Athénée, où il est en résidence depuis 2012. Il y reprend notamment cette production de Jakob Lenz créée en décembre 2016 à Salzburg. Un jeune ensemble présente ainsi un opéra écrit par Wolfgang Rihm à 26 ans, sur un livret écrit par Büchner à 22 ans, à propos d'un poète de 27 ans à l'époque du récit.

Déjà fêté par le festival Présences de cette année, Wolfgang Rihm est à la tête d'un catalogue de plus de 400 oeuvres. Cet opéra de jeunesse est d'une grande intensité, compacte et violemment expressionniste. Il mêle aussi son oeuvre des citations ou plutôt réinterprétations : ici un choral luthérien, là une paraphrase du Lascia ch'io pianga de Haendel... Son utilisation de la voix est riche, puisqu'il fait intervenir 3 solistes, 3 enfants et un choeur de 6 chanteurs.

Lenz (dont le nom signifie printemps en allemand!), est l'auteur des Soldats, dont Bernd Alois Zimmermann a tiré un opéra en 1965. Ce sont aussi des soldats qui seront à l'origine de sa mort mystérieuse à Moscou en 1792, à l'âge de 41 ans. Pour l'heure, il est probablement atteint de schizophrénie. Le pasteur Oberlin l'accueille chez lui dans les Vosges en 1778. Il écrit un journal qui a inspiré Büchner, l'auteur du livret de Wozzeck, personnage que ne peut que rappeler Lenz, surtout chanté lui aussi par un baryton. Si le réconfortant pasteur Oberlin est une chaleureuse basse, l'insinuant médecin Kaufmann est un ténor comme le Docteur de Wozzeck ! Le souvenir d'une femme aimée, Friederike, évoque davantage la Marie de Die tote Stadt que celle de Wozzeck.

Une fois de plus, l'investissement des jeunes interprètes du Balcon est total, ce qui leur permet de dominer et restituer les oeuvres les plus complexes. Leur interprétation instrumentale est superbe. Très convaincants aussi sont les trois enfants, les "choristes" et solistes. Vincent Vantyghem, chanteur et psychiatre (!), tient son rôle avec intensité de bout en bout. Une intensité même excessive, très fixe physiquement et trop amplifiée vocalement par Florent Derex. Son émission vocale est dure et directe, assez uniforme et parfois forcée. Ses partenaires traduisent plus de souplesse dans le cas de Kaufmann, de chaleur dans le cas d'Oberlin, en accord avec leurs personnages.
Les vidéos de Nieto, projetées sur la structure scénographique de Myrtille Debièvre, sont omniprésentes et tiennent presque lieu d'expression et de mouvement scéniques. De belles images d'arbres tournoient, des graffitis grimaçants à la Dubuffet envahissent l'espace comme les hallucinations de Lenz... Cela créé un effet d'enveloppement permanent, mais enferme aussi le propos dans une immobilité lassante, sans suffisamment éclairer ses nuances ou accompagner sa progression.

Après quelques manifestations inquiétantes de la folie sans rémission de Lenz, Kaufmann convainc Oberlin de le renvoyer vers son père, qu'il n'a pourtant aucune envie de rejoindre.
Si la conduite musicale de l'oeuvre par Maxime Pascal est admirable, tout un parcours initiatique serait nécessaire au spectateur pour vraiment apprécier cette oeuvre, en commençant par la lecture du beau texte "pré-freudien" où Büchner se glisse dans la peau de Lenz pour en expliquer la folie, qui n'était pas encore décrite en ces termes par Oberlin dans son journal.

Du 15 au 29 mars 2019, chaque vendredi soir au Théâtre de l'Athénée.

Alain Zürcher

 
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