Nabucco
Théâtre antique • Orange F • 13/07/2004|
Orchestre de la Suisse Romande
Choeurs de l'opéra de Nice, du Capitole de Toulouse, de l'Opéra-Théâtre d'Avignon et des pays de Vaucluse, ensemble vocal des Chorégies d'Orange Pinchas Steinberg (dm) Charles Roubaud (ms) Isabelle Partiot (sc) Katia Duflot (c) Fabrice Kébour (l) |
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C'est toujours une fête de se retrouver sur les gradins et sous le ciel d'Orange. Comme pour Otello l'an passé, on est émerveillé que les oeuvres les plus lourdes y sonnent si aérées. L'acoustique magnifique permet une écoute claire, presque analytique, de chaque timbre instrumental, et les voix passent toujours très bien.
Ces voix semblent certes aidées par les microphones placés en bord de scène, mais ces derniers n'amplifient hélas que le mistral assez fort de ce soir, avant d'être heureusement débranchés ou du moins filtrés après l'entracte. Une fois débarassées de ce souffle désagréable, les voix retrouvent alors leur pureté et l'auditeur sa parfaite concentration.
Le mur antique fait toujours office de décor, juste complété à gauche par le moulage d'une colonne assyrienne
du Louvre, dont l'on pourrait presque croire qu'elle en fait partie, jusqu'à ce qu'elle se brise à la fin pour
signifier la défaite du culte de Baal. Le mur constitue aussi un écran idéal pour la projection d'images
heureusement plus sobres ici qu'ailleurs : de simples caractères hébreux ou cunéiformes traduisent la lutte
entre les deux peuples.
Un plan incliné, trois marches et une trappe à vérins permettent le jeu scénique. Les déplacements des choeurs
sont comme toujours réglés au cordeau, avec grand professionalisme. Ces choristes, quoiqu'issus de la fusion
de plusieurs choeurs constitués, sont également remarquables de qualité vocale et d'homogénéité.
Dans le cadre du théâtre antique, une mise en scène de style "péplum" et une oeuvre dont on ne retient
habituellement qu'un choeur célèbre acquièrent une qualité dramatique insoupçonnée.
Grâce au magnifique plateau vocal, Nabucco apparaît aussi comme une très belle oeuvre belcantiste.
Susan Neves est à ce titre une magnifique
Abigaille, avec le port et le rayonnement vocal d'une Caballé. Comme
Tamar Iveri l'été passé, elle ne force à aucun moment et est la démonstration que la vraie grandeur vocale s'accompagne toujours de
douceur et d'aisance, de la morbidezza et du canto spianato chers aux italiens. Elle met en
valeur à la fois les aigus et les graves de son rôle.
L'orchestre séduit tout autant que la veille lors du magistral concert Tchaïkovski où il accompagnait Vadim Repim. Deux répertoires où on ne l'attendait pourtant pas particulièrement, mais où il démontre sa souplesse et son engagement musical comme son niveau instrumental, toujours sous la direction sans effets de manches mais manifestement efficace de Pinchas Steinberg.
Giacomo Prestia est splendide
d'autorité vocale.
Misha Didyk sonne léger en comparaison mais
est dans l'absolu un très bon Ismaële.
Léonard Pezzino est également excellent
dans ses quelques interventions.
Lado Ataneli est un Nabucco de belle
noblesse. Béatrice Uria-Monzon, habituée des lieux et égale à elle-même, est une Fenena efficace sinon touchante.
Un excellent spectacle, dans la grande tradition des Chorégies, en attendant la Carmen qui doit réunir fin juillet et début août un plateau vocal remarquable autour de la même Béatrice Uria-Monzon et de Roberto Alagna.
Alain Zürcher