Écoutes de Spectacles

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**** Le Postillon de Lonjumeau Paris Opéra Comique 30/03/2019

 
Sébastien Rouland (dm)
Michel Fau (ms)
Emmanuel Charles (d)
Christian Lacroix (c)
Joël Fabing (l)
Chapelou / Saint-Phar  :  Michael Spyres
Madeleine / Madame de Latour  :  Florie Valiquette
Le marquis de Corcy  :  Franck Leguérinel
Biju / Alcindor  :  Laurent Kubla
Rose  :  Michel Fau
Louis XV  :  Yannis Ezziadi
Bourdon  :  Julien Clément

L'Opéra Comique offre à une salle comble une production visuellement superbe du Postillon de Lonjumeau, succès d'Adolphe Adam. Colorés et gais, les décors d'Emmanuel Charles s'harmonisent avec les riches costumes de Christian Lacroix. Dans un pastiche de théâtre à l'ancienne, leurs toiles peintes créent une profondeur par leurs plans successifs, tandis que des accessoires semblant en carton-pâte meublent le plateau. De l'affligeante et amusante histoire de ce vaniteux Postillon, Michel Fau tire des scènes parlées désopilantes. Il joue lui-même Rose, dont il fait un double monstrueux et suave de Madame de Latour. Dans ces scènes de comédie, Franck Leguérinel trouve un rôle à sa mesure, où ses mimiques et postures n'ont jamais été aussi efficaces !

La baguette de Sébastien Rouland ne parvient pas à éviter de nombreux décalages dans les duos, et des choeurs souvent en retard sur l'orchestre. Ce n'est pourtant certainement pas la complexité musicale qui perturbe le choeur accentus ! La musique d'Adam est cependant de bonne facture. Goûtée dans un théâtre et bien mise en situation, elle ne lasse étonnamment pas, et sa vacuité n'est au pire qu'amusante.

Cette belle production ne déçoit que par ses rôles principaux. Chapelou pourrait être un rôle pour Michael Spyres s'il avait continué sur la lancée de sa Nonne sanglante de 2018, où il avait trouvé une émission plus lyrique, légère et mordante. Malheureusement, on retrouve plutôt ce soir les défauts notés lors de son Pré aux Clercs de 2015. C'est aujourd'hui la même émission fautive des aigus qui garde son contre-ré, trop ouvert, loin derrière ceux de ses glorieux aînés, tel Nicolai Gedda dont Chapelou fut le premier rôle à Stockholm en 1951 à l'âge de 26 ans, avant lui Joseph Schmidt ou plus récemment Juan Diego Flórez.
Certes Chapelou est un goujat et un braillard, et le peu de style XVIIIe de ses airs n'y est mis par Adam que pour être moqué. On ne l'imagine donc pas incarné par un ténor de charme, mais on peut imaginer des voix plus légères comme celles de Cyrille Dubois ou Mathias Vidal triompher plus facilement de ses difficultés - et chanter quand même un semblant de trille et d'ornements, grotesques certes comme le demande leur mise en situation, mais pas escamotés pour autant.
Le français de Michael Spyres a par contre énormément progressé depuis sa Muette de Portici de 2012, au point qu'il est plus convaincant dans ses scènes parlées que quand il chante. Au troisième acte, l'air plus vaillant "À la noblesse je m'allie" lui va mieux, sauf bien sûr l'aigu final. L'amusant trio qui suit, "Pendu !", est parmi ce qu'Adam réalise le mieux.

Si Michael Spyres n'a pas ce soir les moyens et le style du rôle, il a cependant une belle clarté d'émission et une intensité sonore impressionnante. À ses côtés, Florie Valiquette est donc malheureusement sous-dimensionnée dès leur duo d'entrée. Si elle n'a pas la même puissance, elle n'a pas non plus la même liberté d'articulation ni donc pureté de timbre. Sa langue est un peu contractée et sa mâchoire n'est pas libre. Elle appuie son émission comme pour jouer les mezzos, alors qu'elle doit chanter Constance des Dialogues des Carmélites à Glyndebourne... Son air du deuxième acte lui va quand même mieux que son premier acte. Elle y libère enfin sa voix dans ses aigus finaux. Le reste du rôle est-il trop grave pour elle ? Elle aussi joue et parle très bien. Après des générations de chanteurs qui ne savaient pas jouer, va-t-on en connaître qui seront meilleurs comédiens que chanteurs ?
Biju doit moins bien chanter que Chapelou, il doit même faire semblant de très mal chanter. Comme pour les aigus et les ornements de Chapelou, on peut cependant se demander s'il ne serait pas aussi intéressant de jouer ce mal canto avec des moyens vocaux réels qu'avec une voix de caractère.

À voir jusqu'au 9 avril à l'Opéra Comique. À écouter le 28 avril sur France-Musique.

Alain Zürcher

 
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