Écoutes de Spectacles

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***½ Der Freischütz Strasbourg Opéra 20/04/2019

 
Patrick Lange (dm)
Jossi Wieler, Sergio Morabito (ms)
Nina von Mechow (dc)
Alekos Hofstetter (peintures)
Voxi Bärenklau (l)
Agathe  :  Lenneke Ruiten
Aennchen  :  Josefin Feiler
Max  :  Jussi Myllys
Kaspar  :  David Steffens
Kuno  :  Frank van Hove
Kilian  :  Jean-Christophe Fillol
Ottokar  :  Ashley David Prewett
L'Ermite  :  Roman Polisadov


photo © Klara Beck

Fleuron du romantisme allemand, le Freischütz a toute sa place dans une coproduction entre les opéras de Strasbourg, Nürnberg et la Monnaie de Bruxelles. Sa musique enchante par ses atmosphères et ses contrastes, tantôt noire et inquiétante, tantôt juvénile et guillerette.
Malheureusement, l'âme de l'oeuvre, sa part mystérieuse, qui ne peut se goûter qu'au sein d'une forêt profonde, n'a pas été perçue et traduite ce soir par l'orchestre symphonique de Mulhouse sous la direction de Patrick Lange. L'ouverture, occasion unique de se faire valoir, est bien prosaïque. Ils en réussissent les passages vifs ou forte mais n'en habitent pas les passages plus retenus. Plus tard, c'est la gaieté légère qui manque à son tour, dans un air d'Ännchen bien poussif. Est-ce Josefin Feiler qui ne pouvait alléger son émission et vocaliser avec plus de pétulance ? Entre les deux pôles de l'oeuvre ainsi absents, plus aucune tension n'est possible.


photo © Klara Beck

Le Freischütz peut consterner par son livret, mais son message final est cependant pour l'abolition d'une coutume qui en est venue à faire plus de mal que de bien. Les metteurs en scène Jossi Wieler et Sergio Morabito annoncent une redécouverte, un renouvellement, mais on n'en voit pas la trace. Prêter des tics physiques à Kuno est-il indispensable pour dénoncer le conservatisme suranné qu'il incarne ? Est-il utile d'étendre scéniquement le rôle de Kilian, jusqu'à le faire interagir avec Max pendant son air Durch die Wälder, dont la beauté se suffit à elle-même ?
Le Max de Jussi Myllys est heureusement vocalement superbe, comme ensuite l'Agathe de Lenneke Ruiten, qui chante bien ses deux airs et nous permet ainsi d'entrer quelques minutes dans le caractère originel de l'oeuvre. Après son beau Leise, leise, le trio du départ de Max est cependant à nouveau laborieux.
David Steffens en Kaspar est noir à souhait, et réussit à chanter d'une voix brillante les horribles éructations de son air à boire bien peu belcantiste.

Les décors et costumes de Nina von Mechow sont amusants pour la chambre d'enfant d'Agathe et Ännchen et le look d'ado attardée de Ännchen (perruque blonde et jogging informe vert et jaune!), mais même l'atmosphère villageoise est bien refroidie par ses maquettes de maisons contemporaines, où la végétation est reléguée à la même part congrue que sur les simulations en 3D des promoteurs. Nul folklore historiciste pour camper les villageois, arbitrairement divisés en équipes en treillis rouge et en treillis bleu, toutes deux liguées pour bizuter Max. Et quid de la Gorge au Loup ? Les peintures bleues et blanches d'Alekos Hofstetter, hormis le bel effet final qui les fait voler en éclats, sont-elles aptes à en traduire l'atmosphère ? Et le Freischütz sans cette atmosphère a-t-il encore un sens et un intérêt ? Pendant que Kaspar fond ses balles, de belles vidéos de cibles de guerre donnent certes une nouvelle image de l'effroi, pas moins inquiétante qu'un enfer auquel personne ne croit plus. Le mal aussi est mis au goût du jour : les interventions de Samiel sont représentées par l'apparition d'un drone inquiétant.

Après l'entracte, le troisième acte est plus intense. Le bel air d'Agathe, Und ob die Wolke, est superbement accompagné au violoncelle. Trübe Augen convient mieux à Josefin Feiler. Roman Polisadov est un Ermite de luxe aux amples graves naturels, qui souligne l'étonnante parenté de l'écriture de son rôle avec celui de Sarastro. Les choeurs sont toujours séduisants dans leur clarté de timbre.

À voir à l'opéra de Strasbourg du 17 au 29 avril, puis à la Filature de Mulhouse les 17 et 19 mai 2019.

Alain Zürcher

 
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