L'Olimpiade OC
Théâtre des Champs-Élysées • Paris • 24/11/2005
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La troupe réunie autour de l'Academia Montis Regalis d'Alessandro De Marchi a offert une
belle version engagée et homogène de l'Olimpiade de Vivaldi au théâtre des Champs-Élysées.
Le résumé du livret de Metastasio peut sembler très confus et convenu, mais la construction dramatique de
l'oeuvre est en fait très claire et efficace. Chaque acte contient de beaux airs, le deuxième étant le plus
intense dramatiquement. L'orchestre joue avec un bel ensemble et un excellent tonus. Ses lignes sont aussi
belles que la variété de ses nuances.
La distribution vocale masculine domine le plateau. Gemma Bertagnolli n'a en effet pas toutes
les qualités pour être un Megacle idéal. Sa tenue vocale et ses phrasés sont souvent un peu relâchés, ses
aigus un peu serrés. Dans "Che intesi" au premier acte, sa diction paraît un peu grosse et sa
musicalité n'est pas d'une finesse extrême. Ce rôle semble réclamer à l'acte I un vrai soprano, par exemple
pour contraster en duo avec le timbre d'Aristea, avant de demander davantage un mezzo-soprano pour le
récitatif accompagné "Misero me !" qui la met davantage en valeur. Au troisième acte, ce sont à
nouveau les aigus qui font défaut à Gemma Bertagnolli pour "Lo seguitai felici", dont elle rend bien
l'agilité vocalique.
La voix d'Anke Herrmann, souvent étranglée en "heller Knödel", se détend en cours de soirée.
Dans "Son qual per mare ignoto" au troisième acte, elle trouve plus de rondeur et poitrine mieux
qu'au second acte dans "Siam navi all'onde algenti" (dont les paroles sont bien connues des étudiants
en chant pour avoir été reprises par Vaccai, comme celles de "Più non si trovano" du premier acte).
Elle manifeste dans cet air une excellente agilité de vocalisation sur "o", qui fait regretter l'aigreur d'une
voix qui sonne prématurément vieillie.
Barbara Di Castri a le potentiel d'une très grande mezzo. Son émission est ce soir parfois un
peu vulgaire et lourde. Ne le serait-elle pas moins si elle se penchait moins vers sa partition, le menton
dans la poitrine? Elle doit encore extirper sa grande voix de sa gangue, se tenir mieux et ne pas chanter
"dans les joues", comme disait Segalini.
Brian Asawa est parfait tant dans l'agilité que dans la douceur de "Mentre dormi".
Tout aussi superbe musicalement, il convainc aussi dramatiquement dans le beau récit précédant
"Gemo in un punto" au second acte.
Martin Oro trouve en Aristea un de ses meilleurs rôles. En net progrès depuis son Grifone
d'Orlando finto pazzo ici-même, il séduit par son timbre
riche et rond et la musicalité qui le fait se fondre dans l'orchestre. Ces qualités font merveille dans un
"Sta piangendo" aux couleurs chaudes et chatoyantes. Son agilité est excellente et il lie bien son
fausset à sa voix de
poitrine.
Avec sa voix brillante et bien vocalisante, à la fois grave et claire,
Wolf Matthias Friedrich campe un excellent Clistene, rôle peut-être noble auquel il donne un
demi-caractère bouffe à la manière de Lorenzo Regazzo.
Furio Zanasi chante du coin de la bouche mais correctement un rôle moins bien doté par
Vivaldi. Il ne rend pas totalement justice à son bel et unique air, "Sciagurato, in braccio a morte".
À écouter sur France-Musique le 18/02/2006 à 19h30.
Alain Zürcher
