Der Freischütz
Grosses Haus • Freiburg • 25/12/2008|
Thomas Schmieger
(dm)
Uli Jäckle (ms) Dominica Volkert (dr) Thomas Rump (d) Elena Anatolevna (c) Markus Bönzli (l) |
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Si près de l'Alsace, Freiburg affiche toujours un système de production et un style radicalement différents de
celui de l'Opéra du Rhin : troupe de chanteurs, représentations nombreuses, en alternance, d'oeuvres en partie
renouvelées chaque saison, et bien sûr Regietheater, que les Parisiens connaissent maintenant grâce à
Gérard Mortier.
Comme en 2006, la soirée de Noël n'est pas une bonne date pour
aller à l'opéra à Fribourg : la qualité orchestrale n'est en effet pas au rendez-vous. Malgré les tempi lents
pris par le chef, les instrumentistes ne les tiennent pas régulièrement et manquent de précision. Le choeur
même ne se concentre correctement qu'au dernier acte, pour un choeur de chasseurs puis un choeur mixte très
réussis. Vocalement, plusieurs solistes exposent des défauts gênants. Enfin, la mise en scène est destinée à
un abonné germanophone particulièrement blasé. L'indispensable "dramaturge" a eu fort à faire ! Elle s'est
surtout associée au metteur de scène pour réécrire les dialogues et composer des scènes entièrement nouvelles.
Pour jouer tout ce texte additionnel, chaque rôle principal est doublé par un comédien. Souvent présents sur
scène en même temps, chaque personnage et son double se répartissent les répliques et interagissent avec leurs
partenaires dans une confusion sans doute chargée de sens. Tout honteux folklore est donc banni.
Au-delà du possible intérêt théâtral de la nouvelle pièce ainsi donnée, le plaisir vocal du spectateur est
mitigé. Lini Gong est une séduisante Ännchen. Son émission est d'abord un peu dure et ses ouvertures buccales
un peu latérales et surarticulées lui font parfois perdre ses harmoniques graves, mais sa voix s'arrondit
agréablement en cours de soirée. Agathe, seul autre personnage féminin de ce drame viril, a une émission un
peu serrée pour son premier air, soutenu par un orchestre toujours poussif. Son air du troisième acte est plus
libre, tandis que la fin de l'ouvrage la retrouve très raide.
La voix masculine la plus saine et solide est celle de Gary Jankowski, dont l'Ermite n'intervient
malheureusement qu'à la fin. Gunnar Gudbjörnsson a une belle émission concentrée de fort ténor. Il force quand
même, au début, quelques attaques pas toujours justes. Sa scène de la Gorge aux Loups est très réussie. Un
souffleur est encore disponible et fortement mis à contribution pour son "Durch die Wälder". Ulrich
Schneider, venu remplacer un Kaspar souffrant, joue bien mais chante mal. Il n'essaie d'ailleurs même pas de
chanter les notes aiguës, certes ingrates, de son premier air, qu'il préfère crier en les ouvrant. Son corps
présente encore beaucoup de tensions vers le haut pendant son deuxième air, qui le voit souvent monter sur la
pointe des pieds. Kuno présente lui une voix très abîmée.
Pour donner une couleur authentiquement allemande à cette production, on peut apprécier la fosse d'orchestre profonde et le fondu orchestral qui en résulte. Le public satisfait applaudit, sans enthousiasme déplacé, ses chanteurs et son orchestre.
Alain Zürcher