Présences #12 : Kent Nagano C

 • Paris • 15/02/2020
Eric-Maria Couturier violoncelle
Maroussia Gentet piano
Nathalie Forget ondes Martenot
Maîtrise de Radio France
Marie-Noëlle Maerten chef de choeur
Choeur de Radio France
Martina Batic chef de choeur
Orchestre Philharmonique de Radio France
Kent Nagano (dm)
Gyula Orendt, baryton
Landy Andriamboavonjy, voix
Nicolas Simeha, voix
Shigeko Hata, voix
Anne-Emmanuelle Davy, voix


photo © Felix Broede

Ce concert du festival Présences rend hommage à un des maîtres de George Benjamin, Olivier Messiaen, dont il suivit l'enseignement au Conservatoire de Paris pendant les deux dernières années où Messiaen y enseigna. Il est dirigé par le meilleur serviteur actuel de l'oeuvre orchestrale de Messiaen, Kent Nagano.

En ouverture, le court mouvement d'Helen Grime, Fanfares, séduit par son scintillement. Il est bien court, mais introduit une oeuvre plus longue, Woven space, créée en 2017 par le London Symphony Orchestra dirigé par Simon Rattle.

Suit une oeuvre courte mais dense de George Benjamin, Sometimes voices. Écrite en 1996 sur des paroles tirées de La Tempête de Shakespeare, c'est comme un bout d'essai pour un opéra. L'opéra éponyme de Thomas Adès a été créé en 2004. Aurions-nous connu sinon une Tempête de George Benjamin ?
Dès le début, on reconnaît la patte du compositeur dans le fin crépitement des percussions. La maîtrise des nuances structure l'oeuvre, mais ne reflète pas encore le credo actuel de George Benjamin en matière de musique vocale. En effet, le baryton chante sa partie dans une nuance uniformément forte, une émission un peu écrasée et un phrasé du coup très linéaire, alors même que le niveau sonore de l'orchestre ne lui impose pas du tout cette nuance. Est-ce vraiment ce que demande la partition ? À l'inverse, le choeur de Radio France intervient de manière d'abord très douce. En chantant physiquement assis et acoustiquement droit, il donne un corps très diaphane à ces voix. Il termine cependant par une impressionnante séquence fortissimo, tandis que le baryton est alors enfin gratifié d'une phrase douce, qu'il chante joliment mezza voce. L'arche de l'oeuvre est ainsi close.

La longue pièce qui suit, Man Time Stone Time, est amusante ! Ondrej Adámek s'est inspiré de poèmes de Sjón sur le thème des pierres. Ils lui avaient déjà inspiré Seven stones, opéra a cappella pour quatre chanteurs solistes et douze chanteurs choristes commandé par le festival d'Aix-en-Provence, où il a été créé en juillet 2018 par les quatre chanteurs amplifiés de ce soir. L'oeuvre commence par un coup de marteau sur une statuette en plâtre et se poursuit par des cailloux entrechoqués, des embouchures de cuivres tapotées et des syllabes rythmiquement émises par le quatuor de chanteurs puis par tout l'orchestre. Dans le n°4, fort à propos inspiré de l'épisode biblique de la lapidation de la femme adultère, Ondrej Adámek parodie alternativement l'évangéliste des passions de Bach et l'émission vocale du gospel.

Après le complet changement de plateau permis par l'entracte, un solo de violoncelle nous fait surtout entendre les cordes frappées par l'archet. Aucun richesse harmonique ni aucune émotion ne vient donc perturber la réception de l'oeuvre maîtresse de la soirée, les Trois petites liturgies de la présence divine d'Olivier Messiaen. Familiers de cette oeuvre, l'Orchestre Philharmonique de Radio France et Kent Nagano nous en livrent une version d'une évidence limpide. La Maîtrise de Radio France témoigne d'une unité fabuleuse dans l'interprétation vocale, et d'une belle clarté dans les paroles. Une interprétation classique d'un grand classique, écrit et interprété de telle manière par Olivier Messiaen, Yvonne et Jeanne Loriod, qu'il semble qu'on ne puisse jamais rien y changer mais qu'on aura toujours plaisir à le réentendre.

À écouter le 22 avril sur France Musique, et en son 3D sur hyperradio.radiofrance.fr.