Écoutes de Spectacles

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****½ Anniversaire Michaël Levinas C Paris La Scala 15/04/2019

Mathieu Dubroca, baryton
Ensemble Le Balcon
Ensemble L’Itinéraire
Maxime Pascal (dm)
Florent Derex (son)
Ircam (réalisation informatique musicale)

Pour fêter les 70 ans de Michaël Levinas, Le Balcon s'est associé à L'Itinéraire, l'ensemble qu'il a co-fondé en 1973 et dont il est toujours président d’honneur. Ensemble, ils ont concocté un intéressant programme qui associe Michaël Levinas à Gérard Grisey, dont ils ressuscitent la pièce D'eau et de pierre créée en 1972 et apparemment jamais reprise depuis.

Si le programme, qui semble étonner Michaël Levinas lui-même, procède par ricochets entre les années 70 et aujourd'hui, avec des rebonds au début des années 90 et à la fin des années 2000, le thème des oeuvres réunies semble aussi être l'écho, la mise en résonance...
En guise d'introduction, la courte Étude sur un piano espace amplifie et réverbère l'instrument, dont le son semble enrichi de son propre imaginaire et évoque parfois du sable passant à travers un tamis. Pour poursuivre l'exploration du piano espace, on écoutera l'interprétation en 2010 par Alphonse Cemin et le Balcon du Concerto pour un piano espace n°2 !

Dans la belle pièce D'eau et de pierre de Gérard Grisey, un ensemble "d'eau", ici L'Itinéraire, amorce une manière de prélude de l'Or du Rhin qui se trouve vite perturbé par un ensemble "de pierre", Le Balcon, comme par des cailloux qui rideraient sa surface. Il y réagit plus ou moins violemment, avant de retrouver à la fin sa sérénité initiale.
Le Poème battu évoque la grande inspiration que Michaël Levinas a trouvé dans la langue et ses phonèmes, qui ont nourri ses opéras. Chronologiquement, il se situe entre Les Nègres de 2003, opéra en 3 actes sur des textes de Jean Genet, et La Métamorphose de 2011, opéra d'après la nouvelle de Kafka. "Poème tambouriné sur un texte de Ghérasim Luca", c'est justement par son texte que cette oeuvre déçoit et dérange. Quel esprit potache de mauvais goût peut bien vouloir fonder toute une oeuvre sur le mot "viol", sous prétexte (musical) qu'il forme le début du mot "violon" ?

Préfixes, qui clôt la soirée, est une pièce esthétiquement belle quoiqu'originellement, de l'aveu même de Michaël Levinas, purement spéculative. Nous entendons cette recherche de 1991 dans une révision actuelle qui la rend justement plus "musicale", pourrait-on dire naïvement. Fondée sur l'exploitation des "transitoires d'attaque" des sons instrumentaux et de la voix humaine, cette pièce est actuellement beaucoup plus simple et rapide à réaliser qu'à l'époque de sa création. On s'étonne même que ces transitoires ne soient exploitées que comme des sons distincts déclenchés par un clavier numérique, mais il était bien sûr en 1991 impossible de capter et modifier ces transitoires en temps réel. Le jeu consiste donc à essayer de ré-imaginer les sons d'origine et de les ré-associer à leurs instruments ou phonèmes, tout en imaginant ce que l'on pourrait faire aujourd'hui à la place...

Un concert rétrospectif qui ouvre bien des portes stimulantes sur l'avenir. Bon anniversaire !

Alain Zürcher

 
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